Un rapport demande aux États de changer leur échelle de dangerosité en se fondant plus sur des critères scientifiques plutôt que culturels.

 Des substances comme l’ecstasy, la kétamine, la cocaïne ou le cannabis ont un impact moins négatif pour les personnes qui les consomment et leur entourage que le tabac et l’alcool. Telle est la conclusion d’un rapport de la Global Commission on Drug Policy, qui s’appuie sur des recherches scientifiques.

Un aspect culturel

«Il ferait sens de classer ces substances en fonction du potentiel de risques, déclare le porte-parole de l'OFSP Adrien Kay. D'ailleurs la Commission fédérale pour les questions liées aux addictions a souvent plaidé pour cette approche. Mais la classification légale des produits psychoactifs s'explique aussi par le contexte historique et culturel d'un pays.» La consommation d'alcool en Europe, par exemple, fait partie intégrante de la vie sociale depuis des siècles, constate-t-il.

Cette organisation, dont le secrétariat est à Genève, réunit des personnalités telles que l’ex-présidente de la Confédération Ruth Dreifuss, le milliardaire Richard Branson et d’autres anciens leaders internationaux (Javier Solana, George Shultz, ...). Ils critiquent l’incohérence des lois restrictives actuelles dans la plupart des nations, qui se basent sur des critères contestables. «Nous recommandons aux gouvernements et aux autorités sanitaires de reconnaître l’absence de base factuelle de la procédure politique et l’incohérence de la classification actuelle, précise Ruth Dreifuss. Il faut donner à la communauté scientifique et à l’Organisation mondiale de la santé la compétence de décision.» Il s'agit ensuite, pour les experts de cette commission, d’utiliser cette analyse de la réalité pour déterminer des politiques nationales de régulation des substances actuellement prohibées.

«Les substances psychoactives, comme tout produit présentant un potentiel de risques, ne devraient pas être abandonnées sans contrôle entre les mains d’entreprises qui ne visent que le profit, qu’elles soient légales ou criminelles, poursuit Ruth Dreifuss. Chaque État doit les réguler selon les dangers et l’utilité de leur consommation.»

Si l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) admet la cohérence de ce rapport, il souligne que les mentalités parmi les élus politique suisses, qui décident des lois, seront difficiles à changer.

Quant à la fondation Addiction Suisse, son directeur Grégoire Vittoz va dans le sens de Ruth Dreifuss. «Il faut aussi rappeler les incohérences de la politique des addictions où l'on peut promouvoir par le biais de la publicité un produit comme le tabac, qui tue une personne par heure, souligne-t-il, alors que la simple consommation de drogues illégales constitue un délit sans pour autant que cette prohibition n'en empêche la consommation. On doit donc espérer que cette politique sorte des débats idéologiques pour s'appuyer sur des analyses factuelles des expériences faites à ce jour.» Il estime toutefois délicat de classifier des substances qui demeurent toutes dangereuses.

par Frédéric Nejad Toulami -

FNT

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