Trois femmes d’exception sont les finalistes du Prix Martin Ennals 2020, reflet de la place désormais

prépondérante occupée par les femmes dans la défense des droits humains.

 

Au Yémen, Huda Al-Sarari dénonce l’existence de prisons secrètes et nombreux cas de torture.

Au Mexique, Norma Ledezma lutte contre les féminicides et cas de disparitions.

En Afrique du Sud, Sizani Ngubane milite pour l’accès des femmes à l’éducation et à la terre.

 

Trois femmes nominées:

Le Prix Martin Ennals récompense chaque année des défenseur-euse-s des droits humains issu-e-s des quatre coins du globe et qui se distinguent par leur profond engagement, souvent, au péril de leur vie.

Pour l'édition 2020, le Jury a nominé pour la première fois trois femmes qui défendent les droits fondamentaux de leurs communautés, dans des contextes sensibles.

La Fondation Martin Ennals est fière de rendre hommage au travail courageux de trois femmes.

Pour le Prix Martin Ennals 2020, le choix de notre Jury reflète l'élan mondial toujours plus important des individus -quel que soit leur genre- engagés pour le respect des droits humains et des droits des femmes en particulier», note Isabel de Sola, Directrice de la Fondation Martin Ennals.

 

Les finalistes 2020:

Les finalistes du Prix Martin Ennals 2020 œuvrent sur des continents distincts, mais les trois ont en commun:

leur résilience,

leur détermination,

leur très grande rigueur et enfin,

l'impact positif et concret de leur travail,

précise Hans Thoolen, Président du Jury.

 

Au Yémen,

alors que le conflit fait rage depuis 2005, Huda Al-Sarari, une avocate yéménite a dévoilé l'existence de nombreux centres de détentions secrets où les pires violations des droits humains ont été commises: tortures, disparitions ou encore exécutions sommaires.


En Afrique du sud,

les femmes font face à une discrimination qui se traduit par une violence de genre largement répandue. Dans les communautés rurales, elles sont fréquemment expropriées de leurs terres, privées d'éducation et d'accès à la justice. Sizani Ngubane a fédéré une organisation de plus de 50'000 femmes issues des zones rurales de son pays et se bat avec succès depuis plus de 40 ans pour la reconnaissance de leurs droits.


Au Mexique,

l'état de droit chancelant, la population civile paie le prix fort de la violence et de l'impunité généralisées qui en résultent. Les femmes sont les premières victimes, avec plus de 3'500 féminicides commis chaque année. Norma Ledezma, mère d'une des victimes, met toute son énergie pour accompagner les familles de l'état de Chihuahua dans leur accès à la justice.
 

Qui sont les précédents lauréats?

Parmi les lauréats des précédentes éditions, on trouve le Soudanais Abdul Aziz Muhamat le ressortissant émirati Ahmed Mansoor, l’Iranienne Nasrin Sotoudeh ou encore du leader ouïgour Ilham Tohti.

 

Soirée de remise des Prix le 19 février 2020:

Le Prix Martin Ennals pour les défenseur-euse-s des droits humains 2020 sera décerné à l’une d’elles le 19 février 2020, lors d’une soirée publique et retransmise en livestream organisée par la Ville de Genève qui, fidèle à son engagement en faveur des droits humains, soutient le Prix depuis de nombreuses années.

Elle recevra 50'000 francs suisses, destinés à lui permettre de poursuivre ses activités en faveur des droits humains.

Les deux autres recevront 20'000 francs suisses chacune.

