Le nouvel en pire

Le nouvel en pire

Il fut un temps, pas si lointain, quelques années tout au plus, où chaque crise d’importance, devenait la plus grave jamais connue depuis parfois un siècle. Ainsi la crise financière de 2008 devint la plus grave depuis celle de 1929.

Nous étions dans le régime sémantique du plus grave, comme les famines en Afrique, quelques guerres, inondations ou tempêtes gigantesques, jusqu’au tsunami de Bali qui devint le plus meurtrier, le plus dévastateur, donc le plus grave, depuis très très longtemps.

Mais du pire nous ne parlions pas, ni l’entendions, ni le lisions, comme s’il fallait conjurer le mauvais sort, ne point devenir un oiseau de mauvais augure dans ce monde en souffrance.

Et puis surtout, nous pensions le pire définitivement derrière nous. Nous ne pouvions aller que vers le meilleur et nous y sommes allés gaiement. Avions-nous tort, avions-nous raison, je ne sais, sans doute un peu des deux mais cette balance n’existe plus, rien ne sert désormais de s’en plaindre.

Parce que le genre humain est ainsi fait, il veut toujours plus et forcément un jour, le plus devient le trop. Alors, peut-être, comme un exorcisme, nous pensions, face aux évènements, le plus grave….

Mais voilà, l’en pire est revenu et sûrement pour longtemps.

Ainsi la famine au Yemen est devenue la pire jamais connue. Le Liban connait la pire crise financière depuis deux cent ans au moins pour ce pays. L ‘Allemagne, la Belgique, les pires inondations jamais vues depuis les plus graves, il n’y a pas si longtemps.

Nous nous étions sans doute installés dans un confortable divan des plus graves à la chaine mais le pire maintenant nous réveille. Parce que ce nouvel en pire est aussi synonyme d’un ultime avertissement, car le pire du pire ne saurait exister, une espèce de néant ou de retour aux cavernes.

Alors oui, le fait que pour la première fois, l’Amazonie rejette du CO2 au lieu de l’absorber, est la pire des nouvelles. Comme nous assistons à la pire fonte des pôles et banquises, couplée à la pire disparition des glaciers. La pire disparition de la biodiversité, faune, flore, avec en ligne de mire, les abeilles.

Et si avec cette pandémie nous n’affrontons pas la pire en terme de mortalité, la suivante, peut-être, et ce n’est pas souhaitable, le sera sans doute.

Sur ce, vaccinés ou pas, je n’ai pas à prendre partie, prenez soin de vous, protégez-vous et protéger les autres. Bonnes vacances.

A propos de l'auteur

Jean-Yves le Garrec

Journaliste et chroniqueur.

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