exposicion ginebra bateauExposition. Sur le Bateau Genève, des tirages en noir et blanc donnent à voir des gens démunis. Beau et cruel.

Une femme photographiée durant l’hiver 2007 dans l’abri des Vollandes géré par la Ville de Genève. Image: ROBERT CUENOD

«A main levée, sans recours au flash et à la moindre lumière extérieure à celle imposée», glisse le photographe pour qualifier la simplicité voulue de sa prise de vue. On pourrait ajouter: les yeux dans les yeux. Difficile en effet de se dérober au regard que nous adresse la femme ci-dessus.

La sincérité de cet échange élémentaire, on le doit à Robert Cuénod, né à Lausanne en 1949.

Plusieurs vies, plusieurs métiers pour celui qui fut directeur de l’Hospice général dès 1997, puis en 2003 délégué du Conseil d’Etat à l’intégration des étrangers, avant de prendre une retraite anticipée trois ans plus tard.

Du temps pour soi et pour les autres. En 2007, avec l’accord de la Ville de Genève, il frappe à la porte de l’abri PC des Vollandes, en demandant à pouvoir faire le portrait des bénéficiaires.

«J’ai voulu les rencontrer, leur donner la parole, le plus simplement du monde», explique-t-il dans la préface du petit livre témoignant de cette expérience ancienne, paru l’année dernière chez Slatkine. Il précise: «Pour cela, il m’a fallu patienter. Trois nuits de rencontres, sans appareil photo.

Juste la relation. Non, je n’étais pas de la police. Non, je n’étais pas journaliste.» Un peu quand même, même si les notes prises sont succinctes et les questions jamais inquisitrices. Dans l’instant de la prise de vue, sur fond d’environnement «neutralisé» (une table de cantine, un banc, le mur en béton de l’abri), des mots surgissent spontanément, comme des débuts de confidences biographiques, ici et maintenant.

«Tu vois, on peut même fumer!» s’exclament deux hommes en tirant respectivement sur leur cigarette et leur cigare. Il y a dix ans, cette liberté était encore offerte. Une décennie d’illusions perdues pour certains. On redécouvre ainsi le portrait innocent de jeunes exilés que l’on continue à croiser dans la rue. Les traits du visage sont plus durs, la douceur a disparu. A l’époque, l’un d’eux affirmait: «Il y a des filles super ici. Moi, je vais gagner de l’argent, c’est plus facile si on a de l’argent.» Pour lui et ses compagnons d’infortune, tout reste compliqué.

La douceur humaine qui se dégage de cette exposition à voir jusqu’au 6 octobre sur le Bateau Genève a quelque chose de très beau et de très cruel à la fois.

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