Colombie: quel bilan 5 ans après les accords de paix avec les FARC?

Colombie: quel bilan 5 ans après les accords de paix avec les FARC?

Malgré l’accord de paix historique signé il y a 5 ans, les guérillas dissidentes des FARC et un autre groupe rebelle de gauche appelé l’Armée de libération nationale (ELN) ont continué à se battre avec les troupes colombiennes dans un conflit à multiples facettes qui implique également des trafiquants de drogue et des milices de droite. Daniel Fernándo MARTINEZ CERVERA AFP

En Colombie, cela fait tout juste cinq ans que les accords de paix ont été signés à Carthagène entre le gouvernement et la guérilla des FARC. Les attentes étaient immenses en 2016, car depuis plus de 50 ans le conflit avait fait plus de 45 000 morts et six millions de déplacés. Cinq ans après où en est-on ? 

Le 26 septembre 2016, les accords de paix étaient signés à Carthagène, avec un stylo balle, un objet qui symbolisait le remplacement des fusils par des stylos, après plusieurs années de négociation à La Havane. 

Cinq ans après, le constat est amer. Car on est très loin des objectifs fixés dans les six volets de ces accords, même si la justice transitionnelle est sans doute le point le plus abouti.

Le volet central des accords de paix portait sur la réforme agraire ; elle en est pratiquement au point mort. La participation politique des ex-guérilleros ? Plusieurs ont en effet des sièges au Congrès, mais c’est un sujet qui divise la société. La plupart des 12 000 ex-guérilleros des FARC se sont démobilisés pour se réinsérer, mais plusieurs groupes ont repris les armes. Quelles solutions sur les drogues illicites ? La production de coca et de cannabis n’a pas baissé. Et le point sur les victimes et les indemnisations ? Le processus est très lent. À ce rythme, il faudra près d’un siècle pour que toutes soient indemnisées. Enfin, la mise en œuvre de ces accords est très imparfaite. 

« La Colombie n’est pas dans une situation de réelle pacification »

Un des points les plus préoccupants est l’augmentation de la violence dans de nombreuses régions du pays, avec des assassinats ciblés de nombreux ex-combattants des FARC démobilisés et des centaines de représentants sociaux et autochtones. Plusieurs organismes internationaux avaient pourtant prévenu : dès les accords de paix signés, l’État devra prendre le relais dans les zones abandonnées par les FARC. 

Mais l’État a laissé passer le temps, dont ont profité d’autres groupes armés,comme la guérilla de l’ELN, pour se glisser dans les zones laissées vacantes par les FARC. Les populations se retrouvent de nouveau prises en étau entre des groupes qu’elles ne connaissent pas et l’armée qui revient les combattre. 

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« Le bilan est relativement sombre. Aujourd’hui, la Colombie n’est pas dans une situation de réelle pacification », constate ainsi Jacobo Grajales, professeur de sciences politiques à l’université de Lille.

Le bilan est relativement sombre malheureusement. Aujourd’hui, la Colombie n’est pas dans une situation de réelle pacification. On a vu le phénomène de l’assassinat des leaders sociaux repartir à la hausse très vite après la signature des accords de paix […] Le déplacement forcé est reparti à la hausse après des années de diminution […]Le chiffre des massacres qui est un crime typique des groupes est également reparti à la hausse […] La multiplication des groupes armés est là.

Jacobo Grajales, professeur de science politique à l’Université de Lille

Jacobo Grajalès pointe également le manque de volonté politique que ce soit de la part des présidents Santos ou Duque, même si c’est pour des raisons différentes.

Le problème des accords de paix est qu’ils ont commencé à être mis en place en 2016 au moment où il restait à l’ancien président Santos deux ans de son second mandat. C’est un gouvernement usé […] Il n’avait plus le capital politique pour réellement impulser les transformations structurelles qui étaient nécessaires et qui étaient promises dans l’accord […] Ensuite la politique de l’actuel président a consisté assez systématiquement à se concentrer sur les aspects les moins controversés de l’accord de paix.

Jacobo Grajales, professeur de science politique à l’Université de Lille

La jeunesse qui a bruyamment manifesté dans les rues pendant de nombreuses semaines en avril et en juillet à l’occasion de la fête nationale souhaitait un changement en profondeur à la faveur d’une paix retrouvée. Mais au cours des quatre années de son mandat, le président Ivan Duque, très critique de ces accords de paix, est également confronté avec l’épidémie de Covid à une situation sanitaire et à une dégradation économique sans précédent.

Véronique Gaymard

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