Evelyn Hernandez, une jeune femme qui a perdu son bébé, à nouveau jugée pour homicide, à Ciudad Delgado, le 15 août 2019 au Salvador Photo MARVIN RECINOS. AFP

Evelyn Hernandez, adolescente au moment des faits, a protesté de son innocence. Le bébé était mort-né, a-t-elle toujours expliqué. La législation anti-IVG au Salvador est l’une des plus strictes du monde.

Au Salvador, 40 ans de prison pour meurtre requis contre une femme qui a perdu son bébé

Une peine de 40 ans de prison pour meurtre a été requise vendredi devant un tribunal salvadorien contre une jeune femme qui a perdu son bébé. La législation anti-IVG au Salvador est l’une des plus strictes du monde. Le Code pénal prévoit une peine de deux à huit ans de prison pour les cas d’avortement, mais, dans les faits, les juges considèrent toute perte du bébé comme un «homicide aggravé», puni de 30 à 50 ans de réclusion.

Evelyn Hernandez, désormais âgée de 21 ans mais adolescente au moment des faits, a protesté de son innocence à l’ouverture du procès jeudi. Le bébé était mort-né, a-t-elle toujours expliqué. Elle avait déjà été condamnée en juillet 2017 à 30 ans de prison mais la décision a été annulée en février par la Cour suprême, après 33 mois passés derrière les barreaux.

«Nous espérons l’acquittement»

Pour ce deuxième procès, le ministère public salvadorien a changé de chef d’inculpation: Evelyn Hernandez n’est plus accusée d’homicide aggravé avec préméditation mais d’homicide aggravé par négligence.

«Demander 40 ans de prison, c’est une véritable folie, c’est une aberration juridique», s’est indignée Morena Herrera, coordinatrice de l’ONG salvadorienne ACDATEE qui milite pour la dépénalisation de l’avortement. «Nous espérons un verdict d’acquittement: il n’y a aucun élément qui permette de penser qu’Evelyn avait l’intention de mettre fin à la vie du bébé […] c’était un accident», a déclaré Arnau Baulenas, l’un des avocats de l’accusée.

L’affaire remonte au 6 avril 2016, lorsque la jeune femme donne naissance à un bébé dans des toilettes. Transférée à l’hôpital de la ville de Cojutepeque (centre), elle était arrêtée et accusée d’homicide, a expliqué son avocate.

«A bas le patriarcat !»

Dans un premier temps, il avait été dit qu’Evelyn Hernandez était tombée enceinte après un viol, mais son avocate a expliqué, sans donner plus de détails, préférer ne plus évoquer ces circonstances à la demande de la jeune femme qui habite dans un quartier contrôlé par les gangs et pourrait faire l’objet de représailles.

Aux cris de «Liberté pour Evelyn !» et «A bas le patriarcat !», une cinquantaine de militants pour les droits des femmes ont protesté devant le tribunal de Ciudad Delgado, au nord-est de San Salvador, la capitale.

Actuellement, 16 femmes sont en prison au Salvador pour des avortements. Au cours des derniers mois, cinq femmes condamnées pour des cas similaires ont été remises en liberté.

Le verdict du procés d’Evelyn Hernandez doit être rendu lundi.

 AFP

 

Thelma Cabrera fière de voter à El Asintal, en plein pays maya: C’était le 16 juin dernier. Malgré un score inédit pour une telle candidature, le premier tour de la présidentielle laisse un sentiment mitigé au mouvement indigène, qui estime avoir été victime de fraudes. KEYSTONE

Les autochtones du Guatemala, exclus du développement et durement réprimés, ont choisi de se défendre en attaquant le terrain politique. Malgré l’appel au boycott du second tour de la présidentielle, le pays ne peut plus ignorer sa majorité rurale et indigène.

Julio Ramírez avait 55 ans. Il présidait le Comité de développement paysan (CODECA) de sa communauté de San Antonio Seja, quand il est tombé, le 12 juillet dernier, abattu de dix balles tirées à bout portant sur le chemin de sa maison.

Treize jours plus tard, Jorge Juc Cucul, 77 ans, était assassiné à coups de machette alors qu’il cultivait son champ sur cette même commune de Livingstone Izabal, tout à l’est du Guatemala. Les deux dirigeants indigènes avaient en commun de réclamer la nationalisation de l’énergie électrique puisée dans leur région sans que leurs villages n’en profitent réellement.