 

Le Prix Martin Ennals pour les défenseur-euse-s des droits humains est le fruit d'une collaboration unique

entre dix des plus importantes organisations de défense des droits humains, à savoir:

 

Amnesty International
Human Rights Watch
Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH)
Front Line Defenders
Commission internationale de juristes
Human Rights First
International Service for Human Rights
Pain pour le monde
HURIDOCS
Organisation mondiale contre la torture

 

Contact
Laurence Gagnebin
Service des relations extérieures
Rue de la Croix-Rouge 4
1204 Genève
Tél :+41 22 418 29 97


Courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  

En savoir plus: www.martinennalsaward.org/fr/

https://www.ville-geneve.ch/actualites/detail/article/1574763121-trois-femmes-exception-nominees-prix-martin-ennals-2020/

https://www.heidi.news/articles/trois-femmes-finalistes-du-prix-martin-ennals-2020

 

 Les élections fédérales 2019 n’ont pas été seulement celles des Verts mais aussi celles des femmes. La Suisse figure désormais parmi les pays d'Europe et du monde qui comptent le plus important pourcentage de femmes à la Chambre basse. 

Le 14 juin 2019, des centaines de milliers de femmes ont fait grève. Elles sont descendues dans la rue pour exiger d’être mieux représentées en politique. Personne n’osait toutefois espérer ce qui s’est produit le 20 octobre. La parité n’est certes pas encore atteinte mais la part de femmes à la Chambre basse du Parlement (Conseil national) a fait un bon de dix points de pourcentage, passant de 32 à 42 pour cent.

​​​​​​​En comparaison internationale, la Suisse passe ainsi de la 38e à la 15e place du classement des Parlements les plus féminins. Elle prend la sixième place au niveau européen. 

Le Rwanda en tête du classement

Le Rwanda occupe la première place du classement de l’Union interparlementaire. Il y a des raisons historiques à la présence de 61% de femmes au Parlement rwandais. Après le génocide de 1994, la politique a été radicalement restructurée, et le pays a adopté une série de lois instaurant la parité.

La Suisse est bien loin du score rwandais. Néanmoins, le 20 octobre, les électrices et les électeurs ont véhiculé un message fort: il faut plus de femmes en politique. Ils ont élu 84 femmes sur 200 députés.

Augmentation de la proportion de femmes au Parlement

Dans presque tous les partis, plus de femmes que lors des législatures précédentes ont été élues. Chez les socialistes (PS /gauche) et les Verts, les conseillères nationales seront plus nombreuses que leurs homologues masculins. Même si l’UDC dispose seulement de 25% de femmes députées, le parti a tout de même augmenté sa proportion de femmes.

La grève des femmes du 14 juin explique certainement en partie l’augmentation du nombre de femmes sous la Coupole fédérale. De plus, le mouvement citoyen «Helvetia ruft!» (l’appel d’Helvetia) s’était fixé l'objectif de faire entrer davantage de femmes en politique, en les incitant notamment à se porter candidates. Leur appel semble avoir été entendu.

«Un regard différent sur la politique»

Interrogée dans le 19h30 de la Radio Télévision Suisse (RTS), l’ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a fait part de sa grande satisfaction: «On sentait déjà depuis la grève du 14 juin que c'était un moment extraordinaire. On était jugées comme des frustrées, et là, tout d’un coup, ces dizaines de milliers de femmes dans la rue! Et ça c’est traduit dans les résultats électoraux, c’est génial!», s'est réjouie l'ex-ministre des Affaires étrangères.

«C’était la volonté de mettre fin à ces discriminations salariales, à une politique familiale qui est trop prudente. Les femmes ont un regard différent sur la politique, elles sont aussi beaucoup plus pour la protection de l’environnement, elles donnent la vie, donc elles font attention», soutient celle qui est devenue la deuxième femme à devenir présidente de la Confédération après Ruth Dreifuss.

Par Alexandra Kohler

https://www.swissinfo.ch

 

 

 

Les manifestations pour le climat ont beaucoup fait pour mobiliser un nouvel électorat vert.
(Keystone / Martial Trezzini)


Elles et ils ont moins de 25 ans, sont plutôt bien formés et motivés par leur cause. Un sondage de l’institut SotomoLien externe réalisé pour la SSR lève un bout du voile sur l'électorat écologiste.

 http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/de-la-rue-aux-urnes--ils-sont-jeunes-engages-et-ils-ont-vote-pour-le-changement-?id=10803600&startTime=7.860666

 

Un jeune (18-25 ans) sur cinq a voté pour les Verts. C'est plus que pour tout autre parti. A titre de comparaison, l'UDC premier parti au Conseil national, a récolté 17% des voix de cette classe d'âge. Et le PS seulement 13%. Si l'on ajoute ceux qui ont voté pour les Vert'libéraux, c'est plus d'un jeune sur trois qui a voté pour un parti dont le programme est axé sur l'écologie.

