Je lisais récemment qu'il y a une cinquantaine d'années, en France, l'immense majorité des communes était dirigée par des paysans. Au fond, ce que nous avons perdu, en vivant de plus en plus nombreux loin de nos racines, c'est le bon sens de la campagne où rien ne se perdait et où presque tout pouvait être transformé, recyclé.

 Les épluchures aux cochons, les coquilles aux poules, un bout de ficelle rangée dans un coin, le bois coupé servait à chauffer, les vêtements aux plus démunis, le rémouleur passait aiguiser les couteaux et les machines ménagères étaient pratiquement éternelles, sans oublier le savon de Marseille et le compost pour le jardin potager. Et dans les petites épiceries, tout ce qui pouvait être en vrac, l'était.

 Mais surtout, alors qu'on estime que, dans les pays occidentaux, un tiers de la nourriture est jetée, nos anciens, enfin principalement nos arrières grands-mère et nos grands-mères avaient le génie culinaire de cuisiner les restes et de n'en rien jeter. Ce génie s'exprima par la pizza, la bolognaise, le pot au feu et tant de plats de légende qui sont nés des restes qu'aujourd'hui nous jetons d'un oeil mort et sans remord. 

 Alors ce n'était pas l'âge d'or, bien sûr, mais...

 Tandis que le modernisme, ainsi nommé, qui était en fin de compte le faux nez présentable de la société de consommation débridée qui s'abattit sur nous, elle même fille dévergondée du capitalisme, a tout balayé, y compris le bon sens, l'entraide et la réutilisation en les modifiant des choses usagées. La nourriture industrielle et son cortège de non dit, s'abattit sur nous, comme une volée de charognards. 

 Il nous a fallu apprendre à lire la composition et reconnaître la multitude de saloperies pouvant entrer dans la confection d'un simple plat industriel. Cette cuisine du diable largement servie dans les cantines scolaires fut dénoncée petit à petit et grâce à l'action de certaines associations, les poisons les plus violents furent enlevés mais c'est un combat de tous les instants.

 Et une course folle, quand on y pense, on rêve et on se pince, cette compétition entre les labos bourrés de scientifiques qui mettent au point ces saloperies et les labos sûrement moins courus de ceux qui démontent et dénoncent sans arrêt les vicissitudes des agro-alimentaires.

 Il fallait du neuf, du comme vu à la télé dans les premières publicité. Et de nos jours, non seulement du neuf mais du neuf de neuf et même du neuf encore plus neuf que le neuf, en une ronde infernale du toujours plus, toujours «mieux», en tout cas mieux que chez le voisin.

 Résultat, vous avez parfois avec certains conditionnements plus à lire qu'à manger. Faire sérieusement ses courses maintenant vous prend un temps fou et avec une loupe bien sûr. Comme les vêtements, ce n'est plus une simple étiquettes, c'est devenu un petit livre cousu sur votre veste ou pantalon. Il y a le message premier, composition et température de lavage, mais répété en une vingtaine de langues...

 Et bien sûr, la provenance. On peut toujours rêver, la route de la soie, Samarcande, Boukhara, de longues caravanes chargées de nos jeans qui arrivent sur fond de soleil couchant à une oasis... Las, ce sont d'énormes portes containers qui crachent une fumée noire et mortelle pour notre planète bleue. Un seul de ces monstres, en un seul voyage, pollue autant que des millions de voitures en une année

 Et les premières usines commencèrent à crachoter leurs fumées, s'additionnant aux centrales à charbon, la fée électrique qui dévora tout, devant être alimentée en permanence. Aux usines du modernisme, il fallut ajouter des tours et des barres pour accueillir l'exode rural attiré par des emplois fixes et surtout à heures régulières.

 Des lapins en cages aux cages à lapin, avec, il est vrai, électricité et eau courante. Il faut reconnaître  que quand on sortait de sa campagne dans les années 50, voire 60, c'était pas du luxe, d'avoir l'eau courante.

 Et puis, à cette époque pas si lointaine, où les pays bétonnèrent à tout va, dans toutes les grandes villes d'Europe, on ne s'encombra pas d'une espèce rare, animale ou végétale, tout fut rasé. Champs, forêts, étangs, furent avalés dans le ciment et le goudron pour toujours.

 Une seule grande voix magnifique, totalement isolée, tenta de se faire entendre, René Dumont. Candidat écologiste en 74, peu soutenu et fortement combattu par la droite et surtout la gauche, en France.

 Le bon sens de la terre disparut dans cette course effrénée au toujours plus et surtout dans cette hâte de se débarrasser de cette enveloppe paysanne, jamais plus jamais, plutôt des raviolis en boites que les légumes du potager boueux derrière la ferme. Ce n'est naturellement pas condamnable, ni blâmable, ce fut et c'est toujours compréhensible.

 Et la publicité, cette sublime pute des industriels, nous piégea comme des lièvres éblouis par les phares d'une voiture.

 D'où l'urgence d'établir son propre bilan écologiste.

 

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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