Fidel Castro n’a pas gagné cette fois-ci, comme chaque être humain perd un jour cette ultime bataille. Ni plus, ni moins. Les idées seules ont le pouvoir d’être immortelles pas les hommes qui les portent. Et c’est une bonne chose car si elles sont immortelles, elles peuvent évoluer par l’apport d’autres hommes engagés dans un même sillon mais présupposent toujours, à tort ou à raison, la mort de l’initiant. Sans aucun doute le régime cubain va évoluer dans un chemin plus démocratique au sens occidental du terme mais espérons qu’il garde ses racines qui ne sont pas si pourries que cela.

Le bilan de toutes les années de pouvoir de Fidel Castro va nous être exposé en long et en large, il sera sans concession, soyons en sûr. Et ce débat qui deviendra un procès à charge sera mené par ceux-là même qui le glorifiaient, les fameux intellectuels de gauche. De cette gauche bien-pensante qui se veut sans concession sauf pour elle-même, bien entendu. Cette gauche prête à tous les compromis pour arriver ou garder le pouvoir, qui est en faillite morale par son renoncement à ses idéaux. Il n’y a qu’à écouter le président socialiste Hollande qui, il y a quelques mois se faisait photographier, tout sourire, à côté du « Lider Maximo » et son éloge funèbre d’une rare hypocrisie.

La question étant d’ailleurs de savoir si cette visite se serait faite sans cette petite détente des relations entre les USA et Cuba.

15729708 fidel castro les 5 visages de la revolucion 0c9b9Dans notre monde où la lâcheté politique, notamment européenne, se drape, se cache, se dissout, dans ce qu’elle appelle, dans ce qu’elle proclame elle-même abusivement, le réalisme pragmatique géopolitique, Cuba, qu’on le veuille ou non, sera resté fidèle à ses engagements. Sans mauvais jeux de mots. Ce fameux réalisme qui permet à certains dirigeants sans vergogne ni retenu, de dépeindre Castro uniquement comme un vulgaire dictateur mais qui, par exemple, à la mort du roi d’Arabie Saoudite, se gardent bien d’employer la même rhétorique. Et ici, il n’est pas question de religion, mais je pense que vous aviez compris.

Détente ou pas, Cuba est toujours sous embargo américain. Qu’on ne s’y trompe pas, sous ce vocable, se cache la vraie machine de guerre américaine, l’impérialisme économique, beaucoup plus sournois et ravageur que son impérialisme exposé, qui n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car ce qui est sous embargo américain est imposé pour tout pays voulant commercer avec n’importe quel pays assigné à cet embargo. La banque française BNP, par exemple, a été condamnée par la justice américaine à une amende de 9 milliards de dollars pour avoir contourné l’embargo américains de certains pays dont Cuba. Quand on connaît les banques, on sait, in fine, qui vont payer, les contribuables français ! Et je n’ai pas entendu la voix de Hollande s’offusquer ou dire « merde » aux américains, Cuba n’étant pas sous embargo français. Mais nous reparlerons de cet impérialisme économique dans un autre article.

Alors, c’est vrai, le bilan politique de Castro n’est pas fameux au niveau de la liberté dans son pays, liberté de penser autrement, liberté de s’exprimer, liberté de la presse, liberté syndicale, bref liberté tout court, tant il est vrai qu’on ne peut découper la liberté en petits morceaux, bons ou mauvais. On en profite ou pas, dans sa globalité. On ne peut tolérer la mise en prison d’une seule personne pour délit d’opinion. Pour autant, d’autres pays qui pratiquent cette infamie d’emprisonner la liberté sont-ils sous embargo ? Je pense à la Turquie, au Pakistan, voire la Chine et d’autres que vous connaissez.

La vérité c’est que nous sommes dans un système capitaliste qui ne tolère aucune déviance dans la manière de gérer différemment l’économie, autrement dit, seul le profit est la règle, à n’importe quel prix. Et moins de personne en profite et mieux c’est, point barre.

Sans vouloir faire de comparaison, je remarque que quelques individus pour s’enrichir à en crever de suffisance, ont jeté, sans états d’âme, des millions de gens hors de leur maison, ont ruiné des millions de retraités, ont détruit des économies entières. Une petite tape sur la main et hop, on passe à autre chose. Cette crapulerie sans nom, si mortifère pour les peuples, a-t-elle entrainé un embargo sur le principal pays responsable ? Non !

Bien sûr qu’une vision totalitaire est inacceptable, bien sûr que le régime castriste dans toute sa rigueur est condamnable, et il n’y a pas de mais. Sauf à faire remarquer une alphabétisation proche de 100%, ce qui est remarquable à deux titres. Le premier est qu’il est de loin supérieur à tous autres pays en voie de développement, surtout d’Amérique Latine. Le second est que l’éducation est la seule manière d’éveiller la conscience humaine et son esprit critique, ce qui paraît contradictoire avec un régime totalitaire. Et faire aussi remarquer l’extraordinaire système de santé de Cuba. Car si Castro a essayé d’exporter sa révolution, notamment en Afrique, les mauvaises langues diront que c’était une bonne manière de se débarrasser du Che, de nombreux médecins cubains ont aussi participé dans beaucoup de pays pauvres à mettre en place des système de santé efficaces. Et surtout à moindre coûts.

D’un tel bonhomme, Fidel Castro, l’histoire donnera une image contrastée, fortement contrastée, toute en nuances brutales comme son combat sans relâche. Il ne sera pas condamné à l’unanimité comme un Staline ou un Hitler. Il aura le bénéfice du doute, mais de manière inversée, je pense. C’est à dire que pour une fois, le doute ne profitera pas à l’accusé.

Jean-Yves Le Garrec