Nourrir correctement les milliards de Terriens ou lutter contre le réchauffement? Pour ne pas être un jour confronté à ce dilemme, il est indispensable de repenser l'usage des terres et nos habitudes alimentaires, avertit jeudi le Giec.

 Le GIEC recommande de changer de nombreuses habitudes alimentaires pour lutter contre le réchauffement climatique.

Il faut manger différemment et réduire la viande pour préserver les terres et limiter le changement climatique. Les efforts sur les transports, l'énergie et les usines ne suffiront pas, dit le rapport du GIEC présenté jeudi à Genève. Greenpeace veut une action suisse.

 Tout scénario pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C d'ici à 2100 exige «un changement dans l'utilisation des terres», estiment ces dizaines d'experts internationaux. Les mesures vont de la reforestation aux biocarburants, précise leur rapport sur les liens entre utilisation des terres, sécurité alimentaire et changement climatique.

Devant la presse, un membre du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) a ciblé indirectement le président brésilien, Jair Bolsonaro. Les récents chiffres montrent que la déforestation a été multipliée par quatre en juillet en Amazonie par rapport au même mois de l'année dernière. Cette politique «contredit tout ce qui sort» du rapport du GIEC, a dit l'expert.

Cette synthèse de 1200 pages démontre aussi que la consommation de viande actuelle et les pertes et gâchis de nourriture, allant de 25 à 30%, exigeront davantage de terres sans diversification des habitudes alimentaires. Alors que graines, fruits, légumes et une nourriture animale durable génèrent peu d'émissions de gaz à effet de serre.

«Nous ne recommandons pas de changement de régime alimentaire» parce que cette responsabilité n'est pas celle du GIEC, a affirmé le président du groupe, Hoesung Lee. Prudents, ces spécialistes précisent qu'ils ne font que présenter la synthèse de plus de 7000 publications scientifiques, approuvée mercredi par les 195 Etats membres, dont la Suisse, au terme de dizaines d'heures de discussion.

Doublement de la production de viande

L'un des experts ajoute toutefois qu'une réduction de la consommation de viande est «une bonne chose», sans chiffrer l'effort à accomplir. De son côté, l'ONG Greenpeace va jusqu'à estimer que cette diminution devrait atteindre 50% dans le monde et même de 70 à 90% en Suisse. Elle souhaite que le Conseil fédéral lance une politique alimentaire qui prenne en compte ces défis.

Chaque année, les pays riches consomment 100 kg de viande par habitant. A l'inverse, les habitants de pays pauvres en mangent moins de 10 kg par an. Alors que près de 830 millions de personnes sont sous-alimentées, environ 2 milliards sont en surpoids.

Depuis 1961, la production de viande par habitant mais aussi celle d'huiles végétales a plus que doublé. Toutefois, la consommation diminue de 1% par an depuis quelques années dans certains pays riches, s'est félicité auprès de Keystone-ATS l'un parmi la centaine de responsables du rapport.

Au total, plus de 70% des terres émergées sont utilisées pour satisfaire les besoins des populations. L'exploitation humaine des sols pour l'agriculture génère jusqu'à un tiers environ des émissions de gaz à effet de serre en prenant en compte les transports et la préparation, et près de la moitié du méthane dégagé.

Cette activité est responsable de la dégradation de 25% des terres émergées. «Les sols sont sous une importante pression. Ils sont une partie de la solution» sans pour autant être suffisants pour limiter le réchauffement, dit M. Hoesung. Un réchauffement qui multipliera les pluies intenses et les inondations mais aussi la chaleur et les sécheresses.

Sommet attendu

Selon le GIEC, des habitudes de nourriture plus durables pourraient contribuer à libérer des millions de km2 de terres et, par an, à une diminution de jusqu'à 8 gigatonnes d'équivalents de CO2 d'ici à 2050. Amélioration d'accès aux marchés ou encore émancipation des agricultrices et extension d'accès aux prestations agricoles sont aussi mentionnées.

Les menaces climatiques dépendront de l'extension de la population et du degré d'augmentation des températures. Les risques d'incendies plus nombreux ou d'instabilité alimentaire sont considérées comme «élevés» avec 1,5°C supplémentaire et «très élevées» avec 2 ou 3°C en plus. Autre problème, un scénario d'une population de 9 milliards de personnes d'ici à 2100 étendrait le prix de certaines denrées de plus de 7% dès 2050.

Depuis l'ère préindustrielle, la température des surfaces terrestres a augmenté deux fois plus que la moyenne mondiale, de 1,53 °C contre 0,87 °C. La montée des océans renforce aussi la pression sur les terres.

Les pays doivent se réunir en 2020 pour annoncer des politiques visant à une neutralité d'émissions de gaz à effet de serre. Pour Greenpeace, ils doivent absolument oeuvrer dès le sommet sur climat prévu dans deux mois à New York.

nxp/ats

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