Ivan Duque, le choix de la confrontation

Ivan Duque, le choix de la confrontation

En ordonnant la militarisation du pays, le président Ivan Duque a coupé court aux discussions entamées avec le Comité national de grève.

Lundi soir, alors que la Colombie espérait des avancées en matière de négociations entre le Comité national de grève et le gouvernement colombien, le président Ivan Duque a coupé court à l’attente en ordonnant la militarisation du pays. Invoquant les pertes économiques engendrées par les barrages, il a décrété «le déploiement de toute la Force publique pour débloquer toutes les voies de communication».

Le président s’est aussi justifié par le fait que les barrages mettaient en péril l’alimentation et l’accès aux services de santé, mais pas une seule fois il n’a fait allusion aux violences documentées depuis le début de la grève générale et perpétrées par la force publique. Pas une seule fois non plus a-t-il mentionné l’existence sur de nombreux points de blocage de corridors humanitaires.

«Guerre à la grève»

Le Comité de grève a immédiatement condamné cette décision qui stoppe net des négociations à peine esquissées depuis dimanche 16 mai: «Le président déclare la guerre à la grève.»
Pourtant, à l’ouverture de la rencontre dimanche, le Comité, fort de sa légitimité avec un soutien populaire de 70%, avait fait connaître une liste de dix-neuf points posant ses conditions aux négociations.

Pour en comprendre les enjeux, il faut rappeler quelques points essentiels: le Comité demandait le retrait de l’armée et des anti-émeutes des lieux de manifestation, et l’ordre de ne pas utiliser d’armes anti-émeutes pouvant entrainer la mort. Il était demandé au président Duque, en tant que chef d’Etat et commandant des forces armées, qu’il condamne explicitement les abus commis au cours des trois dernières semaines par la force publique et dénoncés par la communauté internationale, et qu’il s’engage à ce que les auteurs soient dûment sanctionnés. Un autre point demandait aux autorités de ne plus tenir de propos stigmatisant les manifestant·es comme autant de «délinquants», et de «terroristes».

Les demandes avaient aussi d’autres destinataires: ces milliers de jeunes qui sont victimes de violences, viols, disparitions forcées et assassinats, notamment dans le sud-ouest du pays comme à Cali, Buga, Jamundi, et qui avaient déclaré ne pas se sentir représenté·es par le Comité de grève. Avec ce document le Comité montrait, bien au contraire, qu’il considérait les garanties à leurs mobilisations comme autant de conditions préalables aux négociations portant sur l’agenda plus économique et législatif daté du 3 mai. A tous ces points s’articulaient une série de mesures permettant un monitoring international, notamment une visite de la Cour interaméricaine des droits de l’homme.

Etat en position de faiblesse

Les institutions qui exercent le contrôle de l’Etat – parquet, défenseur du peuple et procureur de la fonction publique – étant gravement discréditées à la suite de la nomination, à leur tête, de personnes proches du président Duque et de l’uribisme, il était aussi demandé la création d’un parquet spécial destiné à juger plus impartialement les exactions commises durant la grève générale.

Cela n’aura pas lieu.

Durant la nuit ayant suivi l’annonce de la militarisation du pays, de nombreuses villes et localités plus rurales ont connu des confrontations entre manifestants et police, dont Yumbo, banlieue industrielle de Cali, touchée par plusieurs explosions, et où il y a eu deux morts et plus de trente blessés. Dans le Huila, la mairie de La Plata, a été incendiée, tandis que la capitale régionale, Neiva, a vu plusieurs institutions ciblées par les protestataires. Au matin, de nombreux barrages étaient en place: dans le sud-ouest de Bogotá, au terminal de transport «Las Américas», tandis qu’une mobilisation de plusieurs milliers d’Amérindien·nes arrivait à Medellin. A l’aube, on signalait quatorze points de blocages à Cali, et une vingtaine pour toute la région du Valle.

Une nouvelle journée de mobilisation est prévue ce mercredi 19 mai à travers tout le pays.

Laurence Mazure

https://lecourrier.ch

Des manifestations massives ont à nouveau eu lieu en Colombie mercredi, à la veille de négociations avec le gouvernement pour trouver une issue à la crise sociale initiée le 28 avril et avivée par la répression policière.

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Bogota, Cali, Medellin et d’autres villes pour exiger des politiques plus solidaires face à la crise économique, aggravée par la pandémie de Covid-19.

Cette nouvelle journée de mobilisation a précédé une réunion prévue jeudi, la troisième entre le gouvernement et le Comité national de grève, initiateur du mouvement, sans en représenter tous les secteurs.

La crise a éclaté contre un projet de hausse des impôts, depuis retiré, mais a été attisée par les violences qui ont fait au moins 42 morts, pour la plupart civils, et plus de 1700 blessés, selon les autorités.

Les premières conversations s’étaient tenues en début de semaine. Mais les parties restent divisées quant aux excès des forces de l’ordre, dénoncés par plusieurs pays, l’ONU, l’Union européenne, ainsi que des ONG internationales et locales.

Le président Ivan Duque a promis la gratuité des frais à l’entrée dans les universités publiques pour les plus modestes, et des facilités de crédits au logement pour les jeunes. Mais il se refuse à admettre une répression généralisée et s’est limité à condamner des «cas» isolés d’abus policiers, tout en dénonçant le «vandalisme» et les barrages routiers, causes de destructions et de pertes économiques importantes, surtout dans le sud-ouest du pays.

Et les manifestations se succèdent presque chaque jour, alors que le pays traverse une 3e vague de pandémie, avec déjà plus de trois millions de cas, dont près de 83’000 décès.

Son prédécesseur et Prix Nobel de la paix, Juan Manuel Santos, a appelé le gouvernement à assumer les excès des forces de l’ordre. «Nous avons besoin de davantage de gestes, nous avons besoin que les différentes parties montrent plus d’empathie et plus d’humilité, que l’État admette +Nous avons commis des abus+”, a-t-il déclaré à W Radio.

Copa America

Le gouvernement «prolonge les négociations, en ignorant les propositions et la clameur du peuple, et en plus il l’attaque», a déclaré à l’AFP Viviana Clemente, une commerçante de 41 ans qui manifestait à Bogota.

Le ministre de la Défense, Diego Molano, devra répondre devant le Congrès pour les morts et ses «omissions à ce poste», a estimé le leader syndical Francisco Maltés, favorable à une motion de censure prévue le 25 mai.

Le chef de l’État «parie sur l’usure de la protestation (…) Il se trompe!», a tweeté pour sa part la leader étudiante Jennifer Pedraza.

La crise s’est étendue au football, alors que la Colombie doit accueillir la Copa América dans moins d’un mois conjointement avec l’Argentine, des supporteurs dénonçant «la coupe de sang» devant le stade El Campin, à Bogota.

AFP

A propos de l'auteur

Facebook