Un monde bipolaire n'est pas pour moi un monde qui s'oppose ouvertement l'un contre l'autre. Un monde bipolaire est ce monde, le notre, qui se voit en couleurs mais ne pratique que le noir et blanc. Plus précisément, laissons mourir ce monde pour mieux le sauver.

 Un monde bipolaire c'est celui où actuellement nos enfants manifestent contre le pétrole, alors que les adultes sont prêts à faire la guerre pour le pétrole.

 Un monde bipolaire c'est celui où des élites qui seront mortes en 2050 décident de façon absolue pour ceux qui vivront ces années là et les suivantes.

 Un monde bipolaire c'est celui qui repose sur la bombe atomique comme seule garante de notre équilibre géopolitique mondial. Autrement dit, notre monde ne devrait sa survie que par la promesse d'un anéantissement mutuel.

 Pourtant la plus dangereuse de la bipolarité actuelle de notre monde aussi ancienne que ce monde lui-même reste la guerre. Elle consiste à déclarer la guerre pour mieux faire la paix. La Pax Americana est la plus contemporaine ainsi que la plus célèbre mais elle ne doit pas cacher la forêt d'une multitude de conflits basés sur le même principe bipolaire. Je te fais la guerre parce que je ne veux que ton bien-être. Ma paix étant plus juste que la tienne, je te l'impose.

 La deuxième bipolarité toute aussi mortelle fut et est toujours la religion. Chaque religion monothéiste a engendré sa propre dualité mortifère. Un même Dieu mais des croyances différentes et farouchement hostiles entre elles. Et à chaque fois et foi, au nom de l'Amour et de la tolérance, elles se massacrent en toute quiétude théologique. Ma paix étant plus spirituelle que la tienne, je te l'impose. 

 Il n'y a pas si longtemps, le monde était très simple, formé de deux pôles opposés. Ceux qui avaient le pouvoir, ceux qui subissaient ce pouvoir. Rois ou Empereurs, parfois absolus, voire d'essence divine, avaient droit de vie et de mort sur leurs sujets. Clair et limpide, un décidait, les autres, tous les autres, suivaient. Je déclare la guerre, vous devez vous battre et mourir pour moi. Ma grandeur est plus importante que ta misérable vie, je te l'impose.

 Mais un jour, les peuples se soulevèrent et ravagèrent ce monde terrible et totalement inique. Ce qui amena ce nouveau monde devenu bipolaire car il introduisit un élément qui allait pourrir tout le reste, la politique et surtout la politique d'une partie très revancharde sur la noblesse, la bourgeoisie. En commençant par confisquer les révolutions puis en s'accaparant le pouvoir, tous les pouvoirs.

 Cette bourgeoisie qui couronna un nouveau maitre, l'argent.

 Ce qui nous amène à la troisième bipolarité, la plus sournoise, le vote des citoyens. Le vote démocratique qui abouti toujours à une incompréhension, entre celui qui vote et celui qui est élu. Et le temps d'une mandature, le pouvoir devient absolu et celui qui l'exerce devient une chimère. Elu par la démocratie, il gouverne par la dictature, fusse-t-elle, comment on entend souvent, molle.

 Le vote citoyen, un droit chèrement acquis mais qui aboutit maintenant à un asservissement librement consenti.

 Ou, comment d'une très relative légitimité, on arrive à l'exercice solitaire du pouvoir. Le piège du vote pour une élection est que le droit de l'électeur ne s'exerce que dans un sens. Si la personne élue à trompé son électeur ou change d'orientation politique en cours de route, rien à faire. Le citoyen peut élire, pas révoquer. Ou faire une révolution.

 Sauf que la donne a été changée de façon très vicieuse. Faire une révolution quand on a les traites d'une maison à payer, est-ce-bien raisonnable ? Hé, oui, nous sommes piégés. La société de consommation s'est refermée sur nous et quoi qu'on dise, quoiqu'on fasse, on ne retournera pas à la case départ.

 C'est d'ailleurs aussi toute la bipolarité du discours écologique officiel. Nos élites nous disent deux choses. Le train dans lequel nous sommes, fonce dans le mur. Il faudrait laisser sur le bas côté, un certain nombre de nos affaires auxquelles nous tenons beaucoup. Certains vous diront que c'est la seule solution, changeons de paradigme. Donc discours numéro deux, vous pouvez garder vos affaires mais il faudra payer un supplément, pas beaucoup bien sûr mais pour chacune de vos affaires, soit juste un changement sociétal. (lire mon article changement sociétal ou changement de paradigme)

 Dans cette société bipolaire, l'élection donne le droit à certains de pouvoir penser pour le peuple dans son ensemble, une seule tête. Comme si une petite élite pouvait vampiriser le reste de la communauté.

Que se soit en politique, en finance, certains se placent au dessus des autres, comme si la haute éducation ou l'argent étaient les nouveaux rois absolus et quasiment de droit divin. Le tout en toute légalité démocratique, bien sûr !

 La boucle est bouclée. De deux pôles à un monde bipolaire et de trop rares parenthèses vite réprimées où tout semblait possible.

Jean-Yves Le Garrec

 

Pas fou notre monde, seulement bipolaire ! I

 https://hebdolatino.ch/edito-fr/8555-pas-fou-notre-monde-seulement-bipolaire.html

 

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