OMSHarcèlementUne ancienne employée évoque dans un livre une organisation internationale qui maltraite ses équipes en toute impunité.

 L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est épinglée dans un livre. Dans WHOligans (publié en mai 2017 par Amazon), Kari Just Laperriere, une ancienne employée, évoque une organisation internationale qui maltraite ses équipes en toute impunité. Derrière la façade respectable de l’institution basée à Genève se cacherait une culture du harcèlement, de «mobbing» et de diffamation, selon l’auteure, qui raconte, documents à l’appui, ses propres déboires au sein de l’autorité mondiale de la santé.

Elle dit avoir été poussée à la démission par sa hiérarchie à force de harcèlements. Margaret Chan, directrice générale de l’OMS de janvier 2007 à mai 2017, aurait laissé faire, voire encouragé ces pratiques, selon Kari Just Laperriere, qui se serait battue une décennie durant pour obtenir justice. Elle gagnera en partie, au détriment de sa santé.

WHOligans, un simple livre issu d’une ex-salariée revancharde? Pas certain. Plusieurs autres anciens employés de l’organisation internationale ont dénoncé des abus similaires dans d’autres livres ces dernières années. Dans «Victims of Ineptitude» (publié en 2007), l’Ethiopien Firdu Zawide décrit comme il a été maltraité par son employeur, l’OMS, suite à un accident de la route dont il a été victime en Namibie. Fila Paragas, dans «Hear my voice, living with CRPS: a chronic pain journey» (2015), raconte quant à elle comment l’institution n’a jamais voulu reconnaître ses graves soucis de santé.

Le journaliste du groupe Les Echos Jean-Loup Izambert, enfin, avec «ONU Violations humaines» (2003), souligne comment une dénommée Saideh von Katz s’est fait harceler par sa hiérarchie au sein de l’OMS, au Japon puis à Genève. Elle ne recevra aucun soutien de l’institution malgré ses nombreux appels.

«Les cas de mobbing, de harcèlement ou de mauvais traitements foisonnent à l’OMS, et dans le système onusien en général», estime Me Edward Flaherty, de l’étude Schwab, Flaherty et associés. «Il est difficile de licencier quelqu’un à l’ONU, du coup on recourt souvent à d’autres méthodes pour pousser les gens à la sortie, comme le mobbing», considère celui qui est établi à la rue De-Candolle et qui se spécialise dans la défense des fonctionnaires internationaux depuis vingt-cinq ans. «Plus de la moitié des plaintes que je traite portent sur des cas de mobbing», indique l’homme de loi américain.

La justice façon ONU

Les fonctionnaires internationaux dépendent en général du règlement intérieur de leur organisation – puis éventuellement du Tribunal administratif de l’Organisation internationale du travail (ILOAT) – et non des lois du pays d’accueil. En cas de conflit à Genève par exemple, ils ne peuvent saisir la justice cantonale mais une justice onusienne «biaisée», dit-il, car les juges sont nommés par la haute administration de l’ONU, donc l’employeur, sans que le staff ne soit consulté.
«L’ONU, c’est comme la mafia sans les armes: les hauts placés s’en sortent toujours, mais pas les autres», estime Edward Flaherty. Au sein de l’ONU, les deux organisations qui occupent le plus les juges de l’ILOAT sont, dans l’ordre, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et l’OMS. «Avec le livre, je veux dénoncer la culture malade qui prévaut à l’OMS et initier un changement», indique Kari Just Laperriere. L’OMS n’a pour l’instant pas réagi officiellement.

Contacté par la Tribune de Genève, un porte-parole, Tarik Jasarevic, indique que tous les jugements et procédures portant sur des plaintes contre l’OMS sont publics et accessibles sur le site de l’ILOAT. En mai – en même temps que la publication de «WHOligans» – l’agence Associated Press a révélé que l’OMS dépensait 200 millions de dollars par an en voyages, plus que la somme qu’elle investit dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme réunis. L’OMS recense plus de 2000 employés à Genève.

https://www.tdg.ch

 

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