Julio Ramírez et Jorge Juc Cucul sont respectivement les treizième et quatorzième militants de CODECA, l’une des très rares organisations sociales à avoir pris racine sur l’ensemble du territoire guatémaltèque, à être exécutés depuis mai 2018. Stigmate d’un pays où la très longue guerre civile (1960-1996) a laissé place à une impitoyable guerre sociale au sein d’une démocratie de basse intensité.

Candidate indigène présidente

Le 16 juin, malgré un processus électoral parsemé d’embûches, le Guatemala voyait pour la première fois une candidate indigène à la présidence, Thelma Cabrera, sortir, avec plus de 10% des voix, de l’anonymat dans lequel est confinée la majorité autochtone.

Une émergence qui doit beaucoup à l’activisme opiniâtre de CODECA, alliance paysanne et indigène fondée en 1992, dont le patient maillage lui confère désormais une légitimité rare dans ce pays aux 25 peuples, miné par des inégalités abyssales, éclaté entre villes et campagnes, entre Pacifique et Caraïbes, hauts plateaux volcaniques et plaines tropicales.

Jeune dirigeante nationale de CODECA, Leiria Vay García fait partie de cette nouvelle génération de l’après-guerre civile, forgée dans la lutte sociale la plus âpre mais déterminée à jouer la carte de la démocratie. Sans illusion mais sans concession. A la veille d’un second tour boycotté par son mouvement, elle se confie au Courrier.

Les deux nouveaux assassinats perpétrés en juillet, quelques semaines après votre percée électorale au premier tour de la présidentielle, montrent que la pression sur le mouvement paysan et indigène va se maintenir.

Leiria Vay: En effet, la répression est chaque jour plus forte, en particulier contre les membres de CODECA. Depuis 2012, lorsque notre mouvement a déclaré qu’il allait s’engager pour des changements structurels à travers un processus d’Assemblée constituante, populaire et plurinationale, il nous faut affronter une campagne systématique de diffamation et de stigmatisation. On nous traite de terroristes, de délinquants, de voleurs d’électricité, de rétrogrades antiprogrès, etc.

Nous subissons deux types d’agressions. En premier lieu pénales: un millier de militants de CODECA sont actuellement poursuivis par la justice. Ensuite, il y a les agressions physiques. Comme ils ont vu qu’ils ne parvenaient pas à freiner notre ascension et que la proposition de Constituante prenait de plus en plus de place dans le débat public, ils ont changé de stratégie d’intimidation des communautés organisées. Depuis mai 2018, quatorze dirigeants de CODECA ont été assassinés. Cela en dit long sur la peur que notre mouvement inspire au pouvoir économique.

Comment avez-vous réagi face à cette vague d’assassinats?

Nous dénonçons les cas – nous sommes venus à Genève devant l’ONU pour cela – et nous accompagnons les communautés victimes ainsi que les familles. Mais nous nous sentons impuissants! Nous n’avons pas le soutien des médias, qui taisent les injustices, nous diffament et criminalisent nos luttes. Au niveau local, nous pouvons heureusement nous appuyer sur notre jeune Radio Victoria, ainsi que sur notre réseau de communicateurs sociaux pour diffuser l’information, notamment auprès de nos membres, grâce aux smartphones dont nous avons doté l’ensemble des communautés organisées.

 «Quatorze de nos dirigeants ont été assassinés. Cela en dit long sur la peur que CODECA inspire au pouvoir économique» Leiria Vay

La persécution juridique, elle, pèse directement sur ces communautés, qui ont la charge de financer et de conduire la défense des victimes.

Et l’Etat?

Il est à l’origine de ces persécutions et ne cesse de nous diffamer. En 2014, le président Otto Pérez Molina – qui est aujourd’hui en prison pour corruption – avait qualifié CODECA de «cancer social». Depuis cette date, il y a au Guatemala un service du Ministère public chargé exclusivement de nous persécuter sous prétexte que nous volerions l’électricité… Ses procureurs ont incarcéré plus de 200 militants et en ont poursuivi 2800. Pourtant, seules trois décisions judiciaires ont été rendues… qui toutes nous ont été favorables! Malgré leurs moyens, ils n’ont rien pu démontrer. Car la loi est du côté des communautés agraires qui refusent d’être rackettées par l’entreprise EnerGuate.

