Brésil: Flordelis, la députée aux 50 enfants, expulsée du parlement

Brésil: Flordelis, la députée aux 50 enfants, expulsée du parlement

Figure excentrique de la politique brésilienne, Flordelis dos Santos a été expulsée mercredi de la Chambre des députés, accusée d’avoir organisé l’assassinat de son mari.

Flordelis dos Santos de Souza prenant la parole le 11 août lors d’une session parlementaire au cours de laquelle sa destitution a été discutée, à Brasilia.

Célébrité depuis deux décennies au Brésil, Flordelis dos Santos, mère de plus de 50 enfants et pasteure évangélique, a fini par être expulsée dans l’opprobre de la Chambre des députés, accusée d’avoir orchestré l’assassinat de son mari. C’est la dernière étape en date de la disgrâce de l’ancienne chanteuse de gospel à la belle voix dont le destin hors norme avait inspiré en 2009 un docu-fiction avec plusieurs acteurs célèbres de l’influente télévision Globo. Les députés ont conclu qu’il «n’y avait aucun doute» sur la participation de celle que tout le Brésil connaît sous son seul nom de Flordelis (Fleur de Lys) à l’assassinat de son mari Anderson do Carmo, en 2019.

Flordelis, en liberté grâce à son immunité parlementaire, est néanmoins astreinte par la justice depuis octobre 2020 au port d’un bracelet électronique. La sexagénaire aux lèvres pulpeuses et à la longue chevelure alternativement blonde, brune ou rousse a été accusée par la justice de Rio de Janeiro d’avoir orchestré la liquidation du pasteur Anderson, 42 ans.

Avec la complicité de sept de ses 51 enfants, biologiques ou adoptés, ainsi que d’une petite-fille. «La mère des favelas» avait recueilli ces enfants des rues souvent victimes de violences puis avait fui la justice avant qu’une ONG et une avocate ne l’aident à régulariser leur adoption. En 1994, Flordelis en avait même adopté 37 d’un coup. Mais la mort suspecte de son époux est venue jeter une ombre sur la réputation de la médiatique fondatrice de la Communauté évangélique ministère Flordelis.

«Séances de purification»

C’est un de ses fils biologiques, Flavio dos Santos Rodrigues, qui a criblé le corps d’Anderson de 30 balles dans le garage de sa maison à Niteroi, près de Rio. Un drame qu’une Flordelis éplorée avait d’abord présenté comme une tentative ratée de cambriolage. Au total, 11 personnes de la famille seront traduites en justice. Flordelis a fait preuve d’une réelle constance: elle aurait tenté d’empoisonner la nourriture ou la boisson de son mari au moins six fois auparavant. Née dans la favela carioca de Jacarezinho, l’une des plus violentes de Rio, Flordelis avait connu Anderson, 16 ans de moins qu’elle, en 1994, et l’avait adopté adolescent, avant de tomber amoureuse de lui.

Ensemble, ils ont ensuite eu un fils, l’un des quatre enfants biologiques de Flordelis, et ont adopté une cinquantaine de bébés, enfants et adolescents en situation de grande précarité. Devenue leader évangélique, elle a créé une communauté de six temples et de milliers de fidèles, sur lesquels elle s’est appuyée pour se lancer en politique. Mais le contrôle exercé par Anderson sur les finances de l’église et de l’immense famille est devenu difficile à supporter pour Flordelis, et le couple s’est livré une guerre d’argent et d’influence.

Après la mort du pasteur, l’image de la Brésilienne altruiste, pieuse et chaleureuse s’est sérieusement dégradée. Elle a été perçue comme une femme froide et manipulatrice. Les révélations embarrassantes se sont succédé: elle soumettait ses fidèles à des «séances de purification» incluant des relations sexuelles avec elle — ce qu’elle a toujours démenti.

«La tête haute»

En 2018, elle avait été l’une des députées la mieux élue à Brasilia, une consécration pour cette fille des favelas. Puis, la justice passant, elle a pu rester en liberté du fait de son immunité parlementaire. Mais à partir d’octobre 2020, elle avait été contrainte à porter un bracelet électronique qu’elle exhibait à la cheville, au-dessus de ses escarpins, devant les caméras. Mercredi, Flordelis est devenue «la deuxième femme de l’histoire de la Chambre des députés à être démise de son mandat», signale Edson Sardinha, du site Congresso em Foco. La première avait été Raquel Candido e Silva, en 1994, pour corruption.

A la Chambre, dans le lobby évangélique, l’élue du Parti social-démocratique (PSD, conservateur) n’a guère eu de poids. «Elle n’a pas été influente (…) ce qui explique le vote massif de ses pairs en faveur de sa destitution, ajoute M. Sardinha: 437 pour, 7 contre. Mais Flordelis n’a pas perdu sa fierté. «Vous allez le regretter!», a-t-elle lancé aux députés avant de quitter la tête haute l’hémicycle.

AFP

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