La paix ? Le plus vieux mot du monde, comme un mantra magique qui viendrait de la nuit des temps. Un mot qui se répéterait chaque minute depuis que l’homme est homme. Une espèce de prière paienne puis religieuse ou un conte pour enfants afin qu’ils s’endorment. Un mot multiplié à l’infini pour conjurer le mauvais sort. Un mot, jusqu’à l’écoeurement, une nausée, à en vomir jusqu’à l’ultime vérité. On ne prend même plus le temps de mourir, de dire une dernière phrase pour la postérité ou juste appeler sa maman.

Non, on meurt d’un coup en une seconde, sans voir ni penser. On était un, on est plus rien. On était un corps, on est un petit tas de bouillie rouge. On était un être humain, on est une ombre sanglante à jamais gravée dans le sol.

Mais l’homme est-il fait pour la paix ? Ou la paix est-elle faite pour l’homme ? Ou seulement pour un Dieu ou un autre ? L’homme n’est que guerre. Et depuis qu’il se tient debout, il tue pour gagner un bout de quelque chose ou pour défendre son bout de quelque chose. A coups de pierres, puis de gourdins, puis vint le fer et l’acier, le mousqueton et le canon, la fronde et le missile. Du corps à corps au téléguidage anonyme.

De la guerre du feu à la guerre en dentelles, du château fort et ses douves aux tranchées boueuses. Des millions de morts et puis soudainement une poignée de mains… La guerre est finie, on devient amis dix minutes après s’être étripés. Comment y croire ? La paix ne serait-elle qu’une page de pub entre deux guerres ?

Et pourtant la paix sera l’ultime religion ou nous n’aurons pas assez de tous les océans pour noyer nos yeux de larmes salées le jour où il sera trop tard.

Je ne sais pas prier ni me mettre à genoux, ou me prosterner sur un tapis, ou me balancer devant un mur, mais je sais écrire quelques mots et le plus beau est malheureusement le seul que personne ne sait ou ne veut lire. La paix !

Jean Yves Le garrec