 Votants par classer d'âge


On remarque également que les Verts ont convaincu 15% des femmes et 11% des hommes et le PS 18% des femmes pour 15% des hommes. Sans surprise, ces deux partis sont également ceux dont les listes étaient les plus féminines. Dans l’autre camp, les partis bourgeois sont légèrement plus soutenus par les électeurs mâles, avec une différence marquée à l’UDC uniquement: 28% d’électeurs pour 24% d’électrices.

Force de conviction

Manifestement, le message des formations vertes a séduit l'électorat. Là où d'autres partis récoltent les fruits de la tradition ou bénéficient d'un vote «faute de mieux», Verts et Vert'libéraux ont été portés par un vote militant. Pour motiver leur choix, leurs électeurs mettent en avant soit leur conviction sur les idées générales de ces partis, soit le besoin d'un changement. A l'inverse, plus d'un PDC ou PLR sur deux déclare avoir choisi son parti «par habitude» ou parce qu'il n'y avait «pas de meilleure alternative».

 

Ce résultat n'est pas totalement surprenant: plus on s'approche des pôles du spectre politique, plus les votants affichent des convictions fortes. Ainsi, les votants UDC et PS se rapprochent des électeurs Verts, tous trois motivant majoritairement leurs votes par leurs convictions politiques.

Sentiment d'urgence climatique

Si les partis écologistes ont percé, c'est parce qu'ils ont pu s'appuyer sur une thématique forte, explique Sotomo. Dans les partis de gauche et chez les Vert'libéraux, le climat arrive largement en tête non seulement des préoccupations, mais aussi des critères décisifs dans le choix politique. L'inquiétude environnementale est minoritaire chez les électeurs PLR ou PDC et reste totalement absente à l'UDC.

S'ils ont peut-être répondu aux attentes de leur base la plus fidèle, ces partis ont pu éventuellement se couper de votants attachés au problème climatique.

Niveau de formation déterminant
Le niveau de formation constitue une autre clé d'explication des choix politiques. Les candidats verts ont récolté le plus de voix parmi les votants les mieux formés, juste devant ceux du PS et du PLR. A l'inverse, l'UDC a convaincu près d'un électeur sur trois sans formation supérieure.

 

Parallèlement à la poussée verte, ces élections ont également vu la défaite de certains piliers du Parlement

http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/galerie-des-perdants-du-conseil-national-jean-franois-rime-et-yvan-perrin-notamment-?id=10803602

 

 

Par swissinfo.ch avec la RTS


Elections législatives: Un dimanche triomphal pour les écologistes suisses



La présidente des Verts, Regula Rytz (à droite), se réjouit du résultat des élections fédérales de dimanche. 
(Keystone / Peter Schneider)

Plus féminin, plus jeune, plus à gauche (même si la droite conserve une majorité) et surtout plus vert, beaucoup plus vert que prévu: le Parlement suisse a connu ce dimanche son plus grand bouleversement

depuis l’introduction de la proportionnelle en 1919. Parallèlement, les quatre partis gouvernementaux perdent des plumes, surtout l’UDC.

 Analyse graphique Tous les résultats de l'élection en détails
Nos graphiques commune par commune pour évaluer l'ampleur des gains et des pertes de chaque parti.

https://www.swissinfo.ch/fre/analyse-graphique_tous-les-r%C3%A9sultats-de-l-%C3%A9lection-en-d%C3%A9tails/45312708

 

Les chiffres définitifs confirment le bond historique des Verts au Conseil national. C'est aujourd'hui la quatrième force politique à la Chambre du peuple. Leur députation passe de 11 à 28 sièges (+17).L'autre formation gagnante de ces élections fédérales de dimanche est celle des Vert'libéraux (centre). C'est la sixième force politique au National, avec 16 sièges (+9).