Le but de ces procédures est de nous épuiser. C’est une persécution politique évidente. Il suffit de mettre cet activisme policier en parallèle avec l’impunité totale des assassins de nos dirigeants.

A quoi attribuez-vous cette animosité à votre égard?

Chacune des vagues de violences ou d’incarcérations correspond à une initiative politique de CODECA. Le premier assassinat d’un de nos dirigeants, en 2000, est intervenu après que CODECA a participé à l’exhumation des cimetières clandestins de l’armée durant la guerre civile. Ensuite, nos études sur l’exploitation des ouvriers agricoles, qui ont également mis en lumière la reconcentration accélérée de la terre et la croissance du travail des enfants, ont été également très très mal ressenties…

Cette persécution politique, vous la ressentez aussi dans l’arène électorale.

Absolument. En 2015, notre assemblée a décidé de créer un instrument politique propre aux communautés, afin de porter le projet constituant dans les institutions. En 2017, nous demandons donc au Tribunal suprême électoral (TSE) d’officialiser notre parti. Celui-ci nous demande alors de rassembler 23 000 signatures. Pour nous qui comptons plus de 100 000 membres, ce n’était pas un problème, d’autant que le processus est ouvert à d’autres mouvements et communautés. En une semaine, plus de 54 000 signatures sont rassemblées et expédiées. Or après plusieurs mois de silence, le TSE nous a répondu que seules 54 signatures étaient valables… Ce fut une véritable baffe!

Après plusieurs refus, nous avons dû menacer que les milliers de signataires allaient porter plainte individuellement en justice pour que le TSE cède enfin en avril 2018. L’oligarchie et Jimmy Morales étaient furieux! Début mai, le président nous accusait publiquement d’avoir provoqué la mort d’enfants par nos blocages et manifestations. Puis, le 9 mai, la série d’assassinats débutait. L’un de nos responsables nationaux, Luis Marroquín, était tué sous les yeux de nos militants, qui ont pu identifier les auteurs, sans que ces derniers ne soient inquiétés.

A seulement 160’000 voix du second tour

Le 16 juin dernier, le premier tour de la présidentielle du Guatemala a vu une dispersion radicale des suffrages entre une vingtaine de candidats, nouveau signe de la grave crise institutionnelle traversée par cet Etat centraméricain régulièrement secoué par des scandales de corruption au plus haut niveau. C’est donc avec seulement 26% et 14% des voix que la centriste Sandra Torres, ex-première dame du pays au côté d’Alvaro Colom, et le conservateur Alejandro Giammattei ont obtenu le droit de se mesurer une seconde fois dans les urnes ce dimanche.

Quatrième avec plus de 10%, Thelma Cabrera, du tout jeune Mouvement pour la libération des peuples (MLP), passe à seulement 160 000 voix du second tour, un chiffre à mettre en rapport avec les quelque 260 000 suffrages invalidés et les 460 000 votes blancs répertoriés. Autre signe de la performance de Mme Cabrera, la candidate du MLP obtient trois fois plus de voix que Rigoberta Menchú, la célèbre leader indigène, Prix Nobel de la paix 1992, lors de sa candidature de 2011.

L’instrument politique lancé par CODECA s’est présenté au premier tour de la présidentielle. Votre candidate a obtenu plus d’un vote sur dix. Quel bilan faites-vous?

Leiria Vay: Le MLP a obtenu le quatrième rang, avec près d’un demi-million de voix. Notre réaction est double: si le résultat est motivant, nous devons constater que le processus a été entaché de fraudes1. Nous l’avons dénoncé.

Quels griefs avez-vous présentés?

Ils sont multiples. Le jour de l’élection, beaucoup de bulletins de vote n’avaient pas le logo du MLP ou bien celui-ci était plus petit que celui des autres partis. Mais les entraves ont commencé bien avant. Par exemple, au niveau financier, nous n’avons pu avoir de compte bancaire pour récolter des dons et n’avons jamais reçu les fonds publics destinés, par la loi, aux candidats, afin qu’ils mènent campagne dans les médias. Enfin, notre candidate, Thelma Cabrera, n’a été reconnue comme telle que quarante jours avant le scrutin alors que ses concurrents ont fait campagne pendant trois mois.

Au second tour, appuierez-vous Sandra Torres (UNE, centre) contre le conservateur Alejandro Giammattei?

Non, le MLP ne soutient aucun candidat car ils représentent la même chose. Nous pensons qu’il y a eu une fraude et que, dès lors, voter reviendrait à légitimer un processus illégal.

PROPOS RECUEILLIS PAR BPZ

«Réaliser les changements par nous-mêmes»

Quel est le projet, l’inspiration de CODECA?

Leiria Vay: CODECA naît en 1992 pour défendre les droits des paysans, le droit à la terre, les droits des travailleurs. En cela, il revendique l’héritage de la révolution de 1944, qui avait également apporté des droits aux femmes. La contrerévolution de 1954, planifiée et organisée par la CIA (avec le renversement du président élu Jacobo Arbenz, ndlr), sera à l’origine de la guerre civile. Celle-ci a fait plus de 250 000 morts et laissé les peuples du Guatemala dans une situation très difficile. La paix signée en 1996 a représenté un grand espoir. Or les problèmes des paysans demeurent les mêmes qu’il y a vingt-trois ans voire empirent, comme dans le cas de la concentration des terres. C’est pourquoi, depuis 2012, nous revendiquons des réformes structurelles constitutionnelles pour sortir de cette impasse. Comme les politiques publiques ont échoué à réaliser nos droits, nous voulons – femmes, paysans, peuples indigènes – devenir des sujets de droit, nous dotant des instruments qui nous permettent de réaliser les changements par nous-mêmes.

En quoi le processus constituant et la création d’un parti changeraient la donne?

Après les accords de paix, les ONG sont arrivées au Guatemala en expliquant que, pour se développer, nos mouvements devaient être apolitiques, ni de gauche ni de droite. La conséquence première de ce choix a été de laisser le débat politique et l’éducation populaire en mains des médias. Or, on sait à qui appartiennent ces médias et ce qu’ils défendent. Pendant ce temps, nous étions invités à influencer les politiques publiques à travers des procédures de consultation. Cela nous a pris énormément de temps et d’énergie, mais au final, nos propositions, comme la Loi de développement rural intégral, étaient vidées de leur substance par le parlement. Comme beaucoup de communautés étaient mal informées et qu’elles voyaient leurs partenaires de la coopération internationale très enthousiastes sur ces processus, nous avons mis de nombreuses années à comprendre que les changements ne viendraient que si l’on en était le moteur.

Du point de vue des peuples indigènes, le processus constitutionnel est indispensable, car l’Etat du Guatemala ne nous a jamais pris en compte. La définition et la construction d’un modèle de cohabitation doivent impliquer tous les secteurs, tous les Guatémaltèques. C’est pourquoi nous disons qu’il faut «fonder un nouvel Etat» et non le refonder.

Historiquement, le mouvement indigène et notamment certains fondateurs de CODECA étaient liés à la guérilla de l’URNG. Pourquoi n’avoir pas fait porter votre proposition constituante par leur parti?

CODECA a fait cette proposition en 2014 à l’URNG, dont j’étais alors membre. Mais la direction a refusé. Elle estimait qu’il n’y avait pas le rapport de force nécessaire à ce processus. De plus, l’URNG ne nous a pas défendus lorsque les persécutions ont visé nos membres, dont mon père Mauro Vay (l’un des fondateurs de CODECA, ndlr).

L’expérience bolivienne vous inspire-t-elle?

Bien sûr. Comme en Bolivie, nous voulons que soit reconnu le caractère plurinational de l’Etat et que celui-ci garantisse une certaine autonomie aux peuples autochtones. Tout n’est pas parfait en Bolivie, mais comparons ce pays il y a vingt ans et aujourd’hui: la preuve est faite que les mouvements sociaux et les peuples indigènes obtiennent des résultats!

Cela dit, nous faisons les choses à notre manière. Ainsi la plupart des dirigeants de CODECA ne se présentent pas aux élections. Nous ne voulons pas affaiblir le mouvement social au profit de l’instrument politique.

Un mouvement trop rural?

Parmi les échecs du développement au Guatemala, vous pointez la reconcentration de la propriété des terres. A quoi est-elle due?

Aux monocultures agricoles. Paradoxalement, les accords de paix de 1996, qui représentaient un espoir, ont marqué le début d’un développement exponentiel de cette agro-industrie, qui dévore année après année les terres paysannes et met les travailleurs ruraux à la merci des employeurs. La politique de marché des terres, qui devait favoriser les petits paysans, les a ruinés. Dotés de parcelles souvent épuisées et sans soutien à la production, ils se sont lourdement endettés. Aujourd’hui, ils sont aussi pauvres qu’avant mais davantage dépendants des gros propriétaires ou des banques.

