Alléluia, alléluia… Bon, on se calme un peu quand même. Et pourtant, jamais il me vint une seule fois à l’esprit de prononcer chose pareille.

Je me suis remué la tête et mis à part le clac clac habituel de la remise en place du puzzle de ma cervelle, rien d’autre de spécial ne bruissa. Pas même, je ne sais pas moi, un jet de lumière par mes narines, un de ces trucs divins jaunes pisseux qu’on admire sur des tableaux, n’éclaira mes pieds.

 Mais entendez ceci, l’étrange parole d’un voyageur lointain.

 Dieu, enfin cet être ou ce non être, omniscient, détenteur de chaque vérité est bien là.  Omnipotent et père de toutes décisions, ce créateur d’un monde ordonné et sans surprise se promène, plongé dans ses pensées entre ses murailles célestes. Ce tisseur des fils de soie du hasard prévu, nous regarde vivre comme des petites fourmis.

 Et dans ses églises, belles ou misérables, nous chantons avec ferveur ses louanges. Et nous chantons aussi les uns sur les autres et démasquons ainsi le traite, le faux croyant. Ce mouton noir blasphémateur qui déshonore notre petit quartier.

 Car, voyez-vous cela, nous sommes petites fourmis qui besognons pour son grand oeuvre. Sans nous plaindre mais en le remerciant chaque matin, chaque midi, chaque soir. D’ailleurs nous avons une ligne directe avec lui dans notre joli téléphone portable.

 Oh, soyons modeste, ce n’est pas avec lui directement, notre dieu est intouchable, il est comme un soleil incandescent. Notre dieu est injoignable, il est comme le vent, ici ou là, partout sans être nulle part et nulle part en étant partout, insaisissable. Non, nous nous adressons à son fils, l’élu.

 L’élu qui est l’incarnation terrestre de notre Dieu. L’élu qui connait tous les rouages de la haute pensée divine. L’élu et lui seul, sait traduire en mots simples, les merveilleuses voies tracées pour notre bonheur et notre prospérité. 

 Car il sait de sa science infuse ce qui est bon pour nous. De sa sagesse légendaire rien ne peut être gâté. Nos enfants sont ses enfants car nous sommes ses enfants. Chaque vie mélangée à toutes les autres ne forme qu’un en offrande à notre Dieu. Et nous allons tous d’un même pas vers un avenir radieux.

 Et nous sommes ses fourmis vaillantes, dures à la tâche, sans plainte ni relâche, son armée invincible. Notre foi est indestructible, forgée dans l’acier le plus pur comme notre sabre, notre deuxième homme endormi dans chacune de nos maisons. Et que nos ennemis, mécréants impurs et souillés, jamais, oh grand jamais, ne le réveillent. 

 Et puis, parfois en bon fils bienveillant il exauce une de nos prière d’avant de dormir, car il entend tout. Et il sait reconnaitre son bon disciple méritant. Sous forme d’une télévision grand écran, 8K, qui arrive un matin, mystérieusement, à bord d’un beau camion rouge. Une belle télé avec un joli boitier qui nous permet de voir ce que lui regarde et c’est tellement instructif et passionnant. Pas de temps perdu ni de chamailleries familiales, nous savons toujours quoi regarder et en toute harmonie.

 Parfois même, grâce suprême, il nous fait remettre une jolie médaille dorée, la fierté infinie, le graal tellement convoité, l’immense honneur qui rejaillit dans nos coeurs comme un doux nectar enivrant.

 Nous traversons notre vie toute tracée sans jamais dépasser les clous. Car il nous voit, ses yeux sont partout. Il est comme un aigle majestueux qui plane sans relâche sur notre ville. Ainsi il nous protège des mauvaises personnes, des voleurs, des méchants et même de ceux qui ont l’audace ridicule de ne point croire en lui. Et ses yeux se multiplient à l’infini comme les ailes immenses d’un ange protecteur et lumineux.

 Mais gare à celui qui s’égare, son courroux est formidable, implacables sont ses sentences. Alors, déchéance qui rejaillit sur toute la famille, il nous retire de son paradis pour l’enfer de ses geôles. 

 Et maintenant notre Dieu va survoler le monde et le conquérir, soit cerf-volant gracile, soit dragon destructeur. 

 Oui, Dieu existe mais un seul peuple, le mien, pour l’instant, le prie. Le peuple chinois. Le parti communiste est mon Dieu, Xi Jinping, son élu.

 Jean-Yves Le Garrec