Genève: Onze milliards! Genève décide d’investir à fond

Genève: Onze milliards! Genève décide d’investir à fond

Le Conseil d’État, qui a présenté jeudi un budget très déficitaire, a aussi choisi de doper ses investissements pour accélérer la transition écologique.

Antonio Hodgers pense que les métiers liés à la transition écologique vont offrir de nombreuses possibilités de reconversion aux Genevois.

Onze milliards de francs! Voici la somme que le Conseil d’État veut affecter aux investissements durant les dix prochaines années, soit sur la période 2022-2031. L’annonce, faite dans le cadre de la présentation du projet de budget 2022 (lire l’encadré), est doublement décoiffante. D’une part parce qu’elle intervient au moment où l’État, toujours plombé par la crise sanitaire du Covid, table sur un déficit de fonctionnement de 460 millions l’an prochain. D’autre part, et surtout, parce que l’exécutif a choisi d’appuyer franchement sur l’accélérateur: l’an passé, il prévoyait d’investir 8 milliards sur dix ans. Là, il ajoute 3 milliards supplémentaires, soit une progression de 37%.

«Investir pour décarboner»

Cette hausse vertigineuse fait dire à Antonio Hodgers, conseiller d’État Vert chargé du territoire, qu’il s’agit carrément «d’un plan d’investissement disruptif». Il l’est par son ampleur mais aussi ses objectifs. «L’ambition est très nettement en lien avec la transition écologique.» Plus de la moitié des 11 milliards investis, six exactement, seront affectés à ce défi, soit à des projets relatifs à la mobilité, à l’environnement, à l’énergie et à la rénovation du parc immobilier. «Nous avons la volonté d’investir pour décarboner, a justifié Serge Dal Busco, le président PDC du Conseil d’État. La prochaine crise qui pourrait arriver est encore plus grande que la crise du Covid, c’est celle du climat.»

«Un projet de société»

En agissant de la sorte, le gouvernement espère faire d’une pierre deux coups. «Des retombées économiques sont attendues, dans le tissu local principalement, pour les PME», explique Antonio Hodgers. L’élu y voit une chance de créer de l’emploi. «C’est l’opportunité de stimuler les métiers de demain», et c’est peut-être aussi pour cette raison que le plan d’investissement de l’État est «disruptif». Parce qu’il dessine «un projet de société», développe le Vert.

«Le défi, c’est la formation»

Il constate que parallèlement à la transition écologique se déroule la transition numérique. Cette dernière crée de nouveaux emplois, mais en détruit certains, en particulier manuels: les caissières ou les mécaniciens auto de la vieille école, par exemple. «Ces gens-là ne retrouveront pas de travail dans leur domaine.» Antonio Hodgers pense en revanche que la transition écologique aura besoin de beaucoup de bras. «Le mécanicien ne va pas devenir web designer. En revanche, il peut apprendre à poser des panneaux solaires. Le défi, c’est donc la formation.»

Le conseiller d’État plaide ainsi pour un changement législatif qui permette de financer des formations de plusieurs années pour les adultes, en vue de l’apprentissage d’un nouveau métier sans lien avec le précédent. Mais pour rendre accessibles ces réorientations complètes, il faut «payer un vrai salaire, parce qu’une personne de cet âge, qui a des enfants, n’a pas les mêmes charges qu’un étudiant» et ne peut s’engager dans une telle entreprise sans être rémunérée.

Un déficit de 460 millions

Le projet de budget 2022 que le Conseil d’État a présenté ce jeudi prévoit un déficit de 460 millions de francs. Un résultat «meilleur» que celui du budget 2021, qui tablait sur une perte de 847 millions. Pour 2022, l’exécutif estime à 180 millions les coûts liés au Covid (93 millions de dépenses sociales, 48 millions d’aides et dispositifs ponctuels, et 40 millions de pertes de revenus). Il constate par ailleurs que «la croissance est de retour», soutenue notamment par les secteurs de l’horlogerie, de la bijouterie, du négoce de matières premières et de la finance, «qui connaissent une reprise robuste». Ainsi, les revenus fiscaux espérés en 2022 sont en hausse de 462 millions par rapport à 2021, soit +6,7%. Les charges, enfin, progressent de 135 millions (+1,4%), alors que le Canton prévoit de créer 364 nouveaux postes, dont il faut déduire les 49 qui disparaîtront avec le démantèlement du dispositif Covid.

Jérôme Faas

https://www.20min.ch

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