Le président brésilien a multiplié paroles et actes de défiance envers le ministre français des affaires étrangères pour affirmer son indépendance vis-à-vis de Paris.

A la diplomatie, Jair Bolsonaro préfère la provocation, mais à la confrontation, le chef d’Etat brésilien privilégie l’humiliation de l’adversaire.

Lundi 29 juillet, quelques minutes après avoir annulé « pour des raisons d’agenda » une rencontre avec le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, actuellement en tournée en Amérique latine, le président d’extrême droite s’est affiché sur les réseaux sociaux en train de se faire couper les cheveux, plongeant le Quai d’Orsay dans la stupéfaction.

« Le président [Bolsonaro] commence à travailler à 4 heures du matin et termine à minuit. Il faut bien qu’il trouve le temps de se couper les cheveux entre 4 heures du matin et minuit », a affirmé un porte-parole du gouvernement en guise d’explication.

L’empressement du chef de l’Etat à soigner sa raie sur le côté ne doit rien au hasard. En s’affichant publiquement chez le coiffeur plutôt qu’aux côtés d’un des poids lourds du gouvernement français, Jair Bolsonaro affirme autant son souverainisme que son mépris envers le discours moralisateur de Paris vis-à-vis de l’environnement.

 « La soumission n’existe plus »

Un peu plus tôt dans la journée, le président brésilien avait déjà évoqué la rencontre prévue avec le chef de la diplomatie française en des termes peu amènes, parlant d’un entretien avec « le premier ministre français, si je ne me trompe pas, pour traiter de problèmes tels que l’environnement ». Irrité et comminatoire, il avait ajouté : « Il ne devra pas me manquer de respect. Il devra comprendre que le gouvernement au Brésil a changé. La soumission des précédents chefs d’Etat envers le premier monde n’existe plus. »

Jean-Yves Le Drian

Jair Bolsonaro a peu goûté de se faire tancer lors du G20 d’Osaka (Japon), en juin. Le président français, Emmanuel Macron, lui avait fait jurer de respecter l’accord de Paris signé en 2015, faisant de cet engagement une condition sine qua non de la conclusion du traité de libre-échange entre les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) et l’Union européenne.

Depuis, Jair Bolsonaro semble avoir oublié sa promesse, indifférent, voire complaisant envers les acteurs de crimes environnementaux. Selon les estimations de l’Institut de recherches spatiales, fondées sur des images satellites, quelque 6 352 km2 de forêt auraient été détruits au Brésil depuis son investiture en janvier, l’équivalent des deux tiers de la Corse.

Plus proche de Washington que de Paris

Le Brésilien serait-il prêt à torpiller un juteux accord commercial pour quelques minutes de panache devant son électorat d’extrême droite ? Certains de ses partenaires, comme l’Argentine, le redoutent. « Buenos Aires a très peur de la posture de Jair Bolsonaro. Le président ne semble pas prendre la mesure des risques réels de son attitude », estime Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas, à Sao Paulo.

Fanfaron, Jair Bolsonaro se serait aussi, par sa « coupe de cheveux fatale », fermé d’autres portes avec Paris, estime le politiste Mathias Alencastro. « La France a une longue histoire de pragmatisme dans ses relations internationales, écrit-il dans le quotidien Folha de Sao Paulo, mardi 30 juillet. Elle a rarement hésité à collaborer avec des régimes autoritaires au Moyen-Orient ou en Afrique subsaharienne pour garantir ses intérêts stratégiques. La visite de l’ex-socialiste Jean-Yves Le Drian avait toutes les allures d’une tentative d’alliance entre deux gouvernements idéologiquement antagonistes. (…) Mais, devant un comportement si nihiliste, la France n’aura d’autre choix que de renoncer à se rapprocher du Brésil. »

Le Brésil de Jair Bolsonaro semble, de fait, peu préoccupé de séduire Paris, privilégiant un rapprochement avec les Etats-Unis de Donald Trump. Mardi, tandis que le chef de l’Etat qualifiait de « balivernes » le rapport sur les victimes de la dictature militaire (1964-1985), la presse brésilienne signalait que le pays avait envoyé l’un de ses diplomates à la treizième conférence internationale sur le changement climatique organisée à Washington le 25 juillet par l’Institut Heartland, présentée comme une réunion de pontes niant le réchauffement climatique.

Après ce rendez-vous manqué, Jean-Yves Le Drian a gardé le « calme des vieilles troupes », tout en « entendant le message » adressé à la France, indique une source proche du ministre. La France n’est pas pressée de ratifier le traité UE-Mercosur, a-t-il signalé.

Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)

https://www.lemonde.fr