L'autre seul parti qui progresse, bien que très légèrement, est le petit Parti évangélique (centre). Il obtient 3 sièges (+1).

Défaite de l’establishment

Si elle reste largement le premier parti du Conseil national, l’UDC (droite conservatrice) voit son groupe passer de 65 à 53 sièges (-12).

Le Parti socialiste conserve sa deuxième position, avec 39 sièges (-4).

La troisième place revient toujours au PLR (droite libérale) avec 29 sièges (-4).

Le Parti démocrate-chrétien cède lui définitivement sa quatrième place aux Verts à la Chambre du peuple, avec 25 sièges (-3).

Le Parti bourgeois démocratique (PBD) est en septième position. Il n’occupera désormais plus que 3 sièges (-4).

À gauche de la gauche, le Parti du Travail maintient son unique siège et Ensemble à gauche en gagne un.

À droite de la droite, le Mouvement citoyen genevois (MCG) perd son siège, tandis que la Lega au Tessin perd un de ses deux sièges et l’UDF (droite conservatrice chrétienne) en gagne un.
Conseil national

Historique à plus d’un titre

"Historique": le mot est souvent galvaudé. Pourtant, cette élection 2019 l'est à plus d'un titre, comme le relève notre chroniqueur, le politologue Claude Longchamp.

Jamais un parti n’avait gagné 17 sièges supplémentaires en une seule élection, comme les Verts viennent de le faire. Le record jusqu’ici était de 15 sièges, gagnés par l’UDC en 1999.

Jamais un parti n’avait perdu 12 sièges d’un seul coup, comme vient de la faire l’UDC. C’est la défaite la plus cinglante de l’histoire des élections en Suisse.

On n’avait jamais vu 58 sièges changer de parti en un jour, comme cela a été le cas dimanche. En 2015 par exemple, il n’y en avait eu que 30. Après les manifestations pour le climat et la Grève des femmes, le paysage politique suisse est devenu plus changeant que jamais.

Les 84 femmes élues au Conseil national représentent également une première historique. La Chambre du peuple est désormais féminine à 42%, ce qui place la Suisse au 12e rang mondial. En Europe, elle se hisse à la 2e place ex-aequo avec la Finlande, derrière la Suède.  

Le paysage politique se voit renouvelé. Le PS et le PDC sont plus faibles qu’ils ne l’ont jamais été auparavant. Et le PLR n’est que un pour mille au-dessus de son plus bas niveau historique de 2011.

A l’inverse, les Verts et les Verts libéraux, avec leurs respectivement 28 et 16 sièges, n’avaient jamais été aussi forts. Ensemble, les deux partis écologistes ont convaincu 21% des électrices et électeurs. Pour comparaison, aux dernières élections européennes de 2019, les Verts allemands avaient réalisé un score de 20,5%.


Une sensation verte à Glaris
 

La journée de dimanche avait débuté par un résultat annonciateur de cette poussée écologiste: en remportant un siège au Conseil des Etats (Chambre haute) à Glaris au détriment de l’UDC, les Verts avaient créé une petite sensation. C’est la première fois qu’un Vert est élu à la Chambre haute du Parlement à Glaris, et seulement la troisième fois de l’histoire en Suisse après le Vaudois Luc Recordon et le Genevois Robert Cramer. A Neuchâtel, les Verts ont également créé une énorme surprise en décrochant un des deux sièges au Conseil des Etats. Céline Vara occupera le fauteuil qui était jusqu'alors aux mains du Parti socialiste et siégera à Berne en compagnie du libéral-radical Philippe Bauer. Dans les cantons de Vaud, Genève et Berne, les Verts peuvent également espérer placer un des leurs au Conseil des Etats à l'occasion du deuxième tour qui aura lieu au mois de novembre. 

