Parfois il n’y a de sujet plus débattu que celui de la démocratie, étant donné que son développement est un processus historique toujours inachevé. Cependant en Amérique Latine, où depuis les années 90 tous les pays sont des régimes démocratiques liberaux, le sujet souffre de symptômes paradoxaux; plus la démocratie se consolide pire vivent les gens.

La démocratie en tant que problème n’est pas une nouveauté, car elle est inhérente à la contradiction entre capitalisme et démocratie, entre inégalité et égalité politique, qui a caractérisé l’histoire pas seulement du débat sur la démocratie mais aussi sa réalisation.

Toutefois s’interroger sur le problème de la démocratie c’est chercher la relation entre régime politique et les formes de domination qui ont développé les classes dominantes tout au long d’un processus historique déterminé. En réalité, il s’agit d’interpréter la démocratie comme une pratique plurielle d’exercice et de contrôle du pouvoir dont la caractéristique essentielle réside dans la croissance pas seulement des espaces institutionnels de représentation (c’est le cas d’une panne électorale) mais aussi des mécanismes de participation, d’intégration, de contrainte et négociation qui se créent pour répondre et satisfaire les demandes sociales, politiques, économiques et culturelles de la société.

Il y a déjà quelques années, en Amérique Latine certaines affirmations, voire même découlant des secteurs de la gauche progressiste, que la gauche de notre continent n’a jamais été conséquente avec la démocratie puisque sous l’influence du marxisme a fourni une vision instrumentale de la démocratie, et qu’elle serait à l’heure actuelle sa rénovation idéologique (à savoir l’abandon du marxisme), qu’elle aurait conquis la vertu de voir la démocratie comme un objectif en soi. Mais si elle a caractérisé en quelque chose le marxisme depuis ses origines, c’est l’identification de la démocratie avec l’émancipation humaine, comme finalité en perpétuel devenir qui pour se réaliser exige, comme condition et comme développement, l’égalité sociale.

Un peu d’histoire : libéralisme, progressisme et démocratie.

Le libéralisme, en qualité de projet politique de la bourgeoisie, n’est pas né comme doctrine démocratique, vu qu’entre l’un et l’autre il y a un déphasage temporel de plus d’un siècle et demi.

L’Etat libéral (formation d’un gouvernement par élection, parlement et division des pouvoirs) n’a pas vu le jour en tant qu’Etat démocratique. La démocratie est apparue comme problème historique quand elle est devenue évidente la contradiction entre le discours universaliste du libéralisme avec la véritable inégalité sociale, celle que la bourgeoisie n’a pas attaqué avec son émancipation politique et qu’en outre a reproduit sous de nouvelles conditions en se convertissant en classe dominante. En effet, lorsque la bourgeoisie libérale a commencé a faire face au problème de la démocratie ne l’a pas fait en tant que but en lui-même, mais plutôt en tant qu’instrument politique pour régulariser la participation des classes sociales qui faisaient pression pour avoir un pouvoir décisionnel sur les affaires publiques.

Nous devons rappeler que le libéralisme politique progressiste a été depuis le XIX siècle un phénomène éminemment intellectuel des secteurs moyens, dépositaires convaincus des principes libertaires et égalitaires du Siècle des lumières, sensibles à l’exploitation et inégalité capitalistes qui restèrent orphelines grâce aux processus de conscience, organisation et lutte indépendante de la classe ouvrière.

Les régressions actuelles renforcent donc les confusions théoriques qu’on est en train d’engendrer en Amérique Latine par rapport à la guidance économique, ce qui explique l’effroi de la plupart de la pensée critique face à ce libéralisme acéré dont la substance conservatrice apparaît dans cette critique comme perversion inexplicable. Le triomphe libéral ou néolibéral c’est un fait politique, sans les mains invisibles indigènes ou foraines la globalisation c’est l’idéologisation de l’impérialisme convertie en réalisme politique et économique.
Les idées conservatrices de ce néolibéralisme ont été produites plusieurs décennies avant qu’elles se transforment en idéologie dominante, par les intellectuels institutionnels du capitalisme qui avaient bien clair à l’esprit que la période de l’Etat du « Bien-être » était un « moment d’anomalie » du capitalisme, un mal nécessaire dans la conjoncture du moment, et que cependant une nouvelle crise cyclique aurait occasionné des facteurs économiques qui auraient entravé une issue efficace de la même.

