Deux tiers des Suisses sont pour légaliser le cannabis

Deux tiers des Suisses sont pour légaliser le cannabis

Pour une majorité de la population, le cannabis devrait être traité comme l’alcool ou le tabac. Argument principal: lutter contre le marché noir.

Pour les sondés, les règles devraient être au moins aussi strictes que pour l’alcool ou le tabac.

Les résultats d’un sondage de l’institut Sotomo, publiés jeudi, montrent une confortable majorité: aujourd’hui, 66% des Suisses répondraient «oui» ou «plutôt oui» en réponse à la question: «Que voteriez-vous si la Suisse devait se prononcer en votation sur une légalisation de la consommation du cannabis prévoyant une protection efficace de la santé?»

La droite dit oui aussi

Les régions linguistiques sont toutes favorables dans les mêmes proportions. Le soutien diminue un peu en fonction de l’âge des répondants, mais même chez les 65 ans et plus, le «oui» l’emporte largement. Les auteurs constatent que les régions urbaines sont plus favorables. «Quiconque n’a jamais expérimenté le cannabis ou le juge très dangereux aura tendance à en refuser la légalisation», notent-ils encore.

Quant aux partis politiques, le sondage tord le cou aux clichés d’une droite répressive opposée à une gauche permissive. Les champions des pro-légalisation sont les Vert’libéraux (82% de soutien), suivis des Vert-e-s (79%). Et même à droite, la légalisation séduit, bien que plus modérément (64% au PLR, 59% au Centre, 53% à l’UDC).

D’accord, mais «restez chez vous»

Mais cette légalisation ne se ferait pas sans règles. «La population envisage une légalisation accompagnée d’une protection stricte de la jeunesse, d’une prévention renforcée, d’une interdiction de la publicité et d’une forte taxation des produits cannabiques», note l’OFSP, qui a présenté les résultats du sondage.

La majorité des près de 8000 sondés estime que la consommation devrait être interdite avant 18 ans. Quant au lieu où on pourrait fumer son joint, parmi les pro-légalisation, la moitié tout de même pense que ce ne devrait être autorisé qu’aux domiciles des personnes, tandis que l’autre moitié estime que les règles devraient être identiques à celles où l’on peut fumer des clopes.

Sécurité et liberté

L’argument le plus cité en faveur de la légalisation est celui de la lutte contre le marché noir, suivi de celui, sécuritaire, de la qualité des produits qui pourrait être contrôlée. 53% de ceux qui se sont prononcés pour ont aussi coché l’argument «cesser de criminaliser les consommateurs». Du côté des opposants, on cite principalement l’argument «la consommation de cannabis est dangereuse pour le cerveau des jeunes», et le fait que la légalisation banaliserait la drogue. À noter que ni les partisans ni les opposants ne trouvent importants les coûts que représentent pour la société les différentes politiques de répression ou de légalisation.

Anti-addictions satisfaits

«La fin de la prohibition est proche», se réjouit le Groupement romand d’études des addictions (GREA), qui rappelle que le Conseil fédéral lui-même a récemment admis que la politique de répression s’avérait inefficace. «Si le peuple ne croit plus en la répression, il reste convaincu qu’un marché du cannabis doit être strictement réglementé. Les modèles du «tout commercial», comme implémentés dans certains États des États-Unis ne semblent pas pouvoir être acceptés ici», relève l’organisation dans un communiqué.

Yannick Weber

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