Au Conseil national, Verts et Verts libéraux réalisent une progression spectaculaire dans plusieurs cantons. A Zurich, par exemple, ils s'adjugent chacun trois sièges supplémentaires. La vague verte atteint également des cantons jusque-là plutôt réfractaires à la cause écologiste. C'est le cas notamment en Valais, à Fribourg et au Tessin, qui envoient pour la première fois un député vert à Berne. Pour la petite histoire, la nouvelle députée tessinoise se nomme... Greta Gysin.  

Un équilibre tout helvétique

Malgré la progression des Verts et des Verts libéraux, il est toutefois peu probable que l’équilibre global des forces soit profondément modifié. Le Parlement suisse est traditionnellement dominé par les quatre grands partis du spectre politique. Le PDC et le PLR détiennent une majorité claire au Conseil des États. Dans le système parlementaire suisse, les deux Chambres jouissent de pouvoirs égaux.

L’élection du gouvernement se fera le 11 décembre, lors de la première session du Parlement qui est sorti des urnes ce dimanche. Dans l’écrasante majorité des cas, les parlementaires se contentent de confirmer les ministres à leur poste pour une nouvelle législature de quatre ans.

 Reste que la poussée verte de ce dimanche, plus importante que prévue par les sondages, donne des ailes au Parti écologiste. Sa présidente, Regula Rytz, estime que le gouvernement, dans sa composition actuelle, ne correspond plus aux majorités actuelles et n'exclut pas d'attaquer un siège du PLR. C'est le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, le plus contesté à gauche, qui devrait subir les attaques les plus virulentes le 11 décembre. 

Taux de participation à la peine

La campagne électorale a cette fois été relativement discrète, même selon des critères suisses. Cela s’explique notamment par le fait que l’UDC n’a pas réussi à attiser les passions, comme lors des élections précédentes, en monopolisant le débat avec son programme anti-immigration et anti-européen.

Une campagne plutôt terne qui se reflète dans le taux de participation: il se monte à 45,1%, contre 48,5% il y a quatre ans.  

C’est plutôt la question du changement climatique qui a donné le ton de la campagne tout au long de l’année. Les nombreuses manifestations de rue à travers le pays ont sans aucun doute politisé la jeune génération des zones urbaines.

Un Parlement plus féminin 

Une autre manifestation de masse, la Grève nationale des femmes du 14 juin, a eu une influence sur les élections 2019. Une des revendications était l’augmentation de la représentation des femmes dans les institutions politiques du pays. 

Objectif atteint, puisque 84 femmes ont été élues à la Chambre basse du Parlement. Les élues y occupent donc 42% des sièges, soit 20 mandats de plus qu’en 2015. Ce bon est inédit depuis l'arrivée des premières élues sous la Coupole en 1971.

Les femmes devraient également être plus nombreuses à siéger à la Chambre haute du Parlement lors de la prochaine législature. Cinq d'entre elles ont été élues dès le premier tour de l'élection au Conseil des Etats, alors qu'elles n'étaient que six sur 46 à y être représentées jusqu'à présent. 

Les Suisses de l'étranger encore plus écolos

La Cinquième Suisse a eu moins de succès qu’il y a quatre ans; elle n’a réussi à faire élire aucun de ses 73 candidats. En 2015, l’ancien ambassadeur Tim Guldimann, résidant à Berlin, était devenu le premier Suisse de l’étranger à siéger à Berne. Le député socialiste avait toutefois mis fin à son mandat en février 2018. «Il est difficile de vivre quelque part et de faire de la politique ailleurs», avait-il expliqué dans un communiquéLien externe.

Cette année, Christina Bürgi Dellsperger, une autre diplomate, semblait avoir les meilleures chances. La socialiste établie à Paris avait annoncé au quotidien NZZ qu’en cas d’élection, elle déménagerait à Zoug.

