Nous vivons dans un monde de plus en plus tordu. La surabondance d'informations au lieu de nous éclairer ne fait que nous infantiliser.

Les différents réseaux sociaux qui devaient nous élever grâce à leurs connections mondiales nous rendent médiocres. Nous aurions pu, nous aurions dû, débattre intelligemment, apprendre de l'autre, nous émerveiller de dialoguer avec des gens inconnus, lointains, que jamais nous n'aurions imaginé pouvoir échanger avec eux. Las, ce ne sont qu'insultes, anathèmes, injures raciales, opprobres ou sentences religieuses, attaques contre le physique, le genre sexuel et, in fine, menaces de mort. 

 Un grand défouloir si crétin, si monstrueux, à l'inverse d'un narcissisme que d'aucuns avancent pour justifier cette débâcle numérique. Un Narcisse se contemple en son miroir mais là le miroir est crevé ou vide ou tâché de merde par des égos non surdimensionnés mais réduits à l'état de petits pustules. Un égo surdimensionné cherchera à nous gouverner, un égo sous dimensionné ne cherchera que notre asservissement ou notre mort.

 Les «petits chefs» cette image d'Epinal si vivace de ce qu'elle veut signifier dans le langage courant ont pris la direction «morale» d'internet. Non pour le contrôler, ils sont bien trop cons pour cela mais pour y répandre leur fiel derrière un lâche anonymat. A l'inverse, les grands chefs, eux, en ont pris le contrôle. Soit ils en usent, soit ils le coupe. Comme un hochet tendu, soyez sages, peuples enfantins, et vous pourrez jouer.

 Il paraissait que la liberté ne s'use que si l'on ne s'en sert pas, disait un humoriste français se croyant malin et paraphrasant cette citation anonyme, la liberté de la presse ne s'use que lorsque l'on ne s'en sert pas.  C'est beau mais maintenant c'est faux. La liberté s'use parce que l'on s'en sert justement, c'est la leçon de ce siècle. Internet en est la preuve.

 Et il suffit de le demander aux peuples étouffés et à tous ces journaux qui disparaissent ou sont rachetés par des financiers pour les museler. C'est à peine si maintenant j'ose péter, ne voulant pas passer pour un détraqueur de climat. La liberté des uns ne s'arrêtant plus où commence celle des autres. Bien au contraire. Une nouvelle liberté dictatoriale.

 La liberté s'use à chaque coin de rue. La liberté s'use dans chaque téléphone portable qui nous impose des monologues aussi débiles, à voix haute et grands mouvements de bras, sur les trottoirs. La liberté s'use même et surtout quand la parole se libère.

 Les réseaux sociaux remplacent les jeux du cirque. Un combattant maladroit sera exécuté par des milliers de flèches anonymes qui le transperceront de part en part. Sans aucun répit, 24/24, ni aucune échappatoire. Ainsi est laissé aux anonymes courageux, la justice. Car, avec cette liberté dévoyée, corrompue, les réseaux sociaux sont devenus des tribunaux sans appel, ni défense.

 Les gouvernements démocratiques ont bien compris le rôle de ces tribunaux, alors ils réglementent à la marge, démocratie oblige, mais ils ne touchent à l'os offert ainsi en pâture. Tant que le peuple regarde le doigt... Et d'un forum international, d'une agora mondiale, notre fierté d'y participer, celle liberté de correspondre, d'argumenter, s'est transformée en un immense cloaque nauséabond. 

 Nous serions la civilisation la plus évoluée de l'espèce humaine et nous sommes incapables de bien nous tenir. Nous caricaturons une liberté durement acquise au cours de siècles de lutte et nous en profitons pour détruire et non construire. Nous avions des guerres, ces drames collectifs, nous avons réussi à créer des micros guerres contre une pensée, un genre, une couleur, une religion...

 Mais...

 Mais il y a des endroits, où la liberté prend ses aises, se sent pousser des ailes et ne rend des comptes qu'à elle-même.  

Jean-Yves Le Garrec

 

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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