Mercredi, le Haut Commissariat a publié un document final dénonçant l’usage de la force par les autorités contre les manifestants.

 L’ONU est «très préoccupée» par le décret de l’Assemblée constitutionnelle vénézuélienne qui prévoit des procès pour «trahison» contre les opposants. Le Haut commissaire aux droits de l’homme a estimé mercredi à Genève que la démocratie était «à peine en vie, si elle existe encore» dans ce pays.

L’annonce de la nouvelle Assemblée constitue «des charges extrêmement sérieuses», a affirmé devant la presse Zeid Raad al-Hussein. «Quelles que soient les mesures prises, elles doivent scrupuleusement être en ligne avec les standards des droits de l’homme», a-t-il insisté. Il va continuer de suivre la situation.

Érosion de la démocratie

Contrairement au président français Emmanuel Macron, il se refuse d’évoquer clairement une «dictature». Mais il constate «une érosion de la vie démocratique» depuis l’arrivée au pouvoir du président Nicolas Maduro. Il déplore par ailleurs les menaces d’intervention militaire lancées par le président américain Donald Trump, contraires à la Charte de l’ONU.

M. Zeid va demander au Conseil des droits de l’homme, qui se réunira dans une dizaine de jours pour trois semaines à Genève, d’agir «pour éviter que la situation n’empire» encore. A lui de choisir s’il préfère un mécanisme de surveillance ou une Commission d’enquête indépendante.

Plusieurs centaines de personnes détenues

M. Zeid n’a pu encore discuter avec la procureure générale en exil Luisa Ortega qui souhaite s’entretenir avec lui. «C’est quelqu’un avec qui nous devons parler», a-t-il affirmé. Mais il souhaite aussi maintenir un dialogue avec le gouvernement qui n’a pas répondu au rapport de son bureau sur les violations des droits de l’homme entre avril et fin juillet.

Mercredi, le Haut Commissariat a publié un document final qui revient sur les conclusions présentées début août. Il avait alors dénoncé l’usage excessif de la force par les autorités contre les manifestants et des mauvais traitements qui peuvent équivaloir parfois à de la torture.

Selon des chiffres actualisés, près de 730 personnes ont été traduites devant la justice militaire et près de 830 sont toujours détenues ou victimes de restrictions. Et des chiffres mentionnés par la société civile évoquent près de 160 tués dans les violences.

La Constituante accuse des opposants de trahison

Accusés d’avoir encouragé les sanctions américaines, les opposants à Maduro pourraient être jugés pour trahison.

 L’Assemblée constituante vénézuélienne a décidé mardi de faire traduire en justice pour «trahison» les opposants qui ont, selon elle, encouragé les sanctions financières des Etats-Unis annoncées vendredi contre le pays. Les membres de cette institution qui détient les pleins pouvoirs étaient réunis en session à Caracas.

Ils ont approuvé un décret ouvrant la voie à «un procès historique pour trahison de la patrie contre ceux qui ont encouragé ces actions immorales contre les intérêts du peuple vénézuélien». Le texte ne mentionne aucun nom mais les intervenants ont accusé l’opposition, et plus particulièrement le président du Parlement, Julio Borges, et son vice-président Freddy Guevara.

L’Assemblée a demandé aux services de l’Etat d’ouvrir immédiatement des enquêtes pour déterminer la responsabilité des accusés.

Le président socialiste Nicolas Maduro avait accusé vendredi Julio Borges d’avoir fait du «lobbyisme» pour les sanctions américaines lors de voyages à l’étranger et avait réclamé qu’il soit jugé, ainsi que d’autres dirigeants de l’opposition, pour «trahison de la patrie». Le code pénal vénézuélien prévoit une peine de 20 à 30 ans de prison pour crime de trahison.

Le Parlement est la seule institution vénézuélienne contrôlée par l’opposition. L’Assemblée constituante s’est attribué l’essentiel de ses pouvoirs.

nxp/ats