Un an de (dé)gouvernement Bolsonaro et certains espèrent encore que tout va bien finir…

C’était un jour comme un autre, à Rio de Janeiro, où j’ai été cette fin d’année. Dans un Uber, j’ai pu avoir avec le chauffeur la conversation suivante :

– Tout va bien ? – je lui ai demandé.

– Ça va – a répondu le conducteur.

Souffrant d’une incontournable curiosité, je n’ai pas résisté et, juste quelques rues après, je lui ai posé la question :

– Et le Brésil, on va de l’avant ?

– Voyez, Monsieur – il m’a répondu après une pause solennelle, de celles qui préparent une annonce – on a quelques petits problèmes, mais j’ai l’espoir que ça va bien finir !

– Moi aussi… j’aurais cet espoir, si seulement il était fondé – je me suis dit dans ma tête.

C’était le premier janvier 2019, le jour de l’acte de nomination de Bolsonaro à la présidence au Congrès National. Il est arrivé au pouvoir plein de soi, car il représentait l’opposé de ce que la presque totalité de son électorat voulait le plus éviter, c’est-à-dire, un nouveau gouvernement du Parti des Travailleurs (PT) ; en plus il paraissait incarner, avec son discours moralisateur, tout ce dont le pays avait besoin. La corruption et la stagnation économique semblaient avoir les jours comptés.

Pas plus de 24 heures après la nomination, le nouveau gouvernement a commencé à se montrer l’antithèse de ce qu’il avait promu. Le 2 janvier, la ministre de la Femme, de la Famille et des Droits Humains, Damares Alves, a dit lors de la cérémonie de sa nomination au poste qu’une « nouvelle ère » commençait pour le Brésil, où « les garçons s’habillent en bleu, les filles en rose ». Suggèrerait-elle un rapport entre couleur et genre ? C’est une question évidemment rhétorique ; pas besoin de répondre.

Dans des intervalles très courts, des événements de ce type – dans lesquels le chef d’État et son cortège ont fait absolument tout de travers – se sont reproduits sous toutes les formes et dans tous les cadres qu’on puisse imaginer. De publications polémiques sur des réseaux sociaux (golden shower…) à l’appréhension des stupéfiants illicites dans un avion de l’entourage présidentiel (39 kilos de cocaïne), à l’éloge de coups d’État (au Chili et au Brésil), à l’indifférence envers les incendies en Amazonie, à l’investigation de membres de la famille du président, soupçonnés d’être impliqués dans des réseaux de blanchissement d’argent et dans l’assassinat de politiciens de l’opposition (la députée Marielle Franco, du Parti Socialisme et Liberté - PSOL), c’est ça le gouvernement Bolsonaro, une catastrophe.

Le cataclysme politique représenté par cette gestion est encore plus grave du moment où ce gouvernement est aussi responsable de la gestion des finances publiques du pays. Et, du point de vue de l’économie, la situation n’est aussi pas terrible.

Sans aller loin, on voit que nos habitudes de consommation modernes ne peuvent pas se payer indéfiniment par la vente de commodities (matières-premières). Notre bilan est négatif. On importe des produits manufacturés de haute valeur ajoutée (portables, ordinateurs, voitures) et on exporte surtout des matières premières et produits de basse valeur ajoutée (soya, pétrole brut). Le dollar, avec lequel on paye les importations, a tendance plutôt à revenir à l’étranger qu’à rester au Brésil. Devenu rare, le dollar augmente face au Real, la monnaie brésilienne. Le taux de change, ce coquin ! Quand le taux de change monte parce qu’on achète presque tout à l’étranger, tous les prix montent et l’inflation arrive.

À court terme, on peut continuer à exporter des commodities. Ce n’est pas le meilleur plan, si l’on considère qu’on a du mal à payer nos achats avec ces entrées ; pourtant cela nous permet de trouver des solutions immédiates pour avoir de quoi manger et s’habiller (oui, on importe cela aussi…). Une autre issue dans le moyen à long terme, celle-là consistante et durable, serait la réindustrialisation du pays, laquelle permettrait de satisfaire une part de la demande interne du Brésil avec de la production nationale et, éventuellement, exporter des produits manufacturés. Si on importe moins, on évite aussi bien la fuite des capitaux que la hausse du taux de change et ses effets nuisibles ; si on exporte de manufacturés, on reçoit en échange de l’argent ricain, équilibrant ainsi la balance commerciale.

Etonnamment la gestion actuelle n’est pas capable de mener à bon terme ni la solution immédiate, que dire de l’alternative durable, c’est n’est qu’une utopie. Par la vente aux enchères des puits pétroliers à des entreprises étrangères par presque rien, ce gouvernement abandonne la possibilité d’exporter cette commodity ; en plus, on vend des entreprises publiques telles que l’Embraer, en renonçant à exporter des produits de haute valeur ajoutée. Pour aggraver les choses, la politique d’austérité menée par ce gouvernement oblige la Petrobrás à travailler au-dessous de sa capacité (30% des raffineries sont arrêtées), d’où une piètre productivité. En fin des comptes, le Brésil doit dépenser des dollars dans l’importation du pétrole raffiné (la gazoline et le diesel), au lieu de le produire internement.

Notre chauffeur devrait le savoir, avant d’avoir de l’espoir dans cette gestion. Ce gouvernement est catastrophique sous tous les points de vue.

Est-ce qu’on doit avoir de l’espoir ? Oui, beaucoup ; mais pas un espoir vide, sans contenu. Ce n’est pas malin, ni sain, de vivre d’illusion. Le premier pas vers la solution d’un problème quelconque c’est de (avoir le courage de) le reconnaître ; ensuite lui faire face et le combattre. L’espoir, la confiance à ce que quelque chose de bien peut arriver, même s’il s’agit d’une croyance, doit s’appuyer sur des indices qui nous donnent un aperçu de se qui suit. Croire qu’on peut arriver quelque part (même si c’est en Uber), en s’éloignant du point d’arrivée, ce n’est pas de l’espoir, mais du délire.

HLVS

Traduit par Diana Berman

 

 

 

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn