Même Lula, son «joker», semble impuissant. Des manifs contre la présidente sont prévues dimanche dans 200 villes

Rien ne va plus pour Dilma Rousseff, qui entame le septième mois de son second mandat à la tête de l’Etat brésilien. Des mégamanifs sont à nouveau programmées ce dimanche pour faire tomber celle qui a succédé au président Lula. Combien de temps encore pourra-t-elle résister aux coups qui pleuvent sur elle?

Il y a d’abord le scandale de corruption au sein de l’entreprise Petrobras, qui fait chuter sa côte de popularité. Selon l’enquête d’opinion Datafolha du 5 août, seulement 8% des Brésiliens ont une bonne opinion de son action, contre 52% en novembre 2014.
Quant à sa base parlementaire, elle s’est fortement fragmentée, au point de ne plus avoir d’appuis suffisants à la Chambre des députés. Son président, Eduardo Cunha, a rompu avec le gouvernement suite à son implication dans le scandale Petrobras. Obligée de se rapprocher du Sénat, la présidente a dû faire des concessions sur une série de mesures contraires aux idéaux de la gauche, provoquant l’ire des mouvements sociaux qui lui étaient restés fidèles.

Vers l’impeachment?

Parallèlement, la procédure «d’impeachment» que l’opposition réclame a pour la première fois gagné en consistance: le Tribunal suprême électoral a relevé des irrégularités dans le financement de sa campagne présidentielle et au moins trois juges sur sept se sont déjà prononcés en faveur d’une enquête pour déterminer si une partie des dons est liée à l’argent dévié de Petrobras.

Enfin, dans le cadre de ce scandale Petrobras, c’est désormais au tour des politiques d’être enquêtés. La plupart appartient au Parti des travailleurs de la présidente et au Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, pilier centriste de son gouvernement).
Le «joker» Lula en perte de vitesse

Les prochains mois s’annoncent déjà sombres pour la présidente qui ne peut plus s’appuyer comme avant sur un pilier fondamental de sa carrière politique: l’ancien président Lula. Même si celui-ci a quitté le pouvoir en 2010, il a toujours gardé un rôle central dans la vie politique. C’est lui qui a endossé, depuis le début du second mandat de la présidente, l’habit de «pompier», négociant avec les alliés, contrant les velléités de l’opposition et usant de sa popularité pour soutenir Dilma Rousseff. «Ne jugez pas la présidente sur les sept derniers mois mais sur l’ensemble de son mandat. La situation économique s’est détériorée et la présidente n’en est pas responsable», a récemment déclaré Lula à Brasília.

Mais son capital politique s’est aussi effrité avec les scandales de corruption à répétition. Son ancien ministre et ami José Dircieu, déjà condamné dans le cadre de l’affaire Mensalão, vient d’être à arrêté pour celle de Petrobras. De plus, le parquet a ouvert une enquête contre Lula pour trafic d’influence. On lui reproche d’avoir aidé l’entreprise de BTP Odebrecht à avoir des contrats à Cuba.

L’ancien président qui a toujours été le joker du Parti des travailleurs pour l’élection de 2018 devra se préserver s’il veut retourner dans la course à la présidence. Et «lâcher» la présidente si sa situation devient intenable.

Manifestations dimanche dans plus de 200 villes contre Rousseff

Le Brésil va connaître dimanche une nouvelle journée de manifestations pour exiger le départ de la présidente Dilma Rousseff aux prises avec le vaste scandale de corruption Petrobras qui éclabousse sa coalition de centre-gauche.

Réélue difficilement en novembre pour un second mandat de quatre ans, la présidente pâtit également de la crise économique et des mesures d’austérité qu’elle a imposées après avoir pourtant rejeté cette hypothèse lors de sa campagne électorale.

Dilma Rousseff, 67 ans, est désormais la présidente du Brésil la plus impopulaire depuis la fin de la dictature militaire en 1985. Sa cote de popularité est tombée à 8% seulement. Elle avait été réélue en octobre avec une marge étroite de votes (51,6%) sur son adversaire Aecio Neves, du Parti de la sociale démocratie brésilienne (PSDB).

Les organisateurs des manifestations espèrent à nouveau faire défiler tout au long de la journée des centaines de milliers de personnes dans 240 villes pour réclamer – comme en mars et en avril derniers -, la fin de l’impunité dans les affaires de corruption et la destitution de la présidente.

«Le gouvernement dépense mal l’argent, les hommes politiques volent et détournent d’énormes sommes et c’est la population qui doit trinquer ? Non», affirment dans leur convocation sur internet les porte-parole du mouvement «Vem Pra Rua» (Viens dans la rue).
Il est l’un des principaux organisateurs des manifestations avec le Mouvement Brésil Libre (MBL), qui se définit comme la «nouvelle droite», et de «Revoltados on line» («Révoltés en ligne»).

Les manifestations cette année ont déjà rassemblé au total quelque trois millions de personnes dans les rues pour une population de 204 millions de Brésiliens. Cependant il s’agit souvent de groupes hétéroclites qui clamaient leur refus du Parti des Travailleurs (PT, gauche), au pouvoir depuis 12 ans.

Certains groupes très minoritaires vont jusqu’à revendiquer le retour des militaires, au pouvoir de 1964 à 1985.

Les manifestations de dimanche auront pour la première fois, le soutien explicite du Parti de la sociale démocratie (PSDB, opposition) dirigée par Aecio Neves, candidat malheureux à la présidentielle de 2014. M. Neves a déclaré qu’il voulait y participer personnellement.
«Je ne vois pas de grande différence avec la manifestation d’avril. C’est la continuité d’une situation où les secteurs liés à Aecio Neves veulent paver la voie pour une nouvelle élection» en prônant une destitution, a déclaré à l’AFP l’analyste politique Fabio Wanderlei Reis, de l’Université fédérale du Minas Gerais.

Toutefois, «ce qui est souhaité par cette aile du PSDB, proche de Neves, n’a pas encore d’appui légal dans la Constitution», souligne-t-il.
Un processus d’«impeachment forcé» (destitution forcée) pourrait, selon lui, «déboucher sur un climat social difficile à prévoir».
Pour M. Reis, les manifestations de dimanche seront «du même type de protestation qu’en avril avec des revendications anti-Rousseff, dans un contexte d’intensification de la crise économique».

Le Brésil, 7e économie de la planète est au bord de la récession avec une inflation de 9% sur les 12 derniers mois.

Mais la présidente tient bon : «Je continuerai à travailler pour honorer et réaliser vos rêves», a-t-elle promis mercredi à l’issue d’une manifestation de 35.000 femmes de zones rurales qui ont défilé dans la capitale Brasilia pour la soutenir.

Eduardio Nieves, avec agences

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