Ne pouvant se développer normalement, les peuples indigènes sont les premières victimes de la migration. Aujourd’hui, beaucoup de communautés agraires sont peuplées d’une grande majorité de femmes (62% des membres de CODECA sont des femmes, ndlr). Dès l’âge de 10-12 ans, les garçons migrent vers les Etats-Unis. Tout cela déstructure nos communautés et met en péril nos cultures.

Remuer le passé, notamment les fosses communes où l’armée enterrait ses victimes, peut encore coûter la vie. CODECA l’a appris à ses dépens. KEYSTONE

Pour stopper cet exode, il faut redonner des droits aux communautés. Notamment face aux entreprises qui exploitent nos ressources. C’est pourquoi nous exigeons de nationaliser les secteurs cruciaux comme l’énergie, les mines ou encore l’eau.

Votre mouvement n’est-il pas trop rural pour parvenir à transformer ce pays?

Quand CODECA est né, c’était un mouvement 100% rural, largement analphabète. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons tissé des réseaux en ville, pour promouvoir le processus constituant. «CODECA-Urbana» est particulièrement fort dans la capitale, auprès des étudiants et des professeurs. De même le MLP est ouvert aux autres mouvements agraires comme aux espaces de lutte urbains.

Benito Perez Guatemala

https://www.aedh.org/fr/accueil/nos-actions/soutien-aux-acteurs-locaux/partenaires/123-amerique-latine/guatemala/222-codeca-comite-de-developpement-paysan-comite-de-desarollo-campesino

https://www.facebook.com/ComitedeDesarrolloCampesino/

http://www.gloobal.net/iepala/gloobal/fichas/ficha.php?id=36991&entidad=Agentes&html=1

 

 https://lecourrier.ch/

 

Jair Bolsonaro s’entretient avec Tereza Cristina, lors de la cérémonie de lancement du plan d’action pour le secteur agricole, à Brasilia, le 18 juin. ADRIANO MACHADO / REUTERS

Le gouvernement Bolsonaro a homologué 239 pesticides depuis son entrée en fonctions en janvier. En Suède, une chaîne de magasins qui a décidé de boycotter les produits agricoles brésiliens a suscité une vague de soutien sur les réseaux sociaux.

Johannes Cullberg a d’abord pensé à ses enfants, puis à ceux des Brésiliens et, enfin, au monde entier avant d’agir. Il a fallu moins d’une semaine pour que le patron des supermarchés suédois Paradiset lance, début juin, sa campagne appelant au boycott des produits agricoles brésiliens, choqué d’apprendre que le gouvernement de Jair Bolsonaro avait homologué, depuis la prise de fonctions du président en janvier, près de 250 nouveaux pesticides, dont 42 produits homologués dans la seule journée du lundi 24 juin.

« J’étais frustré et en colère. Des gens meurent, deviennent infertiles, les enfants viennent au monde avec des malformations du fait des pesticides, il faut des mesures radicales ! », explique-t-il.

L’initiative de Johannes Cullberg, directeur de quatre magasins haut de gamme à Stockholm, pourrait sembler dérisoire si sa démarche n’avait suscité une vague de soutien sur les réseaux sociaux par le biais du mot-clé #boycottbrazilianfood.

Stupeur à Brasilia

Invité sur les plateaux de télévision dans son pays, M. Cullberg entend maintenant convaincre ses homologues et entamer des démarches pour alerter l’Union européenne (UE). « Nous n’avons plus de temps », dit-il.

A Brasilia, c’est la stupeur. Outrée, Tereza Cristina, la ministre de l’agriculture, parle d’une « campagne de diffamation ». « Si nos produits alimentaires étaient imprégnés de pesticides préjudiciables à la santé, ils n’auraient pas été autorisés par le gouvernement suédois et le Brésil n’exporterait pas avec autant de succès ses produits dans 160 pays », explique-t-elle, omettant de mentionner qu’une cargaison de soja a été bloquée aux frontières russes en février pour avoir dépassé les limites autorisées de résidus de glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au Brésil.

