Les chances de voir se tenir le référendum visant à destituer le président Nicolas Maduro s’amenuisent au Venezuela.

Les opposants au président Nicolas Maduro ont défilé mercredi 27 juillet au Venezuela, dont un millier à Caracas, pour exiger l’organisation du référendum visant à destituer Nicolas Maduro, une consultation dont les chances de succès s’amenuisent.

Au lendemain de l’annonce par le Conseil national électoral (CNE) du report au 1er août de sa décision sur la validité du référendum, initialement attendue mardi, un millier d’antichavistes (du nom de l’ex-président Hugo Chavez, 1999-2013) sont descendus dans les rues de la capitale en direction du siège du CNE.

Mais quelque 200 policiers leur ont barré la route dans le calme, tandis que les manifestants équipés de drapeaux scandaient «le référendum, maintenant!».

«La patience du peuple est à bout»

«Les gens refusent la violence, mais s’il n’y a pas de solution tout peut arriver. La patience du peuple est à bout», a déclaré Henrique Capriles, un des leaders de l’opposition, alors que le processus complexe pour aboutir au référendum s’éternise.

«Comme le gouvernement est désespéré et craint la consultation populaire, il utilisera toutes les ruses» pour éviter cette consultation, a abondé le président du Parlement, où l’opposition est majoritaire, Henry Ramos Allup.

Malgré un taux de mécontentement élevé (7 Vénézuéliens sur 10 réprouvent la gestion du président), la mobilisation semble limitée par l’imposant déploiement policier et les soucis quotidiens pour trouver de la nourriture.

Le CNE accusé de favoriser le gouvernement

Le président Maduro, élu en 2013 jusqu’en 2019, fait face à un Parlement contrôlé par une coalition de centre droit, la Table de l’unité démocratique (MUD), depuis les élections législatives de décembre 2015.

Pour la MUD, il est crucial que ce scrutin ait lieu avant le 10 janvier 2017, car si M. Maduro est révoqué avant cette date, il y aura des élections anticipées. Si la consultation se déroule après et si le président vénézuélien la perd, il pourra désigner son vice-président pour le remplacer.

Afin de déclencher la consultation, près de deux millions de signatures ont été collectées, mais seules 1,3 million ont été validées par le CNE et au moins 200’000 signataires devaient confirmer leur choix, en personne, fin juin. C’est sur ce point précis que doit se prononcer le CNE, accusé par l’opposition de favoriser le gouvernement.

Maduro dépose une action pour fraude

«Je suis prête à révoquer ce président. Nous n’avons pas de nourriture et nous manquons de tout», a déclaré Tania Pérez, une femme au foyer qui a défilé en faveur du référendum.

Le déroulement de cette manifestation était observé à la loupe : mardi, le CNE a rappelé qu’il suspendrait le processus à tout moment «en cas d’altération de l’ordre public».

Nicolas Maduro lui-même a déposé une action pour fraude devant le Tribunal suprême de justice (TSJ), que l’opposition accuse également de servir le gouvernement. Au total, environ 8’600 recours ont été déposés devant le parquet et le TSJ.

Grave crise économique

En outre, le camp du gouvernement a demandé au CNE l’invalidation du parti qui rassemble l’opposition, accusant la MUD de «fraudes» pendant la collecte des premières signatures en faveur du référendum.

«L’argument pour invalider la MUD ne tient pas, mais en tant que stratégie politique pour faire durer le processus du référendum, il peut servir le chavisme», a déclaré à l’AFP Eugenio Martinez, un expert en matière d’élections.

Pour le constitutionnaliste José Ignacio Hernandez, la demande du gouvernement de rendre illégal le parti de l’opposition peut être «un écran de fumée ou un coup dur porté au référendum».

Le Venezuela, autrefois riche producteur de pétrole dont il dispose des plus grandes réserves du monde, est plongé dans une grave crise économique avec la chute des cours du brut, qui lui rapporte 96% de ses devises.

Le processus de destitution de Maduro reporté

Le Conseil électoral du Venezuela ajourne sine die sa décision d’étape dans le processus de destitution de Maduro.

Le conseil national électoral (CNE) du Venezuela examinera la possible tenue d’un référendum anti-Maduro à partir de lundi prochain, alors que l’opposition, dont le gouvernement demande l’interdiction pour fraude, attendait initialement sa décision pour ce mardi. Le communiqué du CNE ne précise pas quand l’organisme rendra sa décision.

