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Le vingt et unième siècle ne sera pas spirituel mais toujours sacrificiel

Le vingt et unième siècle ne sera pas spirituel mais toujours sacrificiel

Malraux avait écris que le xxi° siècle serait religieux ou ne serait pas. Or si le religieux semble nous assaillir, nous noyer, nous polluer de sa morale pudibonde et parfois destructrice, ce n’est pour  élever les esprits. Il tente de nous enfermer dans une espèce de hamac ressassé des temps anciens où chaque sexe étant à sa place, chacune ou chacun se prosterne.

Le xxi° siècle n’est pas religieux et encore moins spirituel parce que le religieux emprisonne les corps et les esprits dans ses filets qui transpirent de cette odeur rance, mélange de poissons pourris, de sang séché, de corps émasculés et d’esprits putréfiés par la parole qui se veut divine alors qu’elle n’est que rouerie et bassesse.

Le religieux a troqué le spirituel pour le sacrificiel. Au nom du religieux, nous mettrons tous genoux à terre, intelligence en berne et sens critique émoussé comme une vieille lame rouillée. Il ne suffit plus de croire, il faut respecter et craindre une croyance dogmatique, étouffante, castratrice, promulguée par des illuminés ou des prophètes, dont certains furent ou sont sincères mais la plupart furent et sont toujours des carnassiers qui se repaissent de la tendre chair offerte… Souvent en sacrifice.

Et nulle religion n’échappe à son funeste destin car la foi a des raisons que le cœur ignore.

Malraux vivait à cette époque, pas si lointaine, quand l’homme était l’entité sociale, la femme, l’entité ménagère, l’enfant l’entité négligé. Cette époque qui considérait le droit de vote accordé aux femmes comme étant l’ultime étape de sa libération. Et un compte en banque à son nom, pour qu’elle puisse travailler et nourrir quelques bouches conçues dans le péché. La société libérale qui dirige le monde sait toujours trouver des petits accommodements pour ne perdre aucune miette de la misère humaine.

Malraux vivait à cette époque quand l’homosexualité des hommes ou des femmes semblait l’apanage de quelques artistes et d’écrivains et d’écrivaines, qu’il était quand même de bon ton d’inviter dans les cercles des élites avancées, modernes, si loin des railleries présumées du peuple. Et peu importe que l’enfant fut au menu de certains fauves, il écrit si bien…

Malraux vivait à cette époque ou le religieux détournait son regard comme tout ce beau monde détournait le sien, la morale était sauve, l’honneur intact et puis, il n’y avait que de l’amour, n’est-il pas? C’est une des raisons qui fait que le religieux n’est plus spirituel depuis longtemps mais bien sacrificiel. Du sacrifice des peuples autochtones des pays colonisés aux sacrifices des enfants dans toutes les maison d’accueil dirigées par le religieux.

Si le religieux était spirituel, il ne se battrait pas entre divers courants, divers prophètes, divers Dieux. Chaque religion veut sacrifier l’autre ou les autres et devenir ainsi seule dans sa gouvernance et rejoindre l’autre unique invention politique dont le règne longtemps contesté, triomphe maintenant sur toute la planète, le capitalisme, qu’il soit pour certaines consciences social libéral ou pour les plus cupides strictement financier.

Or si, parfois, le religieux essaie de temporiser les excès les plus voyants du capitalisme, il faut bien se rendre compte de cette évidence, le principe même du capitalisme, qui est quand même l’exploitation de l’homme par l’homme, n’est jamais remis en cause.

Là encore, le spirituel devient sacrificiel et sanctifie le règne des puissances d’argent sur les forçats, les soutiers en cale du navire monde.

Malraux pourrait avoir raison si effectivement le religieux, comme compagnon du capitalisme, se contente d’affirmer sa morale propre. Mais de quel religieux, parlons-nous alors? D’un religieux désincarné, sans âme ni spiritualité, sans aucun doute dans mon esprit. Non, nous ne vivons pas des temps spirituels mais bien sacrificiels et la pandémie qui nous ronge actuellement en est la dernière expression.

Il suffit de regarder certains leaders ou ex leaders de grands pays religieux comme l’Inde, le Brésil, les USA, il y a encore peu, sacrifier des pans entiers de leur peuple pour sauver un bout de cette économie capitalistique et gage de leur pouvoir. Peut-être, je dis bien peut-être, qu’aux USA, un petit bout de spirituel démocratique a fait surface.

Parce que le religieux est une vision dictatoriale là ou le spirituel est liberté et ouverture.

A propos de l'auteur

Jean-Yves le Garrec

Journaliste et chroniqueur.

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