Contrairement aux élections de 2015, aucun Suisse de l’étranger n’a pu recourir au vote électronique, la Confédération ayant suspendu les essais en cours, pour des motifs de sécurité. L’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) a ainsi constaté une baisse de la participation au scrutin chez les électeurs de la diaspora, notamment dans les cantons qui proposaient auparavant un système de e-voting. Dans le canton de Genève, la participation a par exemple diminué de 32 à 21%.

Les résultats montrent aussi que les Suisses de l’étranger ont voté encore davantage pour les Verts que les citoyens de l’intérieur et encore moins en faveur de l’UDC, comme le montre le graphique ci-dessous.


  Samuel Jaberg et Marc-André Miserez


La vague verte en Suisse vue par les voisins

La peur de l’Europe brandie par l’UDC n’a pas fonctionné cette fois, estiment plusieurs journaux étrangers. A l’image, Albert Rösti, président de l’UDC au soir de la défaite de sa formation conservatrice.

(Keystone / Peter Klaunzer)

Historique pour la Suisse, la forte poussée des partis écologistes aux élections législatives est également un événement pour la presse des pays voisins.

Les journaux français se sont relativement peu intéressés aux enjeux des élections en Suisse. Plusieurs médias avaient tout de même traité en amont de la poussée verte annoncée.

D'une manière générale, expliquait à la radio-télévision publique suisse RTS un correspondant français traitant l'actualité suisse, ce sont les grands sujets de société qui font que la Suisse est évoquée dans les médias français. Comme si notre pays était un miroir grossissant, un laboratoire de ce qui peut arriver en France à l'avenir.

Pour Le Monde, le résultat de dimanche est «un tremblement de terre à l’échelle de la Suisse, connue pour la stabilité de son paysage politique».

«Ce vote est en adéquation avec les préoccupations majeures des Suisses concernant le climat», note le politologue Pascal Sciarini, interrogé par le quotidien français. Il rappelle que «dans ce pays alpin durement touché par le dérèglement climatique, la jeunesse s’était activement mobilisée lors des manifestations à l’appel de la militante suédoise Greta Thunberg. Cette inquiétude semble s’être transposée dans les urnes».

Le Figaro relate les élections avec l’agence de presse Reuters, qui commence par signaler que «la droite populiste, connue pour son discours anti-immigration et anti-européen, reste tout de même la première force politique du pays».

Et de rappeler aux lecteurs français que l’UDC, «dont les affiches aux relents xénophobes font régulièrement polémique, est sortie affaiblie du scrutin […] dans un pays où la force des partis évolue lentement, et où même une perte de 2-3% est un échec».

Plus proche de la Suisse que les quotidiens parisiens, Le Dauphiné titre quant à lui sur l’excellent score des Verts dans le canton voisin du bout du Lac Léman: «Historique: les Verts, première force politique à Genève!»

Italie

Le Corriere della SeraL estime qu’avec cette vague verte, la Suisse «s’inscrit dans le courant politique général» qui a déja touché d’autres pays (comme l’Allemagne et l’Autriche), qui ont vu récemment les écologistes gagner du terrain.

La Stampa parle d’«effet Greta Thunberg», en soulignant le premier siège écologiste gagné dans le canton italophone du Tessin, siège remporté par une certaine Greta (Gysin), «un prénom de gagnante».

Allemagne

Selon le Spiegel Online, le résultat des élections «n’aura guère d’effet, car la Suisse est gouvernée depuis 60 ans quasiment par les quatre même grands partis». Selon le site du magazine allemand, «la force d’un parti n’amène généralement un changement au gouvernement qu’après deux élections consécutives avec une forte augmentation des voix».

La Süddeutsche Zeitung écrit que «les peurs agitées par l’UDC de voir la Suisse prise en mains par l’UE n’ont pas motivé les électeurs». D’autre part, le parti conservateur, qui a «réagi à la mobilisation pour le climat par la haine de Greta, voire en niant le problème en paie maintenant la facture».

