La Cour suprême du Venezuela a demandé à l’Assemblée constituante la levée de l’immunité parlementaire de l’opposant Guaido.

 La Cour suprême du Venezuela, contrôlée par le régime du président chaviste Nicolas Maduro, a demandé lundi la levée de l’immunité parlementaire du chef de file de l’opposition Juan Guaido, un rebondissement aux conséquences imprévisibles dans un pays plongé dans le chaos.
Maduro change de ministre de l’Energie

Nicolas Maduro a changé lundi de ministre de l’Energie, au moment où le pays est paralysé par une série de coupures massives de courant qui ont poussé le gouvernement à rationner l’électricité. «J’ai décidé de nommer un travailleur de l’industrie électrique avec 25 ans d’expérience, un ingénieur qui a eu de nombreuses responsabilités (…) Igor Gavidia Leon», a déclaré sur les médias officiels le chef de l’Etat, qui limoge ainsi le général à la retraite Luis Motta Dominguez, en poste depuis août 2015.

Dans un arrêt rendu public lundi, la plus haute juridiction vénézuélienne «ordonne la remise de cette décision au président de l’Assemblée nationale constituante afin de lever l’immunité parlementaire» de Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays.

La Cour suprême et l’Assemblée constituante sont jugées comme acquises au pouvoir en place par l’opposition, tous leurs membres ayant été désignés par le chavisme, du nom du défunt Hugo Chavez (président de 1999 à 2013).

Pannes de courant à répétition

Il est reproché à Juan Guaido, qui est le président du Parlement vénézuélien contrôlé par l’opposition, de ne pas avoir respecté une interdiction de sortie du territoire. L’opposant de centre-droit de 35 ans avait bravé cette décision prise le 29 janvier par la Cour suprême en quittant clandestinement le pays pour effectuer une tournée en Colombie voisine, au Brésil, au Paraguay, en Argentine et en Equateur, de fin février à début mars.

Ce rebondissement intervient alors que Nicolas Maduro et son principal opposant se disputent le pouvoir depuis le début de l’année dans un Venezuela sous tension à cause des pannes de courant à répétition et où l’eau courante manque cruellement.

Si la décision de la Cour suprême pourrait, en théorie, aboutir à la présentation devant la justice ordinaire de Juan Guaido, il est difficile d’anticiper ses conséquences concrètes dans ce pays où personne ne reconnaît la légitimité de personne.

Ces dernières semaines, plusieurs sanctions du pouvoir vénézuélien ont visé le chef de file de l’opposition. Jeudi, le Contrôleur général de la République, Elvis Amoroso, chargé de veiller à la transparence de l’administration au Venezuela, l’a déclaré inéligible pour 15 ans. Selon M. Amoroso, jugé proche du pouvoir en place, l’opposant n’a pas justifié, dans ses déclarations de patrimoine, certaines dépenses réalisées au Venezuela et à l’étranger avec des fonds provenant d’autres pays.

Sanction jugée illégale

La sanction de jeudi a été jugée illégale par Juan Guaido et «ridicule» par Washington. Les Etats-Unis ont déjà mis en garde Caracas à plusieurs reprises contre toute représaille à l’encontre de celui qu’ils considèrent comme le chef de l’Etat légitime du Venezuela.
Visé par une enquête préliminaire, notamment pour «des actions ayant porté atteinte à la paix de la République», le chef du Parlement avait été soumis le 29 janvier à une «interdiction de sortir du pays sans autorisation jusqu’à la fin de l’enquête» et un «gel de (ses) comptes bancaires», avait annoncé le président de la Cour suprême, Maikel Moreno.

Alors que de nombreux Vénézuéliens sont descendus dans la rue, bravant la répression de la police et des groupes armés proches du pouvoir, pour exprimer leur exaspération en tapant sur des casseroles, les autorités ont décrété dimanche un rationnement de l’électricité pour 30 jours, la suspension des cours dans les écoles et la réduction de la journée de travail.

«Attaques terroristes»

Les coupures sont dues à des «attaques terroristes» dans le cadre d’une «guerre électrique déclenchée pour rendre fou le pays», a de nouveau accusé le président Maduro. Ce sont ces sabotages qui, selon lui, affectent la centrale hydroélectrique de Guri, qui fournit au Venezuela 80% de son électricité.

L’opposition et des experts du secteur estiment que ces coupures de courant à répétition sont dues au manque d’investissements dans les infrastructures. Outre les coupures d’électricité, le Venezuela souffre de graves pénuries de toutes sortes, que Nicolas Maduro attribue aux sanctions financières imposées par Washington. Selon l’ONU, près d’un quart des 30 millions de Vénézuéliens ont besoin d’une aide humanitaire «urgente».
Le 23 janvier, à la surprise générale, Juan Guaido, président du Parlement, unique institution aux mains de l’opposition, s’est déclaré président par intérim du Venezuela. Plus d’une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis l’ont reconnu comme tel, estimant illégitime le deuxième mandat de Nicolas Maduro après des élections considérées comme frauduleuses. M. Maduro, qui dénonce une tentative de coup d’Etat orchestrée par l’opposition avec le soutien de Washington, est soutenu par la Russie et la Chine.