Les bons élèves.

A partir de ces pages quelques collègues journalistes ont mis en évidence les attitudes économiques néoliberales des pays aux gouvernements progressistes comme c’est le cas du Brésil, du Chili et d’Uruguay.

L’histoire nous a démontré ses va-et-vient et aujourd’hui nous pouvons affirmer que la réalité des démocraties progressistes présuppose à l’heure actuelle une action politique limitée et exclusive. Vu qu’à présent la démocratie est déclamée formellement pour établir le consensus qui légitime l’ordre transnational. Raison pour laquelle, dans l’actuel modèle de globalisation, la démocratie aujourd’hui est marginale par rapport au projet néoconservateur pour ce qui est du politique et du néolibéral et de l’économique.

En réalité, la démocratie joue un rôle secondaire dans l’articulation du modèle transnational.

Il est donc facile de conclure que nous assistons en vérité à la mise en place d’un modèle de globalisation dangereux. Qui plus est, dans les forums internationaux on est en train de négocier toute une nouvelle génération d’accords et de traités dont le plus diffusé par la publicité ces derniers temps est celui du TISA qui ont comme inspiration commune la conception néolibérale du libre commerce, interprétée de la façon plus antidémocratique que l’on puisse connaître.

La leçon essentielle à retenir de tout cela c’est que le projet transnational cherche à redéfinir un nouveau pacte social dans lequel la démocratie n’a pas d’espace, sauf pour exercer un plus grand degré de contrôle social et politique sur les grandes majorités exclues et marginalisées par rapport aux bénéfices du progrès. Les nouvelles élites de gestion, des secteurs financiers spéculatifs et administrateurs des transnationales convertis dans la nouvelle bourgeoisie proposent les nouvelles règles du jeu dans le casino de la globalisation et de la modernité. Le réel problème de nos démocraties continue d’être la définition de sa finalité et la portée de son contenu. Sans cette considération, n’importe quelle proposition de développement serait vouée à l’échec, hormis si c’est pour garantir le pouvoir des classes dominantes par la superexploitation, la marginalisation, la contrainte et l’exclusion des gens qui configurent nos peuples.

Si auparavant le sous-développement et le retard étaient considérés comme une entrave pour la démocratie, la nouvelle interprétation de la démocratie rend compatible exploitation, sous-développement et pauvreté avec la démocratie globalisée. A l’heure actuelle l’on estime que seulement avec un dualisme des sociétés contemporaines il sera possible d’atteindre le progrès, d’autre part comme on vient d’analyser un progrès pas du tout subordonné à l’ordre démocratique. De telle sorte que la démocratie est transformée dans un outil technique auquel on fait recours pour pouvoir faire fonctionner l’autorité de l’Etat. Une autorité qui est fondée sur la tyrannie de la démocratie de l’Etat, mal définie gouvernance démocratique. La démocratie s’avère valable seulement lorsque politiquement, socialement, économiquement et culturellement donne des réponses aux grandes demandes et apporte des solutions aux problèmes des gens. La gauche a succombé à ces pratiques à cause de ses propres faiblesses conceptuelles, à savoir celle de ne pas comprendre la différence existant entre être une « gauche » dans le système ou la « gauche » du système.

Mais aussi car elle a succombé à la coercition de la droite qui sanctionna comme blocus à la démocratie tout ce qui n’impliquait pas un consensus autour de ses propres intérêts, en même temps qu’elle menait à bon fin des cooptations élitistes moyennant les privilèges, auxquelles furent sensibles nombre de politiciens de la gauche, et des exemples dans ce sens-là il y en aurait trop. Les démocraties progressistes des « bons élèves » de la globalisation continuent de marcher sur le feu couvert des cendres traîtresses.
Elles se sont tellement délivrées à la fortune globalisée …..qu’elles oublient même leur propre histoire.

Ecrit par Eduardo CAMIN
Chef de la Rédaction Internationale de « Hebdolatino »

Traduit par Maria Antonietta SIRTE