« Le gouvernement a été élu avec l’appui inconditionnel de l’agrobusiness. »

Malgré ses efforts, la ministre peine à convaincre. Dans son propre pays, la femme est surnommée la « musa do veneno », la muse des pesticides, pour avoir porté un projet de loi, le « pacote do veneno » (« paquet pesticides » ou « paquet empoisonné ») visant à autoriser plus rapidement et plus largement les pesticides.

Le texte est toujours au Congrès, bloqué par les défenseurs de l’environnement. Mais, à en croire les experts, l’arrivée au pouvoir d’une extrême droite brésilienne tentée de croire que le réchauffement climatique est un « complot marxiste » a permis d’outrepasser la loi. En témoigne l’autorisation de 239 pesticides depuis janvier. Du jamais-vu.

« Le gouvernement a été élu avec l’appui inconditionnel de l’agrobusiness. Le “pacote do veneno” visait à autoriser les pesticides sans passer par l’examen du ministère de la santé et de l’environnement.

Aujourd’hui ces deux portefeuilles sont entre les mains alliées de l’agronégoce, qui pense aussi qu’il faut assouplir les règles de mise sur le marché des pesticides », observe Larissa Mies Bombardi, chercheuse au laboratoire de géographie agraire de l’université de Sao Paulo.

« Une kyrielle de substances qui n’ont pas été analysées »

La plupart des fongicides, herbicides et autres insecticides récemment autorisés par le gouvernement ne sont pas présentés comme des nouveaux produits mais comme l’équivalent de « génériques », déjà autorisés par l’Anvisa, l’agence de régulation sanitaire brésilienne. « Ils sont simplement moins onéreux pour les producteurs », assure le ministère de l’agriculture.

« La molécule active est la même. Mais, au-delà de l’ingrédient de base, il existe une kyrielle de substances qui n’ont pas été analysées et n’en sont pas moins toxiques », répond Aline Gurgel, docteure en santé publique et vice-coordonnatrice du groupe de travail sur les pesticides à la fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz). « Beaucoup sont interdits dans d’autres pays », alerte la chercheuse, évoquant notamment le fipronil, connu pour décimer les abeilles. « D’autres, assure-t-elle, comportent du 2,4-D, l’un des composants de l’agent orange. »

« Ils ont une toxicité aiguë, observée une heure après l’exposition ! »

« Sur les 197 pesticides mis sur le marché à fin mai [avant la vague de 42 produits approuvés le 24 juin], seuls onze sont considérés comme peu dangereux pour l’environnement, et près de la moitié appartiennent à la classification 1 ou 2, c’est-à-dire “extrêmement’’ ou “hautement” toxiques. Cela signifie qu’ils ont une toxicité aiguë, observée une heure après l’exposition. Et que dire des effets à long terme potentiellement irréversibles ! », alerte Mme Gurgel, jugeant le gouvernement « négationniste » au regard du danger de ces produits.

Cette course aux pesticides, à rebours de la tendance mondiale, affole d’autant plus que le Brésil est considéré depuis 2008 comme le plus gros consommateur mondial de produits phytosanitaires. En 2017, le volume de ventes atteignait 8,9 milliards de dollars (7,9 milliards d’euros) après un pic à 12,2 milliards de dollars en 2014, selon le Sindiveg, le syndicat national de l’industrie des produits phytosanitaires.

Cette même année, l’Institut national du cancer calculait que chaque Brésilien « consommait » en moyenne 5,2 kilos de pesticides par an.

 L’usage massif des herbicides et des fongicides, souvent pulvérisés par avion sur les immenses propriétés (fazendas), s’est accéléré après l’autorisation de l’agriculture transgénique dans le pays entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, leur recours semble hors de contrôle.

Cancers et malformations congénitales

Les conséquences à long terme pourraient être dramatiques. Diverses études font déjà état de l’augmentation significative de cancers dans les zones agricoles du Brésil.

Le rapport « Géographie de l’usage des pesticides au Brésil et leur relation à l’UE », publié en 2019 et rédigé par Larissa Mies Bombardi, pointe aussi « une concentration considérable des cas d’intoxication signalés, en particulier dans le centre-sud du Brésil », région d’agriculture intensive, évoquant le chiffre de huit intoxications par jour en moyenne entre 2007 et 2014. Un chiffre largement sous-estimé, selon elle, sachant que les cas déclarés ne représenteraient que 2 % du total.

