Bolsonaro lâche les blindés à Brasília

Bolsonaro lâche les blindés à Brasília

Des militaires arrêtent des manifestants qui tentent de bloquer un défilé de véhicules militaires devant le palais du Planalto à Brasilia, mardi. (EVARISTO SA/AFP)

Cette démonstration de force intervient au moment où le Parlement doit se prononcer sur une réforme du vote électronique voulue par le chef de l’Etat. Des parlementaires crient à une tentative d’intimidation.

D’un côté, le palais présidentiel du Planalto ; de l’autre, la Cour suprême brésilienne et au fond, le Congrès national. Ce triangle forme l’imposante place des Trois-pouvoirs de Brasília. Et c’est sur ce lieu symbolisant la démocratie brésilienne que Jair Bolsonaro a fait défiler ce matin «[son] armée», tandis que ses partisans appelaient à une «intervention militaire». In fine, la démonstration de force du président d’extrême droite, en guerre perpétuelle contre les institutions qui tentent timidement de contenir ses penchants autoritaires, aura été bien dérisoire.

Sans précédent depuis le retour à la démocratie, en 1985, ce défilé militaire en plein cœur du pouvoir aura surtout donné à voir des camions et des blindés fatigués. A se demander comment l’armée dépense les généreux budgets consentis par le gouvernement de son turbulent ancien capitaine d’artillerie, par contraste avec la disette imposée aux autres portefeuilles.

Officiellement, ce peu glorieux convoi était venu délivrer au chef de l’Etat une invitation à prendre part à un exercice militaire prévu à la mi-août. Que cette manœuvre – «pathétique», dixit le sénateur Omar Aziz, pour qui Bolsonaro ne craint pas le ridicule – coïncide avec un vote crucial au Parlement, largement hostile à une réforme du vote électronique soutenue par le chef de l’Etat (il défend que le vote soit imprimé), serait une simple coïncidence.

Contester une éventuelle défaite électorale

Des parlementaires de tous bords crient cependant à une tentative d’intimidation du Congrès. Dans un communiqué conjoint, neuf formations, dont le Parti des travailleurs (PT) de Lula, favori de la présidentielle de l’an prochain, ont jugé «inacceptable que les forces armées permettent que leur image soit utilisée pour suggérer l’usage de la force en soutien à une proposition antidémocratique défendue par le président de la République». Sans avancer de preuves, Jair Bolsonaro, probable candidat à un second mandat d’ici un an et demi, estime en effet que le vote sur les urnes électroniques, qui permet d’obtenir les résultats électoraux en quelques heures seulement, est susceptible aux fraudes. C’est pourquoi, l’électeur devrait pouvoir, selon lui, imprimer son vote avant de quitter l’isoloir.

Jusqu’ici, rien d’anormal, dirait-on. Or, pour ses détracteurs, le chef de l’Etat chercherait en réalité, non pas à perfectionner le système, mais plutôt à éroder la confiance qu’inspire jusqu’ici l’urne électronique à une large majorité d’électeurs. Son objectif ultime serait de préparer le terrain pour contester une éventuelle défaite électorale, à l’instar de son modèle, Donald Trump. Le Brésilien n’a-t-il pas d’ores et déjà menacé d’«un problème plus grand encore qu’aux Etats-Unis», sans réforme de l’urne électronique ? N’a-t-il pas facilité l’accès aux armes à feu, dont ses partisans sont férus ?

Le spectre de voir se répéter à Brasília, sur la place des Trois-pouvoirs, la scène de l’invasion du Capitole à Washington, n’aurait donc rien d’absurde. A moins que Jair Bolsonaro ne veuille tout bonnement empêcher la tenue du scrutin pour rester au pouvoir, comme le craignent certains. «Sans élections propres, il n’y aura pas d’élection», a menacé, début août, le chef de l’Etat.

par Chantal Rayes, correspondante à São Paulo

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