Elu en 2013 jusqu’en 2019, le chef de l’Etat socialiste fait face à un Parlement contrôlé par une coalition de centre droit, la Table de l’unité démocratique (MUD), depuis les élections législatives de décembre 2015. Depuis, ces antichavistes (du nom de l’ex-président Hugo Chavez, 1999-2013) ont exigé la tenue d’un référendum contre le Nicolas Maduro avant fin 2016.

Pour cela, l’opposition a enclenché un processus long et complexe prévu par la loi.

Processus

Après avoir recueilli près de deux millions de signatures, dont seules 1,3 million ont été validées par le Conseil national électoral (CNE), au moins 200’000 signataires devaient confirmer leur choix, en personne, fin juin.

C’est sur ce point précis que doit se prononcer le CNE, organisme que l’opposition accuse d’être contrôlé par le gouvernement.

En cas de feu vert de l’autorité électorale, il faudra encore quatre millions de signatures pour pouvoir convoquer le référendum lui-même. Pour destituer le chef de l’Etat, le «oui» devra dépasser le score de Nicolas Maduro à la présidentielle de 2013 (7,5 millions de voix).

Accusé de favoriser le gouvernement

La MUD espérait que le CNE authentifierait mardi ces 200’000 signatures, après un audit qui a duré près d’un mois. Certaine d’avoir les signatures nécessaires, la MUD a déjà appelé à manifester mercredi à Caracas.

Le CNE, accusé de favoriser le gouvernement par l’opposition, a affirmé qu’il «ne céderait pas aux pressions» et rappelé sa menace de suspendre le processus «en cas d’altération de l’ordre public».

Un porte-parole de Nicolas Maduro a également demandé au CNE que la coalition Table de l’unité démocratique (MUD) soit considérée illégale, l’accusant d’avoir fraudé pour le recueil des signatures.

Annuler la coalition ?

«Nous sommes venus demander l’annulation de l’enregistrement du parti politique appelé Table de l’unité démocratique (MUD), pour avoir participé à la plus grande fraude électorale qu’ait connue l’histoire du pays», a annoncé Jorge Rodríguez, délégué par Nicolas Maduro pour surveiller le processus.

Selon le porte-parole, le parti MUD aurait fourni des milliers de signatures de personnes décédées, de mineurs et de détenus.

Nicolas Maduro lui-même a déposé une action pour fraude devant le Tribunal suprême de justice (TSJ), que l’opposition accuse également de servir le gouvernement. Au total, environ 8.600 recours ont été déposés devant le parquet et le TSJ.

Crucial calendrier

Pour l’opposition, il est crucial que le référendum ait lieu avant le 10 janvier 2017, car si Nicolas Maduro est révoqué avant cette date, il y aura des élections anticipées. Si, au contraire, la consultation se tient après et si le président vénézuélien la perd, il pourrait désigner son vice-président pour le remplacer.

Le pays, dont l’économie s’est effondrée avec la chute du pétrole, est en ébullition. Pillages et lynchages se font plus nombreux, les habitants sont las d’une pénurie qui frappe 80% des aliments, d’une criminalité en hausse et de la pire inflation au monde (180,9% en 2015).

La situation est telle que le gouvernement a décrété mardi, dans le cadre d’un «état d’urgence économique» instauré mi-janvier, que les entreprises publiques et privées devront fournir à l’Etat, s’il le demande, la main d’oeuvre requise pour «renforcer la production» agroalimentaire.

Pour le gouvernement, ce référendum, s’il a lieu, ne pourra pas se tenir cette année, car les délais légaux ne le permettent pas. «En 2016, il n’y aura pas de référendum. En 2017, au rythme où l’on va, il n’y en aura pas non plus au Venezuela», a lancé mardi le numéro deux du régime chaviste, Diosdado Cabello.

64% contre Maduro

Selon un sondage de l’institut Venebarometro, 64% des Vénézuéliens voteraient pour le départ du président.

«Le référendum est une opportunité et il faut la saisir», assure Edgar Garcia, un électricien de 48 ans prêt à signer, alors qu’il fait la queue pour acheter des aliments.

Selon le constitutionnaliste José Ignacio Hernandez, le référendum pourrait se tenir en décembre ou, au plus tard, début janvier, mais «tout dépend de la volonté du CNE».

Si cet organisme «fait durer les choses, la conflictualité sociale augmentera et les seules voies qui resteront seront celle de la protestation et de la pression internationale», ajoute cet expert.

Empêcher le référendum «reviendrait à délégitimer un héritage très important du chavisme. Chavez s’est toujours exposé à la décision du peuple», a réagi Luis Almagro, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA). En 2004, le référendum contre l’ex-président Hugo Chavez fut un échec.

afp/nxp