Die Zeit met quant à elle l’accent sur l’avancée des femmes: «enfin». Il reste toutefois beaucoup à faire, estime le journal, dans une Suisse «qui ne prend toujours pas vraiment au sérieux la moitié de sa population et qui se montre honteusement rétrograde en matière d’égalité».

États-Unis

Même le New York Times se fend d’un petit article sur le «tsunami vert» qui vient de s’abattre sur la Suisse. Le quotidien américain est allé chercher un fromager à Seelisberg, «village alpin de carte postale», qui explique que «l’UDC n’est plus dans l’air du temps, tant du point de vue économique que du point de vue écologique. Car nous, les producteurs, profitons de l’accès au marché européen, et on ne peut pas tous se réfugier à la montagne».

Par Marie Vuilleumier, Sibilla Bondolfi, Marc-André Miserez

 

https://www.swissinfo.ch

 

Les Verts gagnent des sièges et les politiciennes gagnent 10% de plus de représentation à la Chambre basse du Parlement. La part de femmes atteint désormais 42%.

(Keystone / Laurent Gillieron)

La victoire historique des Verts et des Verts libéraux au Parlement suisse laisse même sans voix Claude Longchamp. Le politologue pense qu’une nouvelle alliance de centre gauche pourrait débloquer certains dossiers.

La droite perd sa majorité au Conseil national (Chambre basse du Parlement suisse) et le centre se renforce avec la poussée des Verts libéraux. Cette nouvelle constellation pourrait déjà déployer ses effets lors des prochains débats autour de la loi sur le CO2, avec à la clé un renforcement des mesures de protection du climat, analyse le politologue Claude Longchamp.

Il estime également qu’une alliance de centre gauche entre le Parti socialiste (PS), les Verts (PES), les Vert libéraux (PVL) et le Parti démocrate-chrétien (PDC) pourrait également créer de nouvelles dynamiques dans d’autres dossiers majeurs, comme la question de l’accord-cadre avec l’Union européenne.

Claude Longchamp voit les Verts libéraux comme une seconde force capable de réunir des majorités au Parlement, après le PDC.
(swissinfo.ch)

swissinfo.ch: Les Verts font le meilleur score de l’histoire du Parlement en remportant d’un coup 17 sièges. Quelle est votre réaction?

Claude Longchamp: Je suis sans voix. Personne ne s’attendait à un tel résultat et tout le monde a été surpris. Depuis 28 ans que j’analyse des élections fédérales, un seul parti avait réussi à remporter plus de parts électorales d’un coup: l’Union démocratique du centre avec ses sept points de pourcentage de progression en 1999. Mais une fois ce résultat converti en sièges, ces derniers n’étaient que de 14 contre 17 aujourd’hui pour les Verts.

Ce sont les deux seuls grands bouleversements de l’histoire récente de la Suisse. Et il ne faut pas oublier que le second parti écologiste, les Verts libéraux, se sont aussi grandement renforcés. Les deux formations vertes récoltent ensemble 20% de parts électorales, ce qui est historique.

L’élection de 2019 était clairement axée sur le climat. Est-ce que désormais, le monde politique va aborder différemment les questions environnementales?

L’impact à court terme sera énorme, surtout au niveau de la discussion en cours au Parlement autour de la révision de la loi sur le CO2. Nous sommes dans la phase la plus importante de la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. La Suisse ne peut plus se permettre de revenir sur ses engagements.

On pourrait s’attendre à une alliance entre les socialistes, les démocrates-chrétiens, les Verts et les Verts libéraux, qui auraient ainsi une majorité dans les deux Chambres du Parlement. S’ils parviennent à s’entendre, ils pourraient façonner ensemble la future politique climatique, mais également d’autres domaines comme la politique des infrastructures.

Last but not least, il y aura aussi une discussion sur la représentation des forces au Conseil fédéral. Aujourd’hui, nous avons un Parlement de centre gauche et un gouvernement de droite.

