franco suizo«Malgré les turbulences conjoncturelles, l’économie suisse s’est renforcée», estime le SECO

Le Secrétariat d’Etat à l’économie tire un bilan positif de quinze ans de libre circulation des personnes. Les syndicats nuancent.

L’accord sur la libre circulation des personnes conclu avec l’Union européenne (UE) est en vigueur depuis 15 ans. Une durée suffisamment longue pour prendre un peu de recul. Pour le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), le bilan est largement positif.

«Malgré les turbulences conjoncturelles, l’économie suisse s’est renforcée», a souligné hier la directrice du Seco, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, en présentant le treizième rapport annuel de ¬l’Observatoire sur la libre circulation. «Les mesures d’accompagnement ont fait leurs preuves. Nous avons trouvé un bon équilibre entre la flexibilité dont a besoin le marché du travail et les mesures de protection des travailleurs.»

Contrôles irréguliers

Une appréciation aussitôt nuancée par les milieux syndicaux. «La pression sur les salaires est une réalité», affirme Daniel Lampart, économiste en chef de l’Union syndicale suisse (USS). Selon ce dernier, c’est seulement en multipliant les salaires minimaux obligatoires et les contrôles qu’on pourra faire obstacle à la sous-enchère salariale. «Aujourd’hui, un employeur n’est presque jamais contrôlé dans le canton de Zoug et, s’agissant des branches non conventionnées, il ne l’est que tous les 33 ans dans les cantons de Bâle-Campagne, Fribourg et Saint-Gall.»

Réponse de Boris Zürcher, chef de la division du travail du Seco: «Les Suisses n’ont pas été prétérités. Depuis l’entrée en vigueur de la libre circulation, les salaires réels ont augmenté de 0,8% par année en moyenne aussi bien pour les bas que les moyens salaires. Tout au plus peut-on déceler un léger frein à la croissance des salaires en ce qui concerne les travailleurs très qualifiés.»

Les différentes parties se retrouvent sur un point: la libre circulation a favorisé le changement structurel de l’économie suisse. «Sous la pression de la concurrence internationale et de l’évolution technologique, notre économie s’est spécialisée dans la production de biens et de services à haute valeur ajoutée, indique Boris Zürcher. Ce transfert structurel implique un besoin élevé de personnel qualifié. La Suisse y a répondu avec une offensive de formation et le recours à des spécialistes venus de l’UE. Parallèlement, le manque de main-d’œuvre indigène dans la construction et les services de base a pu être compensé par des travailleurs étrangers.»

Recul du solde migratoire

L’immigration a cependant surpris par son ampleur. Dans les années 2002 à 2016, la population a augmenté de 0,8% par an sur la seule base des excédents migratoires. Sur 8,4 millions d’habitants, la Suisse compte désormais 2,1 millions d’étrangers, soit 25% de la population. En 2008, juste avant l’éclatement de la crise financière, ¬l’immigration a été particulièrement élevée: plus de 90 000 personnes ont rejoint la Suisse, dont 61 300 en pro¬venance de l’UE ou de l’AELE. Avec un marché du travail ¬devenu plus tendu, le solde migratoire est retombé l’an dernier à 56 300 personnes, dont 35 000 venues de l’UE/AELE.

Le passage à la préférence nationale décidé dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative «Contre l’immigration de masse» a pour but d’atténuer les craintes pour l’emploi suscitées par l’immigration. Il s’agit de réserver les postes libres aux demandeurs d’emploi indigènes, pendant quelques jours.

Le directeur de l’Union patronale suisse, Roland Müller, dénonce déjà le caractère bureaucratique de l’ordonnance mise en consultation la semaine passée par le Conseil fédéral. Selon lui, les offices régionaux de placement risquent d’être débordés par le nombre de notifications de poste à fournir aux employeurs.

COMMENTAIRE

Allô James, quelles nouvelles?

Année après année, le Secrétariat d’Etat à l’économie transmet le même message: la libre circulation des personnes fonctionne à merveille; passez votre chemin, tout va très bien, Madame la Marquise. Mais comme dans la chanson, on déplore un tout petit rien: des salaires de misère découverts périodiquement sur certains chantiers ou dans le commerce de détail, le recrutement à l’étranger qui s’effectue au détriment des seniors au chômage, ou encore les prix cassés pratiqués par certaines entreprises au détriment des ¬entrepreneurs locaux.

Mis bout à bout, ces incidents ont fini par provoquer une avalanche à l’effet dévastateur. Le 9 février 2014, les électeurs ont approuvé l’initiative «Contre l’immigration de masse», qui réclame la réintroduction de plafonds d’immigration, au risque de remettre en question l’accord sur la libre circulation et les relations de la Suisse avec l’UE. Finaud, le parlement vient d’accoucher d’une mise en œuvre qui préserve les intérêts de l’économie et de Bruxelles, mais on peut déjà dire que son impact sera limité. A Genève, le taux de chômage ¬figure parmi les plus élevés du pays en ¬dépit de la préférence cantonale à l’embauche mise en place il y a plusieurs -années.

Les propos lénifiants tenus hier par le Seco n’ont rien de rassurant. Ce n’est pas en minimisant les problèmes qu’on renforce la sécurité. C’est en prenant des mesures concrètes. Et là, force est de constater que les mesures d’accompagnement, aussi bien intentionnées soient-elles, sont encore insuffisantes.

Christiane imsand

https://www.lecourrier.ch

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