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Le leurre et les agents du leurre

Le leurre et les agents du leurre

Nous sommes dans une période de dupe politique et sociétale. Changement de paradigme pensions-nous ou juste remise à jour des compteurs anciens. Un habile coup de peinture verte sur la crasse noire du monde d’avant. Oui et non sans doute. Et que peut signifier, monde d’avant? Et d’avant quoi?

D’avant la révolution industrielle et le pétrole, d’avant l’ère du tout voiture, de la clim dans les pays du Nord, de la bouffe créée en usine, des élevages sans air pur, ni pâturage, ni soleil, juste des cages aveugles?

D’avant la transformation du paysan en prolétaire et du prolétaire en chômeur? D’avant le petit salaire à la grande finance qui brasse des milliards et donc des pays pauvres aux multinationales dont le chiffre d’affaires est l’équivalent du PIB d’un ou de plusieurs pays?

Qui aurait envie de revenir à ces temps d’avant qui n’étaient que guerres et désolation, quand la jeunesse servait de chair à canons, génération après génération? Alors dés le 8 mai 1945, commencèrent les années folles de la montée de la consommation puis de la surconsommation.

Ou juste d’avant la pandémie? Pandémie qui vint sonner le glas de toutes ces dérives, enfin, pourrait-on dire, à condition de ne pas repartir avec une nouvelle consommation «plus vertueuse» comme cela semble se dessiner.

Donc, d’avant l’épidémie car le premier confinement début 2020 nous a permis de goûter le silence des rues sans voitures, de sentir un air presque pur, d’entendre des chants d’oiseaux… Et c’était la première depuis combien de temps, depuis le 8 mai 1945, justement.

Le vice caché des confinements, ce pourrait-être ou serait donc les déconfinements. Cette ruée irrépressible vers la consommation, de tout et de rien, juste comme si la liberté retrouvée devait forcément se matérialiser en consommation, en embouteillages, en boulimie de vêtements, de bouffe et parfois de beuverie.

Alors que nous ne manquions de rien dans nos demeures, nous avions à manger, nous n’étions pas nus, une fois la porte ouverte, nous sommes devenus des cannibales. Alors que beaucoup se sont dit, mes armoires sont pleines, ma nourriture n’est pas vraiment saine, ma voiture à l’air con de ne pas rouler tandis que mon vélo me remonte le moral, en trente seconde, du jour au lendemain, en voiture direction le supermarché.

Comme si le summum de la relation humaine dont nous nous plaignions de l’avoir perdue pendant le confinement se trouvait dans ces môles marchands où les gens se côtoient par milliers sans jamais s’adresser la parole. Une catharsis par le vide en quelque sorte qui en dit long sur le sens de la famille et le vivre avec.

L’impression que la vraie vie de famille se passe en faisant longuement les courses et où manger dans un fast food en serait le point d’orgue. Puis chacun dans sa bulle numérique se retrouve à la maison dans cette vie familiale où les interactions humaines sont réduites au minimum.

Mais une chose est restée qui maintenant s’amplifie, la livraison à domicile. Avec l’émergence d’un nouveau lumpenprolétariat qui pédale, pédale… A suivre

A propos de l'auteur

Jean-Yves le Garrec

Journaliste et chroniqueur.

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