La réélection de M. Juan Manuel Santos, avec l’appui de la gauche démocratique et du centre, est une garantie pour que les négociations de Paix se poursuivent à la Habana.

L’autre option c’est la ligne dure représenté par M. Oscar Iván Zuluaga qui, en cas de victoire, a menacé de «réexaminer» les accords déjà conclus à Cuba et principalement ceux qui concerne l’instauration d’une réforme agraire, problème qui a causé la levée et la formation des FARC il y a plus de cinquante ans.

La constante attitude des oligarchies latino-américaines à supposer que les personnes de certaines classes sociales – mentionnées comme «inférieures» – n’appartiennent pas au pays, en les considérant comme de simples occupants de territoires, sans droits, citoyens d’une nation qui ne leur appartient pas.

Les pays latino-américains sont sous l’emprise des grands propriétaires terriens, des multinationales et des grandes fortunes urbaines, fruit de la corruption politique et de la monopolisation de la richesse nationale.

L’aveuglement des classes « supérieures » et du racisme social qui se sont instaurés en Amérique latine, ont été l’une des causes de tant de haine et de beaucoup de décennies de souffrance, qui ont engendré les coups d’Etats et les gouvernements militaires des années 70 écrasant toute révolte et toute aspiration à la prospérité sociale dans un bain de sang et de larmes si bien exprimé par l’uruguayen Eduardo Galeano dans son livre les « Veines ouvertes d’Amérique Latine ».

L’oligarchie latino-américaine a toujours eu un comportement d’une arrogance extrême qui a soumis et condamné de millions de personnes à la misère et à l’immobilité sociale, leur empêchant ainsi toute possibilité de progrès social et en leur fermant les portes vers une éducation de qualité afin qu’elle soit strictement réservée aux enfants de la bourgeoisie.

Au Chili, après le coup militaire et l’épidémie néfaste des Chicago Boys – responsables de la politique ultra libérale qui a placé le Chili comme un des pays avec le plus d’injustice sociale dans le monde – l’éducation privatisée est devenue une affaire dans laquelle, seul ceux qui pouvaient se la payer, auraient accès. Pour les autres, cela signifiait s’endetter pendant des années afin de pouvoir financer les études de leurs enfants.

En Colombie, les grandes fortunes urbaines et rurales ont imposé leurs conditions pendant plus de 100 ans, provocant des guerres interminables qui, progressivement, ont miné la nation. Beaucoup de temps perdu, combien de morts inutiles et de souffrance chargés sur le dos des colombiens !

Le XXème siècle a commencé au milieu de la guerre des Mille Jours. Dans les années 1940, apparait l’époque connue sous le nom de « La Violence ». C’était le temps de la persécution politique dans laquelle il y eu une guerre civile entre libéraux et conservateurs. On estime que plus de 300’000 personnes sont mortes dans cette période.

A cause de cette violence, les paysans ont abandonné leurs champs et aujourd’hui, 74,3% de la population habite en ville. Les régions agricoles désertées ont été achetées à un prix dérisoire par les industriels.

La population paysanne qui a été déplacée de ses terres, est devenue une main-d’œuvre agricole salariée. A cette époque, l’activité industrielle a augmenté mais cela ne s’est pas vu reflété dans le développement de la population étant donné qu’elle est devenue plus pauvre et ce qu’elle recevait comme salaire, ne lui suffisait même plus pour répondre à ses besoins.

En 1948, débute le « Bogotazo », qui a donné naissance à la période de la Violence. Ce fut une guerre civile qui a duré jusqu’au début des années 1960.

En 1953, un coup d’Etat à placé le Général Rojas Pinilla au pouvoir. Un accord entre les partis Libéral et Conservateur ont mis fin à la dictature. Il s’est créé alors le Front Nacional ce qui signifiait un retour à la démocratie électorale répartissant ainsi l’alternance de la présidence entre ces deux partis qui ont continué à se partager le pouvoir et les richesses de la nation en marginalisant tout le reste.

L’exclusion des autres idéologies politiques a fait que les problèmes sociaux, économiques et politiques continuèrent de s’aggraver au point qu’il a surgit d’autres groupes de la guérilla, guidés par les nouveaux chemins idéologiques qui bougeaient en Amérique latine. En 1964 naissent les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), le 7 Janvier l’Armée de Libération Nationale (ELN), en 1984 le mouvement indigène Quintin Lame (MAQL) et le 19 Avril 1970, le M-19. Beaucoup de ces groupes étaient soutenus par le Parti Communiste colombien. En même temps, des groupes paramilitaires se développent comme les Autodéfense Unies de Colombie (AUC) qui, après avoir été démobilisés à la mi-2006, ont été remplacés par les BACRIM (des gangs criminels) et ont repris les activités réalisées par la paramilitaires. La population colombienne s’est retrouvée emprisonnée entre plusieurs feux ennemis, la guérilla, les paramilitaires, l’armée et les narcotrafiquants. Dans une guerre où tout le monde est contre tout le monde, les niveaux de violence et de destruction sociale ont été insupportables. Après avoir mené un combat sans répit contre la guérilla, le ministre de la Défense de Uribe, M. Juan Manuel Santos, savait que le développement économique de la Colombie dépendrait de la paix intérieure et de l’harmonie dans les frontières. Entouré par les gouvernements « progressistes » (l’Equateur et le Venezuela), M. Santos savait qu’une élection du protégé d’Uribe, M. Oscar Iván Zuluaga, ferait de la Colombie une plateforme de combat contre le « bolivarisme », plaçant le pays dans une situation de danger aussi bien interne qu’externe.

M. Santos a déclaré que : « Ce qui est en jeu, ce n’est pas le nom d’un candidat mais plutôt la direction que va prendre le pays ». « Ce ne sera pas une paix avec impunité … ce sera une paix plus juste. Nous aurons des moments difficiles pour garantir que ce pacte ne soit pas seulement équitable mais il soit aussi être durable ».

La gauche, qui avait fait une alliance de circonstance, a laissé clair qu’elle ne partageait pas l’idéologie de M. Santos ni sa vision politique et que son appui était momentané, dont la finalité consistait à freiner l’extrême droite et empêcher ainsi la continuité d’une guerre que personne ne veut sauf les secteurs extrémistes, les rancuniers et les dogmatiques.

Maintenant, les secteurs progressistes doivent conquérir l’opinion publique avec un discours clair, œuvrant pour le progrès social et économique du pays, étant exemplaire dans leurs mots et dans leurs comportements car, c’est la seule façon de combattre, non seulement l’ignorance mais aussi les extrêmes. Education et justice sociale doivent être les buts principaux de tout mouvement populaire qui doivent s’ancrer dans les désirs de la nation.

La Colombie a la possibilité de conquérir son avenir. Maintenant ce n’est pas une question d’idéologies mais plutôt d’intelligence et de bon sens.

Alfonso Vásquez Unternahrer