La foule ne cesse de grossir à Genève, lors du partage des aides alimentaires en pleine pandémie.

 

Les personnes qui attendent doivent respecter la distanciation sociale.

KEYSTONE

A Genève, la distribution d'aide alimentaire à la patinoire des Vernets attire de plus en plus de monde. Samedi, 2600 sacs ont été remis aux personnes poussées dans la précarité par la crise sanitaire, contre 1683 il y a une semaine.

«Les premiers sont arrivés à 4h30 alors que les portes ouvrent à 9h00», a indiqué Silvana Mastromatteo, responable de la Caravane de la Solidarité, l'association à l'initiative de cette distribution. Au milieu de la matinée, la queue s'étirait sur plus d'un kilomètre, jusqu'à la pointe de la Jonction.

Il fallait patienter plusieurs heures pour avoir son colis de provision. Dans cette queue disciplinée et encadrée par des bénévoles, de nombreux illégaux qui travaillent dans l'économie domestique ou la restauration. La pandémie a brusquement supprimé leurs revenus.

«Les portes ouvrent à 9h»

Malgré l'affluence record de samedi, tout le monde a pu être servi, indique la Ville de Genève, qui coordonne la distribution. La magistrate en charge de la cohésion sociale, Esther Alder, craint que la situation ne se péjore. L'élue Verte appelle notamment au renouvellement de l'opération de régularisation Papyrus.

«Cette distribution massive de nourriture a aussi révélé la formidable solidarité dont sait faire preuve Genève», a ajouté la magistrate. Depuis vendredi matin, les donateurs ont également fait la queue aux Vernets pour amener des denrées.

Solidarité

Les colis ont été préparés par 200 bénévoles jusqu'au milieu de la nuit. Des paquets ont aussi été remplis avec des fournitures pour les bébés.

Silvana Mastromatteo s'inquiète du nombre toujours plus important de personnes qui viennent aux distributions. «Nous devons réfléchir à la suite du mouvement avec tous les partenaires, publics et associatifs», indique-t-elle. A priori, l'association devrait pouvoir utiliser l'infrastructure de la patinoire des Vernets jusqu'au 6 juin.

(ATS/NXP)

«Je me sens concerné, cela pourrait aussi m’arriver»

La distribution alimentaire organisée par la Caravane de solidarité ne serait pas possible sans la générosité des Genevois qui ont répondu en nombre à l’urgence.

Samedi, tôt le matin, selon des témoignages, la file d’attente pour obtenir une aide alimentaire à Genève s’étirait du centre sportif des Vernets à la pointe de la Jonction (GE). C’est dire le nombre de personnes démunies qui se trouvent aujourd’hui dans une situation de détresse et qui ont besoin de l’aide fournie par l’association Caravane de solidarité. Avant la désormais habituelle distribution de samedi, ses bénévoles ont recueilli les dons vendredi après-midi. «Quelque 70% de ce dont nous disposons provient des dons des particuliers, a souligné Silvana Mastromatteo, présidente de la Caravane de la solidarité. C’est sur ce principe d’échange entre donateurs et bénéficiaires que nous fonctionnons.» Il y a une semaine, 800 Genevois s’étaient déplacés afin de déposer des denrées. Vendredi, «ça n’a pas arrêté, a confié Tiziana, bénévole postée à l’entrée du parking afin d’accueillir les gens. Ils viennent en voiture, à vélo ou à pied. C’est très mélangé, j’ai vu passer des voitures de luxe comme de petites autos.»

Une ruche en activité

Le flux est canalisé jusqu’à l’entrée de la patinoire. Là, dans un ballet bien ordonné, les coffres sont vidés et les sacs emmenés à l’intérieur. Léonore est venue à vélo. Elle a acheté pour 70 fr. de denrées. «Cela ne fait pas beaucoup de produits. La vie est chère», a-t-elle soupiré. Pourquoi est-elle venue plutôt que de faire un don monétaire? «Je voulais me rendre compte par moi-même de ce que représentent les besoins. c’est impressionnant.» Pour Brice et Leika, colocataires, il s’agissait d’aider concrètement. «Je fais déjà du bénévolat, a précisé Leika. Là, j’ai embarqué mon coloc!» Sur le parking, les bénévoles ne chôment pas, les donateurs arrivent seuls, en famille, par grappes ou au compte-gouttes. Il faut faire la circulation, compter, aiguiller et remercier. Après avoir déchargé leurs sacs, Francisco et son épouse s’apprêtent, émus, à remonter dans leur voiture. «Je me sens concerné, a précisé le mari. Cela pourrait m’arriver à moi aussi.» Le couple, qui a d’autres expériences de bénévolat, n’est pas étonné par la situation. «Nous avons aidé au Réveillon de la solidarité, il y a avait beaucoup de monde.»

La récolte de dons s’est déroulée jusqu’à 20h. Elle a occupé quelque 120 bénévoles, se relayant toutes les quatre heures. A l’intérieur du bâtiment, les denrées sont triées, regroupées par types pour permettre de confectionner des cornets de nourriture et de produits de première nécessité. L’activité est débordante, le ballet incessant. «Cette semaine, nous pensons pouvoir offrir 2000 portions de denrées de base telles que pâtes ou conserves de thon. Grâce aux maraîchers genevois, nous allons également pouvoir distribuer 2000 autres portions de légumes frais», s’est réjouie Silvana Mastromatteo (Au final, ce sont 2600 sacs qui ont été distribués. Malgré l’affluence, tout le monde a pu être servi, indiquait l’ATS samedi après-midi). Cet élan de générosité des Genevois ne l’a pas surprise. «C’est le contraire qui m’aurait étonnée», a conclut la présidente, relevant que les donateurs se montrent très touchés par le sort des plus démunis. Ils nous disent que c’est très dur, certains pleurent. Nous tenons à tous les remercier.»

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de

Maria Pineiro

https://www.20min.ch

Bons alimentaires pour plus de 9’000 personnes

Les Colis du Coeur aident actuellement 9300 Genevois à se nourrir. Ce chiffre, en hausse depuis début avril, devrait continuer à augmenter.

 

Chaque samedi, la Caravane de Solidarité distribue à la patinoire des Vernets une aide alimentaire aux personnes en difficulté à cause de la crise.

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Plus de 9000 personnes reçoivent actuellement des bons alimentaires pour pouvoir se nourrir à Genève. Et «nous pouvons craindre une hausse de 2000 à 3000 personnes supplémentaires d'ici à la mi-juin», ont fait savoir vendredi les Colis du Coeur.

Au début du mois d'avril, alors que l'épidémie de Covid-19 prenait de l'ampleur, le nombre de personnes aidées s'élevait à 3600 environ. Sept semaines plus tard, ce chiffre s'établit à 9300. Une personne reçoit un bon alimentaire de 50 francs par semaine. Une famille de 4 personnes obtient un ticket qui équivaut à 120 francs.

Aux bénéficiaires usuels de l'action Colis du Coeur s'est ajoutée, avec la crise sanitaire, une population invisible en temps normal, y compris des associations d'entraide parfois. Il s'agit d'illégaux qui travaillent dans l'économie domestique, la restauration ou sur les chantiers, et qui se sont retrouvées brusquement sans revenu.

Il y a encore des familles qui peinent à joindre les deux bouts car les cantines scolaires ont fermé ou des personnes privées d'assurance chômage parce qu'elles ne cotisent pas depuis suffisamment longtemps ou n'ont pas reçu de licenciement formel. Il y a encore ceux qui n'osent pas recourir à l'aide sociale.

(ats/nxp)

 

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