Le double «non» dimanche constitue un nouveau revers pour la politique d'aménagement du territoire du Conseil d'Etat. Le maintien de la taxe sur les chiens rassure les communes.

 Le déclassement de deux zones villas en zone de développement à Cointrin n'a pas passé la rampe populaire.

La densification du territoire passe de plus en plus mal à Genève. A plus de 55%, le souverain a refusé dimanche de déclasser deux zones villas en zone de développement à Cointrin, à proximité de l'aéroport. Il a aussi dit «non» à 67,26% à l'abolition de la taxe sur les chiens.

Le déclassement de Cointrin-Est, dans la commune de Meyrin, est refusé par 55,71% des votants (57'249 non et 45'510 oui), tandis que celui de Cointrin-Ouest, à cheval sur Meyrin et Vernier, est rejeté par 55,32% des voix (56'783 non et 45'853 oui). Les modifications de zone de ces deux secteurs, qui totalisent 22,5 hectares, étaient attaquées par une coalition d'associations, principalement de riverains. Le taux de participation s'élève à 43,12%.

Ces résultats constituent un nouveau revers pour la politique d'aménagement du Conseil d'Etat. En novembre dernier, la densification du Petit-Saconnex et une modification de zone au Grand-Saconnex en vue d'un projet immobilier étaient refusées de justesse. Peu après, le magistrat Antonio Hodgers, en charge du Département du territoire (DT), annonçait la tenue, au printemps, de rencontres du développement.

Crise du logement aggravée

Le fait que la majorité des communes a refusé les déclassements à Cointrin montre qu'il y a «un rejet du développement à Genève, le sentiment que tout va trop vite», analyse Antonio Hodgers, également président du Conseil d'Etat, interrogé par Keystone-ATS. Il va réunir les acteurs du logement, dont l'ASLOCA et la Chambre genevoise immobilière, pour savoir «comment ils voient la suite.»

Prenant acte de ce résultat, le magistrat y voit l'addition de votes conservateurs (UDC et MCG), des Jeunes Verts et du PLR. «Quel est le projet de société de cette alliance contre-nature?» s'interroge-t-il.

Pour M. Hodgers, le refus de dimanche va bloquer d'autres projets en zone villas et aggraver la crise du logement. Avec deux effets concrets: une augmentation du prix des loyers et du flux de frontaliers. Paradoxalement, les Genevois ont dit «oui» dimanche à 60,10% des voix à l'initiative fédérale «Davantage de logements abordables».

Réverbération du bruit

Les deux zones à Cointrin faisaient partie des grands projets prioritaires d'urbanisation du canton. Objectif: pallier la pénurie de logements en construisant en ville, près des axes de transports publics afin d'éviter le trafic pendulaire. Quelque 2300 logements et 800 emplois devaient y voir le jour à l'horizon 2050. Le Conseil d'Etat veut reprendre les discussions sur l'avenir de ce périmètre.

Pour les référendaires, ces secteurs situés à 50 mètres de l'autoroute et à 700 mètres du tarmac de l'aéroport sont inadaptés à une densification car dangereux pour la santé en raison de la pollution atmosphérique mais surtout sonore. Contestant les études acoustiques mandatées par le canton, ils estiment que les façades des futurs immeubles allaient, par réverbération, amplifier le bruit des avions.

Trois comités ainsi que le PS, le PDC et Ensemble à Gauche appelaient à accepter ces déclassements afin de construire des logements de qualité pour toutes les classes de la population et de créer des espaces publics verts et mutualisés. Ils mettaient aussi en avant le fait que l'aéroport s'est engagé à réduire ses émissions sonores d'ici à 2030.

Chiens encore taxés

Les Genevois ont aussi refusé dimanche par 67,26% des voix (74'446 non et 36'237 oui) d'abolir la taxe sur les chiens qui rapporte 2,1 millions de francs au canton et aux communes. Un résultat qui satisfait le Conseil d'Etat. Le taux de participation s'est élevé à 43,12%.

Adoptée par le Grand Conseil, grâce aux voix de l'UDC, du MCG, du PLR et d'Ensemble à Gauche, la suppression de la taxe sur les chiens faisait l'objet d'un référendum facilité car elle modifie l'assiette fiscale. Les partisans de l'abolition considèrent cet impôt comme injuste et discriminatoire. Le chien, facteur de lien social, est le seul animal de compagnie à être taxé, déplorent-ils.

Pour le comité référendaire, qui réunit des membres du PS, des Verts, du PDC et du PLR, cet impôt est nécessaire pour couvrir les coûts liés au nettoyage des déjections et à la mise à disposition de caninettes et de sacs. En charge de l'entretien de la voirie, les communes allaient être pénalisées par sa suppression.

nxp/ats

La volonté de densifier se heurte à un mur de «non»

- En trois mois, ce sont quatre déclassements qui ont été refusés. La question du développement se pose.

 Les Genevois ne veulent plus des densifications proposées par les autorités. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

 «Ce non est un coup d’arrêt très net», a déclaré hier Bertrand Reich, président du PLR. Plus de 55% des Genevois ont refusé de déclasser deux zones villas sur les communes de Meyrin et Vernier, principalement pour du logement. Ils ont ainsi suivi les mots d’ordre d’associations de riverains et de partis comme le PLR, l’UDC et le MCG. «Une alliance contre nature», selon le conseiller d’État chargé du Territoire, Antonio Hodgers.

Plusieurs milliers de logements touchés

Les deux projets refusés étaient prioritaires pour les autorités afin de pallier le manque de logements et de construire près des axes
de transports publics pour éviter le trafic pendulaire. Quelque 2300 habitations et 800 emplois devaient voir le jour à l'horizon 2050. Pour les référendaires, ces secteurs situés à 50m de l'autoroute et à 700 de l'aéroport sont inadaptés à une densification car dangereux pour la santé en raison de la pollution de l'air et sonore.

C’est la deuxième fois en quelques mois que les citoyens se prononcent contre des densifications. En novembre, les projets du Petit-Saconnex et de Pré-du-Stand n’avaient tout juste pas passé la rampe. «La montée en puissance des oppositions est inquiétante, a réagi la députée socialiste Caroline Marti. Nous avons besoin de logements.» Pour Bertrand Reich, ces résultats sont la conséquence «d’un manque de concertation d’Antonio Hodgers. Il faut revoir la méthode.» Le président des Verts, Nicolas Walder, élargit la responsabilité à l’entier du Conseil d’État.

Partisans comme opposants s’accordent à dire que le Canton ne s’épargnera pas une réflexion globale sur le développement. «Les gens veulent que la densification soit discutée», a analysé le député UDC André Pfeffer. «Les Genevois demandent à être convaincus», a abondé Nicolas Walder.

Le conseiller d’État Antonio Hodgers, qui voit dans ces résultats «un rejet du développement à Genève, le sentiment que tout va trop vite», va réunir tous les acteurs du logement afin de savoir «comment ils voient la suite».

par Maria Pineiro

ats

 

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