Le pays connaît sa plus grande crise sociale depuis la fin de la dictature, miné par des inégalités persistantes, malgré la bonne santé de son économie.

Les participants à la 25e conférence de l'ONU sur les changements climatiques (COP25) de décembre sont contraints de changer leurs billets d'avion pour l'Espagne. En proie à une crise sociale, le Chili a dû renoncer à l'accueillir. Ironie de l'histoire, celui-ci s'était proposé il y a un an pour remplacer le Brésil, qui venait de se donner pour président Jair Bolsonaro, un politicien d'extrême droite climatosceptique. 

"Au milieu de cette Amérique latine pleine de convulsions, le Chili est une véritable oasis", se félicitait pourtant le président Sebastian Pinera le 8 octobre 2019. Dix jours plus tard, il ne pouvait plus en dire autant. Après de violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants à Santiago, le leader conservateur décrète l'état d'urgence : des milliers de militaires sont déployés pour rétablir l'ordre, une première depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). 

Pinera, président milliardaire

L'origine de ces violences ? Une augmentation de 3 % du prix du ticket de métro aux heures de pointe. La mesure de trop pour beaucoup de Santaguinos pour qui chaque peso compte. Malgré la suspension de cette hausse dès le 19 octobre, les manifestations se poursuivent dans la capitale, victime de pillages, et touchent d'autres villes, pour un bilan officiel de 21 morts et 1 300 blessés. Elles atteignent un point d'orgue le 25 octobre, alors que le pays est paralysé par une grève générale : 1,2 million de Chiliens défilent contre les inégalités dans les rues de Santiago. 

L'image d'un Chili stable et prospère était trompeuse. Certes, le pays connaît une croissance ininterrompue depuis 30 ans, qui a permis d'y réduire la pauvreté (8 % de la population). Mais les inégalités persistent, confortées par des transferts sociaux très faibles et une libéralisation à outrance de l'économie et des secteurs publics (santé, retraite, éducation, eau). Le tiers des revenus du pays se concentrent entre les mains de 1 % des Chiliens, dont Sebastian Pinera. Ses opposants doutent qu'il ait la capacité ou la volonté de réformer en profondeur un système qui date de la dictature et a fait sa fortune, évaluée à 2,5 milliards d'euros. 

Qu'a proposé Pinera pour circonscrire la crise ? 

Il a promis une hausse du minimum retraite, le gel des tarifs d'électricité, et remplacé un tiers de ses ministres, dont les plus impopulaires, ceux de l'Economie et de l'Intérieur. "Insuffisant", ont répondu les manifestants et l'opposition. Ceux-ci réclament des réformes structurelles. 

L'armée est-elle toujours dans les rues ? 

Non, elle a été renvoyée dans ses casernes. Après une première intervention martiale, Sebastian Pinera a adopté un ton plus conciliant pour faire face à cette fronde sociale inédite dans ce pays de 18 millions d'habitants depuis le retour à la démocratie en 1990. 

 ZOOM 

Qu'a proposé Pinera pour circonscrire la crise ? 

Il a promis une hausse du minimum retraite, le gel des tarifs d'électricité, et remplacé un tiers de ses ministres, dont les plus impopulaires, ceux de l'Economie et de l'Intérieur. "Insuffisant", ont répondu les manifestants et l'opposition. Ceux-ci réclament des réformes structurelles. 

L'armée est-elle toujours dans les rues ? 

Non, elle a été renvoyée dans ses casernes. Après une première intervention martiale, Sebastian Pinera a adopté un ton plus conciliant pour faire face à cette fronde sociale inédite dans ce pays de 18 millions d'habitants depuis le retour à la démocratie en 1990. 

Clément Daniez

https://www.lexpress.fr/

 

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