Dans la région du Ceara, dans le Nordeste brésilien, une autre étude réalisée par la faculté de médecine régionale fait le lien entre d’étranges malformations congénitales observées dans la communauté de Tomé, proche de la zone agricole de Chapada do Apodi, se manifestant par des membres manquants et/ou une puberté précoce (poils pubiens et seins naissant chez des fillettes de six mois), et l’« intense exposition » de ces enfants aux pesticides.

« Ce gouvernement n’a aucune vision. Sa propre agriculture va souffrir de ce modèle en épuisant les sols et en mettant en péril la pollinisation »

L’utilisation des pesticides au Brésil a également pour effet de polluer les sols et les nappes phréatiques : entre 2014 et 2017, les eaux potables d’un quart des villes du pays, dont Sao Paulo et Rio de Janeiro, étaient contaminées par quelque vingt-sept pesticides, dont onze hautement toxiques, souligne une enquête réalisée conjointement par le site Reporter Brasil, Agencia Publica et l’ONG suisse Public Eye.

« Comment expliquer l’attitude de ce gouvernement ? Il n’a aucune vision. Sa propre agriculture va souffrir de ce modèle en épuisant les sols et en mettant en péril la pollinisation », alerte Marina Lacorte, coordinatrice de la campagne pour l’agriculture et l’alimentation au sein de Greenpeace Brasil.

 « Le Brésil prétend gagner de l’argent avec cette stratégie mais il est victime des grandes sociétés occidentales. Les pesticides sont de plus en plus interdits dans les économies développées, alors les industries délocalisent les risques dans les économies périphériques ! », dénonce la chercheuse Aline Gurgel.

Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)

https://www.lemonde.fr

 

Alejandro Giammattei, après sa victoire dimanche, au Guatemala. Johan Ordonez. AFP

Le candidat du parti Vamos a été élu à la présidence du Guatemala avec 57,9% des suffrages exprimés dimanche.

Trois choses à savoir sur le programme conservateur de Giammattei, nouveau président guatémaltèque

Un nouveau pays d’Amérique latine vient d’élire un président conservateur. Après Jair Bolsonaro (Brésil), Iván Duque (Colombie), Martin Vizcarra (Pérou) ou encore Sebastian Pinera (Chili), le dernier élu se nomme Alejandro Giammattei. Se présentant à pour la quatrième fois à la présidentielle guatémaltèque, il a finalement battu la favorite Sandra Torres (parti social-démocrate) au second tour, où la participation s’est élevée à 57,9%.

Combattre les drogues à coup de «testostérone»

A la manière d’un Rodrigo Duterte, président des Philippines, ou de Bolsonaro, Alejandro Giammattei n’a pas la langue dans sa poche et multiplie les provocations et les déclarations chocs. Pendant la campagne, il s’est notamment engagé à combattre les criminels et trafiquants de drogue à coup de «testostérone». Abolie pour les crimes ordinaires en 2017, la peine de mort pourrait même être complètement rétablie. Selon le site d’investigation guatémaltèque Nomada, qui s’appuie sur des témoignages de son entourage, le nouveau président guatémaltèque serait «impulsif, irascible, incontrôlable, despotique, tyrannique, imprévisible, capricieux et revanchard».

Le pacte migrant avec les Etats-Unis renégocié ?

Durant la campagne, le candidat Giammattei s’est également engagé à modifier le pacte migratoire signé par son prédécesseur avec Donald Trump. Sous la menace de sanctions économiques, le président Jimmy Morales avait accepté que son pays devienne un «pays tiers sûr». Cette qualification implique que les demandeurs d’asile transitant par le Guatemala vers les Etats-Unis devront effectuer leurs démarches pour le droit d’asile au Guatemala. Ce pacte avait vivement fait réagir des ONG et personnalités guatémaltèques, le Guatemala étant un pays où 60% de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté.

La mission anticorruption de l’ONU non reconduite

Giammattei, qui prendra ses fonctions en janvier, a aussi déclaré, comme sa rivale, vouloir se passer de la mission anticorruption de l’ONU. Cette commission avait en effet enquêté sur des irrégularités des comptes de campagne et des malversations de membres de la famille du président Morales en 2015. Cette mission de l’ONU avait aussi été à l’origine de l’emprisonnement de Giammattei pendant dix mois en 2010. Alors directeur du système pénitentiaire, il avait été incarcéré pour avoir exécuté extrajudiciairement huit détenus (exécution sans preuve). Avant d’être libéré pour manque de preuves.

Quentin Gilles

 

https://www.liberation.fr/

 

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