A 88 ans, le célèbre cacique indigène kayapo de l’Amazonie brésilienne vient de terminer une tournée en Europe lors de laquelle il a rencontré le président français.

Propos recueillis par Nicolas Bourcier , Sabah Rahmani et Claire Mayer

A 88 ans, Raoni Metuktire, le célèbre cacique indigène kayapo de l’Amazonie brésilienne, vient d’achever une dernière tournée en Europe où il a rencontré le président français, participé aux journées d’été de La République en marche, et est intervenu à la cinquième édition du festival d’écomobilisation Climax.

Vous avez laissé entendre que ce déplacement était votre dernier voyage. Est-ce exact ?

Oui, je vais arrêter. J’ai des problèmes de santé. Quand je marche ici, j’ai mal aux genoux, je dois prendre des médicaments. Je suis un peu trop vieux maintenant  : mes petits-enfants vont continuer. J’ai des neveux qui sont toujours avec moi, ils vont continuer eux aussi à lutter pour notre peuple.

En Occident, on vous perçoit comme le chef de tous les peuples d’Amazonie. Comment vivez-vous cette charge ?

Petit, mon père me racontait des histoires entre les peuples indigènes et les Blancs. J’entendais toujours qu’il y avait des guerres entre mes ancêtres et le peuple blanc. J’ai grandi différemment. Aujourd’hui, je pense qu’on devrait faire un travail de paix avec l’homme blanc. Je ne veux plus que les Blancs se battent contre les Indiens, je ne veux plus de conflits. Voilà pourquoi je fais ce travail. Il y a d’autres leaders indigènes brésiliens qui œuvrent de la même manière, comme Davi Kopenawa ou Ailton Krenak.

Récemment, vous avez appelé à la destitution du président brésilien Jair Bolsonaro. Pourquoi ?

Parce qu’avant d’arriver au pouvoir, Jair Bolsonaro disait que les Indiens n’avaient pas besoin de terres et qu’ils n’avaient pas besoin d’exister en tant qu’Indiens. On a besoin d’un président qui sache parler à tous les peuples, un président de paix.

Jair Bolsonaro a dit aussi à la télévision qu’il fallait récupérer l’or de la terre des Indiens, extraire le bois et occuper leurs sols. Nous, on continuera à défendre nos terres. J’aimerais bien que ce soit Bolsonaro en personne qui vienne sur nos terres pour voir ce qu’il se passe !

L’Amazonie et son actualité brûlante au cœur du festival Climax à Bordeaux

Le festival Climax accueille, du 5 au 8 septembre à Darwin, plusieurs représentants des peuples autochtones, dont le cacique Raoni.

Le cacique amazonien Raoni est la tête d’affiche du festival « d’éco-mobilisation » Climax, qui se tient du 5 au 8 septembre à Bordeaux et qui a pour thème « L’Amazonie ou le déracinement du monde ». La plus grande forêt tropicale du monde est grignotée depuis des semaines par des incendies, dont les spécialistes estiment qu’ils sont largement dus à la déforestation, qui a rapidement progressé au Brésil sous le nouveau président, Jair Bolsonaro.

 Une semaine après avoir rencontré Emmanuel Macron à Biarritz à la clôture du sommet du G7, où la situation en Amazonie avait été au cœur des débats et où il avait demandé son aide au président français, Raoni et une délégation de chefs autochtones amazoniens sont à Bordeaux pour porter leur message. « Je n’accepte pas qu’on continue à tuer les peuples autochtones du Brésil, qu’on poursuive l’exploitation minière et forestière de la forêt (amazonienne) et qu’on la remplace par des grandes exploitations agricoles », a déclaré le chef du peuple Kayapo, 89 ans.

82 % de la biodiversité mondiale sur les terres des peuples autochtones
« [Les 5 000 peuples autochtones] représentent à peu près 5 % de la population mondiale. Mais les lieux où l’on habite préservent 82 % de la biodiversité de la planète », explique au Monde Daiara Tukano, qui fait partie des représentants de peuples autochtones ayant fait le déplacement à Darwin. Chercheuse de 36 ans en droits humains, pour la mémoire et la vérité des peuples autochtones, mais aussi artiste et militante pour les droits des peuples autochtones, elle appartient au peuple Tukano, qui vit dans le Haut Rio Negro, à la frontière entre le Brésil, la Colombie et le Venezuela. « Dans nos cultures, on a une relation et un respect du lien avec la nature qui permettent qu’elle soit vivante. »

Daiara Tukano a fait le déplacement à Bordeaux pour faire entendre sa voix et celle de son peuple. Mais aussi pour « chercher des alliances qui puissent donner de la visibilité à la réalité autochtone et montrer ce qui est vraiment menacé en ce moment », soutient-elle. « Nous sommes à un moment crucial, nous avons besoin de protéger les forêts, qui sont bien plus que des territoires autochtones, mais aussi des sources d’eau et le territoire restant de la biodiversité de la planète. Il est essentiel de travailler ensemble pour protéger ce qu’il reste. »

Raoni, fait mercredi citoyen d’honneur de la ville de Bordeaux, livrera son témoignage samedi après une conférence sur le « déracinement des sociétés modernes » à laquelle participeront le sociologue Edgar Morin et l’ex-ministre de l’écologie Nicolas Hulot.

Une douzaine de conférences ainsi que des concerts, des projections et des performances artistiques sont prévus jusqu’à dimanche à Darwin, situé sur une ancienne caserne militaire bordelaise.

  Claire Mayer
 

 https://www.lemonde.fr/ / AFP

 

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