Genève: Les tests Covid resteront gratuits pour les étudiants

Genève: Les tests Covid resteront gratuits pour les étudiants

Les tests seront facturés dès octobre mais Genève a obtenu une exception pour l’Uni et les Hautes écoles. Le Canton met en avant le droit fondamental à l’éducation.

À Uni-Mail, comme sur les autres sites universitaires et des Hautes écoles, les tests salivaires seront gratis pour les étudiants.

L’annonce du Conseil fédéral la semaine passée de l’extension du pass Covid a plongé les universités et les Hautes écoles dans la stupéfaction. Tout le monde s’attendait à ce que la mesure impacte les restaurants, notamment, mais pas l’enseignement supérieur. Couplée à la fin de la gratuité des tests PCR ou antigéniques dès le 1er octobre, la situation devenait alors intenable pour les étudiants non-immunisés, alors que de nombreux cursus impliquent des cours et des ateliers pratiques, comme dans la Haute école de santé ou encore de musique.

Tests salivaires

Une solution a été trouvée au bout du lac pour «garantir l’accès et le droit à l’enseignement, qui sont fondamentaux», dixit le conseiller d’Etat Mauro Poggia, chargé de la Santé: les tests salivaires resteront gratuits pour les étudiants de l’Université de Genève (Unige), des Hautes écoles spécialisées (HES) et de l’IHEID (Institut de hautes études internationales et du développement). La mesure entrera en vigueur d’ici au 1er octobre – d’ici là, tous les tests restent gratuits –, alors que plusieurs écoles effectueront leur rentrée lundi. Elle sera appliquée jusqu’à fin décembre.

Le dispositif est issu d’un accord passé entre le Service du médecin cantonal et les HES, sous les auspices du département genevois de la Santé. Elle se base sur la solution actuellement en vigueur dans les entreprises: là, on y effectue gratuitement pour les employés des tests salivaires par pool d’une vingtaine de personnes. Si un résultat positif est enregistré, toutes ces personnes sont alors contrôlées individuellement. Le même principe sera appliqué Genève, à l’Unige ou dans les HES. Le canton de Vaud a également annoncé jeudi la mise en place de mesures identiques, mais elles ne seront en vigueur que durant le mois d’octobre.

«Une excellente nouvelle»

«C’est la solution que nous prônions auprès des autorités, il s’agit d’une excellente nouvelle», s’est réjoui François Abbé-Decarroux, directeur général de la Haute Ecole Spécialisée de Suisse occidentale – Genève. Au départ, les établissements d’études supérieures auraient pu instaurer une jauge de cours aux deux-tiers. «Impensable: cela aurait conduit à une dégradation de la qualité de la formation de tous les étudiants». Le choix s’est alors porté sur le pass Covid, qui implique une vaccination, ou des test ou une guérison. «Mais les tests devaient être payants. Avec la gratuité décidée à Genève, les arguments de mesures «liberticides» ou de «ségrégation économique» tombent. Aujourd’hui, les étudiants peuvent choisir entre se faire vacciner ou se faire tester gratuitement.»

Un test Covid n’est pas un pass Covid

«Des tests payants répétitifs constituaient une restriction pour les jeunes qui n’ont pas forcément les moyens de s’en acquitter, alors qu’au vu des récentes annonces du Conseil fédéral, ils auraient été obligés de passer ces tests pour étudier, s’ils n’étaient pas vaccinés», a expliqué Mauro Poggia. Le magistrat insiste cependant: effectuer des tests réguliers n’est pas une solution à terme. «Cela doit être une passerelle vers la vaccination».

Ces vérifications n’auront pas valeur de pass Covid. Une attestation du test salivaire sera délivrée aux étudiants, mais elle ne permettra pas d’entrer ensuite dans un restaurant, à un concert ou dans un night-club, a souligné le Canton.

Cours en vidéo: pas la panacée

L’obligation du pass ou de tests payants à répétition constituaient, avant que la décision genevoise ne tombe, un obstacle infranchissable pour un suivi normal du cursus, même avec d’éventuelles leçons en visioconférence. Et ce, particulièrement dans les HES. Ainsi, à la Haute école de musique, «80% des cours nécessitent d’être en présentiel, comme les sessions d’orchestre» a relevé le directeur Philippe Dinkel. Difficile aussi d’imaginer des élèves dans la Haute école de santé apprendre à faire une intraveineuse par écran interposé. À la Haute école de travail social de Genève, les futurs diplômés passent beaucoup de temps sur le terrain. Désormais, les étudiants pourront choisir entre le vaccin et les tests gratis pour suivre leur programme. Et s’ils ne veulent ni de l’un, ni de l’autre? «À eux alors d’assumer, ont réagi les directions de plusieurs établissements. Ils peuvent mettre leurs études sur pause ou les repousser d’un semestre, par exemple.»

Pour rappel, la décision de rendre les tests PCR ou antigéniques payants est désormais contestée par tous les partis au niveau fédéral, sauf le PLR. Berne pourrait faire marche arrière.

Droits bafoués des étudiants? Non

Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la pertinence légale du pass Covid ou des tests face au droit fondamental à l’éducation. «Il n’existe pas de liberté absolue; toutes les libertés et droits fondamentaux connaissent des restrictions, relève Me Pascal Pétroz, spécialiste en droit administratif.Par exemple, la garantie de la propriété ne permet pas à un propriétaire immobilier de construire ce qu’il veut, comme il veut.» La restriction aux libertés doit respecter trois conditions: l’existence d’une base légale et d’un intérêt public ainsi que le respect de la proportionnalité. «Alors que la situation sanitaire impose des mesures dictées par un intérêt public évident de santé publique, il faut se demander quelle mesure porte le moins atteinte aux libertés des gens, analyse l’avocat. En l’occurrence, il est clair que le fait d’imposer la présentation d’un pass Covid dans certains établissements délimités est moins intrusif que d’imposer une vaccination obligatoire.»

David Ramseyer

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