Les réseaux sociaux, bien sûr ! Qui charrient un fleuve immonde, ininterrompu, de haine, d'injures et de menaces létales. Mais les réseaux ne sont que des tuyaux, me direz-vous. Exact, mais nous les abreuvons tant de toutes les noirceurs de notre âme, qu'ils puent la merde crasse.

 A l'image de la violence qui monte dans nos démocraties, des couteaux qui sortent pour un regard mal interprété, des coups qui pleuvent pour une cigarette refusée, un verre de trop...

 A l'image de l'intolérance qui commence lourdement à gangréner nos sociétés, un mot de travers dans les réseaux sociaux et se déverse un jus de fiel sans limite.

Le tout dans un anonymat total, mal ou peu poursuivi par la justice. Quand ce n'est pas le sous entendu, elle ou il, l'a bien cherché. Comme, rappelez-vous des années 60, ces minis-jupes, tentatrices, tel un appel au viol, elles nous rendent folles Monsieur le Juge. Juge souvent compréhensif devant ces arguments...

 Il a fallu des dizaines d'années de combats héroïques des femmes pour qu'enfin, elles soient, reconnues comme victimes à 100 % Et encore, le combat continue, car la bête est toujours assoiffée. Mais la justice, si timide, est devenu plus lourde, son bras ne faiblit plus guère.

 A l'image de nos débats politiques, d'une pauvreté navrante, de promesses fallacieuses, d'arguments non maitrisés, de sourires moqueurs ou exaspérés. Des diatribes, des vindictes, des emportements calculés, il n'y a plus de dialogues, juste une superposition de monologues, un empilement dont le vainqueur sera celui qui posera la dernière brique.

 Politiques qui, maintenant, pour se démarquer, à défaut d'idées originales, dégaine le buzz. Nouvelle arme de prédilection pour ceux qui sont hors jeu de s'offrir un minimum de 48 de plateaux télé. Les has been de la politique et ceux qui sont en perte de vitesse ou ceux qui veulent attirer la lumière, en usent et en abusent. Et légitiment ainsi le tout à l'égout des réseaux sociaux.

 Mais il faut remarquer que l'exemple vient de haut. De dirigeants puissants qui invectivent vertement ou s'invectivent entre eux. Un langage fleuri, qu'on supposait existant en coulisse, se tient maintenant au grand jour entre les grands de ce monde, remarques vipérines, gros sabots, posture de défi, l'heure n'est plus au fleuret moucheté. 

 De fait ces fameux réseaux sociaux, lointains descendants des lettres de dénonciation anonyme qui pouvaient vous conduire à la mort, ne sont que le résultat de politiques qui ont échoué. Nos vieilles démocraties sont fatiguées, n'y voient plus très clair, usées d'une même politique sociale libérale, avec en alternance, un peu plus sociale quand c'était la gauche, un peu plus libérale pour la droite.

 Le bouleversement climatique aurait pu être ce ciment fédérateur venant contrer cette atmosphère délétère. Las, rien ne se fait sinon des discours.

 Car, un seul créneau, la loi du marché, tient la barre de nos démocraties. La marche funèbre du capitalisme triomphant. Plus trop marche ou crève, et encore, mais baisse la tête ou sort du jeu.   

 Voilà le point faible de nos démocraties qui pourraient les emporter comme fétus de paille. Celle, celui qui sort du jeu. Ne plus faire partie de cet ensemble, volontairement, il y en a de plus en plus ou éjecté.e d'un coup de pied au cul avec une aumône pour tout remerciement, le plus grand nombre.

 Alors certains rebâtissent un monde plus juste, plus propre et non fondé sur la société de consommation à outrance. Ils sont minoritaires, occultés. Pourtant c'est le noble part de l'humanité qui s'en va grandissante. Une formidable note d'espoir.

 Mais ceux qui son éjectés, les plus jeunes, les plus âgés, les mères seules célibataires, les chômeurs, les pauvres, les handicapés, les émigrés, les sans voix, les invisibles, ceux là, sont vulnérables à certains discours de haine, de replis identitaires, de démagogues de tous poils. Une partie est apathique, une autre, de plus en plus nombreuse, est active, s'est radicalisée et proche de la violence pure pour faire entendre ses exigences revendicatives.

 Parce que, pour la première fois, apparait également au grand jour, une convergence de l'extrême droite et de l'extrême gauche sur de nombreux sujets.

 Les réseaux sociaux ont, devant eux et toujours dans cette impunité certaine, de beaux jours d'aigreur, de fureur, de rancoeur, de haine.

Jean-Yves Le Garrec

 

 

 

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