La scolaritude

La scolaritude

Le fait de passer d’une scolarité gratuite et universelle à un bien de consommation courant et individuel. Le savoir enseigné doit se plier à des parents qui ne tolèrent pas l’échec de leur enfant ne pouvant être dû qu’à un enseignement mal adapté ou à des maitres et maitresses médiocres.

Le sachant devient un sachet qui doit infuser un savoir individuel et non plus général. Chaque élève étant devenu un consommateur de ce savoir, il en veut pour son cerveau unique et prioritaire sur l’autre qui réclame d’ailleurs la même chose et ainsi de suite

Le savoir devrait être insipide et sans odeur pour ne pas développer un être libre mais une continuité de son milieu familial. La tolérance étant devenue une faiblesse, la scolaritude se devra de renforcer la différence de chaque élève. Ainsi chaque élève sera formé à son unique point de vue qui ne pourrait être mauvais puisque c’est le sien.

La scolarité était, est, fort heureusement, mais pour combien de temps encore, un creuset, un enseignement universel et un savoir général pouvant être débattu démocratiquement par l’utilisation d’une réflexion, personnelle,  intelligible ou fondée ou apprise. Et le cas échéant une poignée de mains pacifique d’un respect mutuel pour sceller un désaccord.

Notons que la réflexion personnelle qui jadis était encouragée comme une émancipation de l’esprit est vouée maintenant aux gémonies, de nos jours, la réflexion personnelle est devenue l’expression égoïste de sa propre pensée, rarement innée mais surtout dépendante de son milieu ambiant.

La scolaritude obéit à d’autres codes souvent non démocratique où le débat n’est qu’un empilement de savoirs personnels ce qui en ferait une vérité absolue pour chaque intervenant ne pouvant souffrir d’une autre approche intellectuelle ni d’un argument contradictoire. Ce qui rend le débat impossible et la poignée de main pouvant devenir un bon coup de poing dans la tronche.

D’ailleurs en scolaritude de plus en plus de parents se foutent pas mal d’un savoir universel, ils exigent pour leur enfant qu’il sache lire écrire et compter et le cerveau non embarrassé d’une réflexion non utile ou critique qu’ils jugent même comme infamante parfois ou simplement non conforme à leurs propres critères éducatifs.

En effet quel intérêt de comprendre l’autre que de toute façon il est hors de question de fréquenter. Donc si par obligation l’enfant pourra être assis à côté dans la classe, dans ce souci encore permanent d’une scolarité universelle, il ne serait être question de fréquenter le même dans l’espace libre d’une cour d’école par exemple.

Cette liberté de s’enfermer dans son entre-soi est le comble de la déviance de notre société démocratique.

La scolaritude c’est nier le vivre éducatif ensemble, permettre à chaque différence sa réponse et une solution unique à chacun et non envisager la véritable compréhension de l’autre par le dialogue et la bienveillance. De plus les parents veillent à ce que rien ne vienne troubler leur propre vision et donc celle de leurs enfants.

La scolarité ferment du vivre ensemble pour des citoyens épanouis dans une société complexe mais tolérante se meurt et pas que sur les coups du butoir religieux, sur celui aussi d’une démocratie qui maintenant est taillée au millimètre pour chaque cas particulier. Et non plus dans une compréhension collective mais suivant l’air et la mode du jour.

La scolaritude est l’acte de décès final de la scolarité libre, critique, laïque, constructive d’un citoyen éclairé. La scolaritude qui nous envahit c’est l’apprentissage vulgaire et dramatique pour le futur, de chacun dans le rejet de l’autre.

Jean-Yves Le Garrec

A propos de l'auteur

Jean-Yves le Garrec

Journaliste et chroniqueur.

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