8027229 b4c72d1e 416b 11e9 ac94 5143332cb3fa 1 1000x625La panne géante d’électricité se prolongeait dans la nuit de mardi à mercredi au Venezuela. Nicolas Maduro l’impute à des «terroristes».

Escalade verbale au Venezuela: des «terroristes» ont provoqué la nouvelle panne de courant, d’après le président Nicolas Maduro, et l’arrivée de militaires russes dans le pays représente une «ingérence à la souveraineté nationale», a lancé le Parlement présidé par l’opposant Juan Guaido.

Alors que ce pays aux réserves pétrolières les plus importantes de la planète se remettait à peine de la première mégapanne du 7 au 14 mars, il était à nouveau à l’arrêt depuis lundi après-midi. Ce qui a contraint le gouvernement à prolonger jusqu’à mercredi soir la fermeture des établissements éducatifs et des administrations.

Nicolas Maduro a dénoncé sur Twitter un «incendie de grande envergure» visant la centrale de Guri (sud), qui fournit environ 80% de l’électricité du Venezuela (30 millions d’habitants), et provoqué selon lui par des «terroristes» afin de «déstabiliser» son gouvernement.

Son ministre de la Communication Jorge Rodriguez a diffusé sur le même réseau social des photos et des vidéos d’installations électriques en proie aux flammes.

Une version officielle rejetée par Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis: «Il n’y a aucune explication sensée, crédible (…), ce n’est plus une cyber-attaque ou une impulsion électromagnétique, à présent c’est un sabotage, alors que l’armée garde chacune des installations électriques», a-t-il lancé à la tribune de l’Assemblée nationale, seule institution contrôlée par l’opposition.

A Caracas et dans de nombreuses villes du pays, les rues étaient en grande partie vides et les magasins fermés. Dans la capitale, de très rares bus circulaient et les stations de métro étaient fermées, a constaté l’AFP.

21 Etats touchés sur 23

«C’est une vraie catastrophe, une crise humanitaire, ici on râcle les fonds de tiroir», s’est plaint Noé de Souza, 36 ans, patron d’une des rares boulangeries ouvertes de la capitale, qui se pressait d’écouler son pain en promotion.

La panne a débuté lundi à 13H20 (17H20 GMT) à Caracas, mégalopole de cinq millions d’habitants soudainement privés d’eau, de transports publics, de téléphones et d’internet, et de terminaux bancaires, vitaux dans un pays où l’argent liquide est rare en raison de l’hyperinflation. Elle touchait mardi 21 des 23 Etats du pays, selon des utilisateurs des réseaux sociaux faisant état de la situation chez eux. Le gouvernement ne communique pas sur l’ampleur de la panne.

Les pannes d’électricité sont fréquentes ces dernières années dans le pays pétrolier, jadis le plus prospère d’Amérique du Sud, et le gouvernement les attribue systématiquement à des sabotages de la part de l’opposition ou des attaques extérieures.

Cette nouvelle panne est un coup dur pour l’économie vénézuélienne, en crise profonde. Celle de début mars avait notamment paralysé l’activité portuaire du pays, cruciale pour ses exportations de pétrole, et créé une situation chaotique dans les établissements de soins, seule la moitié des hôpitaux du pays étant équipés de générateurs. Les écoles et les administrations étaient restées fermées pendant sept jours.

Deux avions russes

Outre le manque de courant, la présence de troupes russes sur le sol vénézuélien électrise aussi le climat politique. «Il semble que (le gouvernement de Nicolas Maduro) n’ait pas confiance en ses propres militaires, car il les fait venir de l’étranger (…) Ils violent à nouveau la Constitution», s’est élevé Juan Guaido devant l’Assemblée.

La majorité parlementaire «a rejeté à l’unanimité la présence de militaires russes au Venezuela (…), qualifiée d’ingérence à la souveraineté nationale qui viole la Constitution de manière flagrante», a ensuite indiqué l’institution dans un communiqué. Selon la loi, le Parlement a son mot à dire pour toute mission militaire étrangère sur le sol vénézuélien.

La Russie «est en train de renforcer sa coopération avec le Venezuela en accord avec la Constitution de ce pays et dans le cadre de la loi», avait expliqué un peu plus tôt la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova.

Pour cela, deux avions russes transportant une centaine de militaires et 35 tonnes de matériel sont arrivés à Caracas, avait annoncé dimanche l’agence russe Sputnik. Ce qui a donné lieu à une passe d’armes lundi entre Washington et Moscou.

Le groupe de Lima, composé de 13 pays latino-américains et du Canada, a fait part de sa «préoccupation» concernant la présence de troupes russes, et «condamné toute provocation». A Washington, le vice-président américain Mike Pence doit recevoir mercredi à 14H00 GMT Fabiana Rosales de Guaido, l’épouse de M. Guaido, selon la délégation de celui-ci aux Etats-Unis.

nxp/afp