bolsonaro frm Le niveau intellectuel de Jair Bolsonaro est mis en cause par la presse et une partie de ses concitoyens, mais le chaos qu’il entretient pourrait faire partie de sa stratégie politique.

La question taraude l’intelligentsia brésilienne depuis plusieurs mois. Le 31 mai, elle fut posée abruptement, sans autre précaution sémantique, dans le quotidien Folha de Sao Paulo par l’éditorialiste Hélio Schwartsman : « Bolsonaro est-il intelligent ? »

Les préoccupations qu’il évoque, liées au niveau intellectuel de Jair Bolsonaro, à la tête de l’Etat depuis le 1er janvier, ont à voir avec le chaos qu’entretient le président, alimentant lui-même des polémiques futiles et vulgaires sur les réseaux sociaux, fustigeant la culture, les sciences sociales et humaines, coupant les budgets universitaires et entretenant une obsession marquée pour les sujets phalliques, au détriment de l’avancée de réformes cruciales.

Ricanements et perplexité

Jair Bolsonaro s’est ainsi récemment illustré en évoquant devant un fan japonais le fait que, chez lui, « tout est petit » faisant un signe explicite de la main. Peu avant, il avait stupéfié le pays en publiant une vidéo sur Twitter de « golden shower » (douche d’urine) pensant ainsi dénoncer la dépravation du carnaval de rue. Il y a peu, le président brésilien a aussi érigé en problème de santé publique l’hygiène du pénis, afin d’éviter, selon lui, près d’un millier d’amputations de l’organe sexuel masculin.

Enfin, le pays est étourdi par les attaques répétées de ses fils, Flavio, Eduardo ou Carlos, tous politiciens, envers les militaires présents au sein du gouvernement, incluant le vice-président, le général Hamilton Mourao. Face à une opposition inexistante, le président Bolsonaro alimente, de fait, lui-même son opposition, donnant le sentiment de dynamiter son propre mandat.

Le chef d’Etat a-t-il une stratégie réfléchie ou se laisse-t-il guider par les sujets auquel il est confronté au fil de l’eau ? Le pays doute et, en avril, un sondage Datafolha révélait que 39 % des Brésiliens estimaient que M. Bolsonaro n’était guère intelligent. A titre de comparaison, ils étaient 24 % à penser cela de l’ex-chef d’Etat de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva, qui a abandonné l’école vers 10 ans, et 9 % à le croire de celle qui lui avait succédé, Dilma Rousseff.

Que le gourou du chef d’Etat, Olavo de Carvalho, philosophe autodidacte et penseur de l’extrême droite brésilienne, ait, sur Twitter, émis le 29 mai l’hypothèse que la Terre était plate, aura probablement renforcé les interrogations sur le bagage intellectuel du chef de l’Etat, faisant redouter que le Brésil ne soit sur le point de basculer dans l’« idiocratie ». Une référence au titre de la comédie culte de science-fiction de Mike Judge, Idiocraty, décrivant une société mue par l’anti-intellectualisme, le mercantilisme et la dégradation de l’environnement.

Mais si les propos de Jair Bolsonaro et ses vidéos dignes d’un épisode de la série britannique The Office, suscitent fréquemment ricanements et perplexité, il serait hasardeux de mettre en doute sa rationalité.

Une popularité qui s’écroule

« Personne n’arrive à la présidence de la République en étant idiot, Bolsonaro est inculte mais il est malin », pense José Arthur Giannotti considéré comme l’un des philosophes les plus influents du Brésil.

Dans un article remarqué publié en avril sur le site El Pais Brasil, titré « Cent jours sous la domination des pervers », la journaliste et écrivaine Eliane Brum abonde en ce sens, faisant de Jair Bolsonaro un véritable « Machiavel do Brasil ». « En inventant l’anti-présidence, Bolsonaro a forgé un gouvernement qui simule sa propre opposition. Ainsi, il neutralise, de fait, l’opposition. En lançant des déclarations controversées à la population, le gouvernement domine l’ordre du jour du débat national, bloquant toute possibilité de véritable débat. Le bolsonarisme occupe tous les rôles, y compris celui de simuler la critique, de détruire la politique et d’interdire la démocratie. En dictant le rythme et le contenu de nos journées, il a pris le pays entier en otage », écrit-elle.

« La notion d’intelligence est délicate à mesurer, estime pour sa part le psychanalyste Christian Dunker. Au-delà de la mesure du quotient intellectuel, on peut prendre en compte diverses facultés notamment socioémotionnelles. Mais si l’on se focalise sur les qualités attendues pour un chef d’Etat, à savoir sa capacité à s’intégrer à un cadre institutionnel, à distinguer sphère publique et sphère privée ou l’intelligence verbale témoignant de la maîtrise du langage tacite ou explicite, Bolsonaro est, de toute évidence, en dessous de la moyenne. » « S’il y a une stratégie au sein de son gouvernement, c’est sans doute davantage son entourage qui la déploie et non lui », conclut-il.

Reste que les agissements de Jair Bolsonaro, ne sont à ce jour, guère couronnés de succès. L’économie patine, les affaires de corruption continuent d’alimenter les gazettes, la réforme des retraites attendue pour soulager les finances publiques se fait attendre et la popularité du chef de l’Etat s’écroule.

Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)

https://www.lemonde.fr

 

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn