Les Britanniques sont amenés à voter le 23 juin sur leur maintien dans l’UE. Les analystes s’affrontent pour statuer si un possible Brexit serait favorable à la Suisse. Pourtant ils ne mettent pas ce scénario en relation avec le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership). C’est ce que nous allons faire ici.

Indépendamment du Brexit, l’acceptation ou non du TTIP, qui en gros peut se traduire en une fusion économique, voire politique entre les USA et l’UE, engendrerait plusieurs scénarios pour la Suisse :

1. Acceptation du TTIP : une monnaie unique issue de la fusion du Dollar et de l’Euro. Cela va simplifier les échanges pour les grosses PME suisses. En effet, cette nouvelle monnaie provoquerait des économies d’échelle au niveau des exportations : plus besoin de se soucier de différence entre taux de change CHF/€ et CHF/$.

2. Rejet du TTIP mais acceptation du Brexit : ces deux mouvements de rejet d’une intégration plus forte pourraient signifier la fin de l’Eurozone, car ces deux victoires des souverainistes donneraient des ailes à leur argument pour un retour aux monnaies nationales. Cela signifierait pour un temps également la fin de la pression des Américains pour nous imposer leur TTIP. Cet instrument orwellien de contrôle économique va faire monter de manière exponentiel le ras-le bol « populaire » face à toujours plus de mondialisation ultralibérale avec la poussée des partis souverainistes dans plusieurs pays européens, qui s’est traduite aux dernières élections européennes par leur relatives victoires.

Celui qui nous intéresse ici est le UKIP de Nigel Farage, parti souverainiste, à tort présenté par l’oligarchie bruxelloise comme extrémiste. Cet orateur tonitruant dénonce cette même oligarchie qui défend les intérêts du monde la finance qui impose des politiques économiques quasi dictatoriales aux peuples européens. Ces politiques permettent d’engranger de plus hauts bénéfices pour les marchés financiers.
D’ailleurs en cas de Brexit, des représentants de la City de Londres ont menacé de délocaliser leurs établissements bancaires à Paris ou Francfort.

Conséquences socio-économiques du Brexit pour la Suisse

A première vue, la Suisse trouverait un allié de poids en la Grande-Bretagne si elle quittait l’UE, car le Brexit aiderait la Suisse pour un accord sur les services financiers, si importants pour l’économie helvétique. Ainsi, les deux pays pourraient unir leurs forces pour négocier sur le domaine bancaire.

L’autre conséquence du Brexit, du moins pour les PME helvétiques axées marché intérieur ou à valeurs traditionnelles ainsi que pour une légère majorité de la population, serait l’adoption d’un protectionnisme. En effet, le Brexit allié au poids des forces souverainistes européennes et helvétiques imposera un protectionnisme européen que ce soit au niveau de l’immigration, donc moins d’immigrés d’Amérique latine ou au niveau économique : moins d’importations qui cassent les prix du marché et condamnent des agriculteurs de l’UE et de Suisse à la faillite (poulets brésiliens, soja argentin, etc.).

Pourtant ces diminutions des exportations latino-américaines ne vont pas influencer la classe moyenne latino-américaine, car ces exportations d’Amérique latine profitent surtout, étant donné la mécanisation poussée, aux grands actionnaires et comités de direction des multinationales de l’agrobusiness d’Amérique latine et non au petits producteurs, de chocolat notamment, qui essayent de se frayer une place sur le marché suisse.

Si grâce à l’impulsion du Brexit, l’UE se transforme en une zone de libre-échange (ce qu’elle était au départ), la pression aux délocalisations décroît donc des emplois sont rapatriés en Suisse, le taux de chômage décroit également.

Effets négatifs du Brexit sur la Suisse

Pourtant beaucoup d’analystes estiment que le Brexit serait une catastrophe pour notre pays. Les accords bilatéraux mis à mal après le vote du 9 février 2014 et les essais de Berne de rassurer Bruxelles à cet égard en offrant des concessions sur d’autres dossiers ne trouveront plus grâce aux yeux de l’UE en cas de Brexit car l’UE aura d’autres priorités.

L’Union à la sauce ultralibérale, déjà mise à mal par les partis souverainistes, extrémistes et anti-austérités (comme Podemos) risque de se voir porter le coup de grâce en cas de Brexit. Elle devra donc colmater la brèche. D’autant plus que la question de l’indépendance de l’Écosse sera remise sur la table. Comme le souligne un ex-ministre travailliste, « [l]’UE va serrer les rangs et sera plus intransigeante avec les demandes d’autres pays membres pour éviter toute contagion. Et a fortiori avec un pays non-membre. »

Il est donc faux de dire que le Brexit augmenterait le pouvoir de négociation de la Suisse au sujet des bilatérales en s’alliant à la Grande-Bretagne, tout simplement car ce sont deux pays très différents. De plus l’argument qui estime que Bruxelles diminuerait ses contraintes réglementaires à la suite d’un Brexit ne tient pas non plus car cela au contraire permettrait à l’UE de les renforcer en n’ayant plus de pays récalcitrants à l’approfondissement de son intégration. De ce fait, la Suisse se verrait imposer dans ces négociations des réglementations encore plus difficiles.

En résumé, les deux scénarios contiennent leurs lots d’avantages et d’inconvénients. Mais une chose est sûre deux forces s’affrontent : les ultralibéraux (TTIP, Bruxelles) et les protectionnistes (volonté populaire suisse, UKIP, etc.) : vu le poids politique, économique et culturel du Royaume-Uni dans le monde, l’issu du vote du 23 juin dans ce pays pourrait initier la fin de l’une ou l’autre des deux forces.

 Pedro Sanchez

1) https://www.letemps.ch/economie/2016/04/04/un-brexit-pourrait-favorable-suisse

2) http://www.tdg.ch/monde/oui-brexit-serait-mauvais-suisse/story/16418643

3) http://www.bilan.ch/cenni-najy/impact-brexit-pourrait-suisse-stop-aux-speculations-hasardeuses