Cette nouvelle majorité de centre gauche signifie que le Parlement sera moins polarisé. Est-ce que cela pourrait permettre également de nouvelles dynamiques dans d’autres dossiers, comme les relations avec l’Union européenne?

Je ne suis pas sûr que des changements se produisent si rapidement. Le PS est le parti qui a freiné ce dossier ces deux dernières années et il a maintenant subi des pertes électorales. Il doit désormais se remettre en question et se demander si ce n’est pas justement sa position sur la question européenne qui a été sanctionnée dans les urnes. Le PS est traditionnellement le parti pro-européen, mais il est devenu le parti qui freine les relations avec l’UE. Il y a sans doute un problème de confiance.

On peut également se demander si les Verts libéraux pourraient amener une nouvelle dynamique. Le PVL est l’un des partis qui a le plus plaidé en faveur de la signature de l’accord-cadre avec l’UE. S’il parvient à réunir des partenaires à droite et à gauche afin de débloquer cet épineux dossier, il prouverait qu’il a les capacités d’occuper à l’avenir une place au gouvernement.

Le PDC est, traditionnellement, le faiseur de rois qui parvient à ficeler des alliances au Parlement pour trouver des solutions. Est-ce que les Verts libéraux lui volent ce rôle aujourd’hui?

Pas forcément. Le PDC reste le parti le plus important, notamment en raison de sa position déterminante au Conseil des États. Il s’agit vraiment du parti charnière de la Suisse.Mais il existe une marge de manœuvre: si le PDC ne se montre pas assez libéral sur une question, les Verts libéraux pourraient tenter de s’allier avec le Parti libéral-radical (PLR, droite) pour atteindre une nouvelle majorité. Nous avons désormais deux générateurs potentiels de majorité: le PDC et le PVL.

Un mot sur le grand vaincu de cette élection, l’Union démocratique du centre (UDC, droite conservatrice), qui perd 12 sièges: que se passe-t-il avec le parti le plus puissant du Parlement?

L’UDC doit faire un grand travail de remise en question. Elle a perdu tout ce qu’elle avait gagné il y a quatre ans. Mais cette défaite, nous l’avons sentie venir: l’UDC n’a pas été suivie par le peuple sur de nombreuses votations. Surtout quand elle s’est montrée peu ouverte au compromis. Les électeurs se sont maintenant prononcés: ils veulent une UDC qui représente la Suisse conservatrice, mais pas une UDC qui fonce droit dans le mur et qui veut encore faire voter le peuple sur son initiative pour limiter l’immigration. Ses initiatives populaires ont d’ailleurs connu de nombreuses défaites ces cinq dernières années.

L’UDC a reçu un message clair: ce type de politique n’est plus désiré. Mais le parti reste le plus fort du pays et représente toujours l’électorat conservateur qui est bien présent en Suisse.

Le PS et le PLR comptent aussi parmi les perdants. Quels rôles peuvent-ils jouer dans cette nouvelle constellation? 

Tous deux doivent analyser en profondeur leur situation et tenter de savoir où ils ont perdu des voix. Ils affrontent aujourd’hui une nouvelle concurrence: les Verts libéraux pour le PLR et les Verts pour le PS. Ils devraient maintenant essayer de collaborer au lieu de se tirer dans les pattes comme durant la campagne électorale.

Le taux de participation à ces élections était particulièrement bas, à 45%. Est-ce une déception?

Pas nécessairement, nous devons d’abord analyser les votes. La structure des électeurs a probablement changé: nous avons d’un côté davantage de jeunes de moins de 35 ans qui se sont mobilisés, et tout particulièrement des femmes. D’un autre côté, les hommes de plus de 70 ans se sont sentis moins concernés par ce scrutin. Les jeunes et les femmes ont ajouté des voix aux Verts et aux Verts libéraux, alors que l’abstentionnisme des plus âgés a pesé sur le résultat des partis bourgeois.

Par Renat Kuenzi

Traduction de l'allemand: Marie Vuilleumier



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