Des représentants du gouvernement de Nicolas Maduro et de l’opposition menée par Juan Guaido sont arrivés sur l’île de la Barbade, où se poursuit depuis lundi le dialogue débuté au mois de mai, à Oslo.

C’est dans l’île caraïbe de la Barbade qu’a démarré, lundi 8 juillet, le troisième round de négociations entre les émissaires du chef de l’Etat vénézuélien, Nicolas Maduro, et ceux de son adversaire Juan Guaido, le jeune leader de l’opposition autoproclamé président par intérim.

Engagé en mai à Oslo, sous les auspices du gouvernement norvégien, le difficile dialogue prétend « avancer sur la voie d’une solution concertée et constitutionnelle pour le pays ». A Barbade, le soleil et la méfiance sont au rendez-vous.

Le ministre de la communication, Jorge Rodriguez, dirige l’équipe gouvernementale qui est arrivée lundi sur l’île, et le député Stalin Gonzalez, celle de l’opposition. Les négociations portent sur six points dont le contenu n’a pas été dévoilé.

« Nicolas Maduro n’a jamais eu l’intention de négocier quoi que ce soit. »

Même si Nicolas Maduro s’est dit « optimiste », les espoirs de voir les parties arriver à un accord sont minces. L’opposition exige le départ immédiat de « l’usurpateur » Nicolas Maduro, la refonte du Conseil national électoral et l’organisation d’une élection présidentielle libre sous contrôle de la communauté internationale. Mais le président Maduro ne donne pas signe de sa volonté de démissionner. Il propose, lui, des élections parlementaires anticipées (l’Assemblée nationale est le seul organe contrôlé par l’opposition). C’est dire si les positions sont distantes.

Echaudés par les précédentes tentatives de négociations, les opposants sont convaincus que « Nicolas Maduro n’a jamais eu l’intention de négocier quoi que ce soit ». Les plus radicaux accusent Juan Guaido de faire le jeu du pouvoir.

Opposant « sauvagement torturé »

« Le régime est isolé », a affirmé, mardi, M. Guaido. L’opposition veut croire que le récent – et accablant – rapport des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Venezuela et la mort du militaire Raul Acosta, le 29 juin, ont changé la donne. Accusé d’avoir conspiré contre M. Maduro, Raul Acosta, capitaine de corvette, a été arrêté et, selon ses proches, « sauvagement torturé ».

Le rapport onusien a été rédigé par la haut-commissaire pour les droits de l’homme, Michelle Bachelet, au terme d’une visite au Venezuela, fin juin. Le document dénonce une politique « visant à neutraliser, réprimer et criminaliser l’opposition politique et ceux qui critiquent le gouvernement ». Inutile de dire qu’il n’a pas plu à Caracas. Diosdado Cabello, actuellement président de l’Assemblée constituante – mise en place par le pouvoir en 2017 pour contrer l’Assemblée nationale acquise à l’opposition –, a déclaré que le texte avait été « dicté par l’impérialisme américain ». Ancienne présidente du Chili, Mme Bachelet, qui a été torturée dans sa jeunesse par la police militaire du dictateur Augusto Pinochet, est pourtant peu suspecte de sympathie pour l’empire…

Le rapport de force politique sur le terrain semble favorable au pouvoir chaviste.

ONU ou pas, le rapport de force politique sur le terrain semble favorable au pouvoir chaviste. La situation économique du Venezuela demeure certes extrêmement précaire. Les sanctions décrétées par Washington provoquent des pénuries d’essence sans précédent qui paralysent la province. Mais ces sanctions permettent aussi au gouvernement de Nicolas Maduro de se dédouaner de toute responsabilité dans la crise.

Six mois après avoir fait irruption sur la scène politique, Juan Guaido peine à maintenir sa base mobilisée. La tentative de soulèvement militaire qui, le 30 avril, avait tourné au complet fiasco, a affecté la crédibilité du jeune leader. Les Etats-Unis qui l’avaient chaudement soutenu semblent aujourd’hui plus distants. L’Union européenne soutient l’option du dialogue.

Intervention militaire

Au lendemain de la mort de Rafael Acosta, M. Guaido avait annoncé la suspension de tout contact avec le gouvernement. Dimanche, il annonçait tout à la fois la reprise du dialogue et la possible réincorporation du Venezuela au traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR). En 2012, le prédécesseur de Nicolas Maduro, Hugo Chavez, avait décidé de quitter ce traité défensif souscrit au début de la guerre froide, qui pourrait théoriquement ouvrir la voie à la formation d’une coalition interaméricaine en vue d’une intervention militaire. Politiquement, celle-ci semble bien improbable.

Le leader de l’opposition a expliqué ces deux annonces contradictoires sur son compte Twitter mardi : « Nous menons le travail de front dans tous les espaces qui nous rapprochent de la liberté. » « Je ne crois pas dans un seul mécanisme, je crois surtout dans les gens et dans la mobilisation », a-t-il insisté à Caracas.

Marie Delcas (Bogota, correspondante)

https://www.lemonde.fr/

 

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