Dans la démocratie suisse, il existe un concept en politique qui, sans être exclusif, s’applique dans toute sa dimension et qui est celui du «Peuple Souverain».

La démocratie directe suisse est la base fondamentale de l’existence de ce pays. Elle est la fierté d’un petit pays montagneux qui a réussi à créer ce mode de gouvernement, le plus ouvert et participatif qui puisse exister dans le monde. Le citoyen a sa voix et son vote sur la plupart des questions importantes du pays. Le Conseil Fédéral, l’exécutif helvétique, qu’il le veuille ou non, est obligé de respecter le résultat des votations. Comme ce fatidique 9 Février dans lequel une petite majorité (50,33%) du peuple suisse avait voté pour l’initiative de l’UDC relative à la limitation de l’émigration, causant ainsi un psychodrame avec l’Union européenne étant donné que la libre circulation des personnes était remise en cause.

Le peuple peut être souverain mais cela ne signifie pas qu’il ne puisse pas se tromper. Seuls les imbéciles ne supportent pas qu’ils puissent se tromper et changer d’avis sur la base de nouveaux éléments.

Ce dimanche, la dite et mal nommée Union démocratique du Centre  a subi une défaite qui lui sera très difficile d’expliquer. Cette fois, l’extrémisme a été trop loin dans ses idées. Utilisant la mauvaise foi, la manipulation et le mensonge, l’UDC avait réussi à gagner les dernières votations relatives à son sujet préféré: celui des étrangers, des émigrants et des réfugiés, comme s’il était possible de geler le pays entre ses montagnes et de l’isoler du reste du monde et de ses réalités tant du point de vue politiques qu’économiques.

En poursuivant avec ce rêve de construire une Suisse pure, l’extrême droite n’a pas hésité à remettre en question les fondements intrinsèques de la démocratie, dont l’un d’entre eux est l’Etat de Droit, en essayant de court-circuiter le Parlement qui est actuellemenz en pleine élaboration de la loi de 2010 «pour le renvoi des étrangers criminels» niant ainsi les premières compétences aux juges et en instaurant un régime qui est en contradiction avec le Droit national.

Pour l’extrême droite en Suisse, qui représente 27% du corps électoral, la fin justifie les moyens et si, pour parvenir à mettre en œuvre leurs politiques xénophobes et radicales, elle doit passer au-dessus de l’Etat de Droit, les lois ou la plupart de la population, n’hésitent pas à le faire, même si après ils essayent de se défendre avec le discours sur la preservation des «valeurs» de la Suisse.

Cette fois-ci, l’UDC a commis une grave erreur. On ne doit pas impunément attaquer les institutions du pays et pour le coup, la contradiction est flagrante. D’une part, l’extrême droite se revendique comme étant l’incarnation des valeurs suisses et d’autre part, elle propose de dynamiter le cœur institutionnel du pays.

Le dimanche 28 Février, le peuple suisse a dit STOP à l’exagération et à l’extrémisme d’un parti qui, au cours de ces dernières années, n’a pas cessé d’endommager l’image de la Suisse à travers le monde, en traitant les immigrants et leurs familles comme des criminels, mettant l’économie en danger et en essayant d’isoler le pays du reste du monde avec un discours plein de haine et d’aveuglement par rapport aux étrangers, quand nous savons pertinemment que ces derniers sont l’un des principaux acteurs de la réussite économique du pays.

L’Etat de Droit fut sauvé du discours fallacieux de l’extrême droite et désormais, le pays respire soulagé et conscient que, pour la première fois dans son histoire, la société civile s’est mobilisée en masse pour éviter une nouvelle catastrophe. Au moins, il n’y aura pas un nouvel élément qui viendra s’ajouter aux négociations extrêmement difficiles avec l’Union Européenne pour appliquer cette initiative du 9 février qui oblige le Gouvernement Fédéral à trouver un moyen de limiter sensiblement l’émigration, sans que cela signifie une coupure avec l’Union européenne, qui n’accepte pas de se questionner sur le dogme de la libre circulation, qui est de plus en plus affaibli, à cause des crises des migrations qui affectent l’ensemble du continent.

Nous pouvons conclure qu’en Suisse le peuple est, et continue à être, le garant fiable de l’intégrité des institutions et du bon fonctionnement démocratique. Seulement avec un débat approfondi et l’engagement de l’ensemble de la société, on pourra démasquer les mensonges et les omissions qui empêchent la libre formation de l’opinion.

Vu l’échec fracassant de son initiative, il est d’espérer que cette obsession que l’UDC éprouve envers les étrangers se calme et qu’il puisse faire une rétrospection honnête afin d’évaluer tous les dégâts qu’ils sont en train de causer au pays avec leurs positions anachroniques, anti-démocratiques et fondamentalistes.

Après ce dimanche lumineux et plein d’enseignements pour la démocratie suisse, il faut s’attendre à que l’UDC se rende compte qu’elle ne pourra jamais construire une Suisse mythique  qui n’existe que dans les histoires de Heidi, mais que le pays s’inscrit dans un contexte moderne des nations, que les économies sont interalliées et que la mondialisation, cela nous plaise ou pas, est un fait ! Et même si cela fait mal à certains, la grande majorité du peuple suisse aspire à avoir un pays ouvert, solidaire, garant des droits humains et fier de ses institutions et de son système politique qui est unique dans le monde.

Alfonso Vásquez Unternahrer

Traduit de l’ESP vers le FR par Lourdes BARROS-BELTRAN