Chaque dictateur est un sauveur de la patrie. Cette auto-affirmation messianique est ce qui justifie toute tentative afin de perpétuer au sein du pouvoir.

Lui seul peut sauver la patrie de ses ennemis internes et externes. Seulement lui, peut sauver la patrie de ses ennemis internes et externes et seul lui sait aussi ce que les gens veulent et de dont ils ont besoin. La frontière entre la sphère privée et publique disparaît. Le caudillo a ce sentiment profond que la Nation lui appartient et c’est pourquoi toute opposition ou toute critique lui est si insupportable. Comment osent-ils critiquer s’il fait tout ce qui est nécessaire pour la patrie? La patrie lui appartient et seul lui peut faire ce qui est nécessaire pour que le pays avance. Aveugle à toute crise ou désir populaire, seule sa vision est ce qui compte.

Cette maladie a gangrené toute l’histoire et la vie politique de l’Amérique latine. C’est un virus qui attaque autant la gauche que la droite. Les symptômes sont les mêmes. Se sentir irremplaçable !!!

Les caudillos sont enracinés dans le pouvoir et n’en sortent que morts ou expulsés par la colère populaire, car … il n’y a pas de mal qui dure cent ans!

Le culte de la personnalité vient de ce besoin pathologique d’être flatté, reconnu mais, comme personne qui ne gouverne seul, de perpétuer les intérêts fondamentaux du pouvoir, de maintenir à tout prix les privilèges de la classe dirigeante et soumettant le peuple en utilisant le « Terrorisme d’Etat ». Le caudillo (chef militaire) exige soumission et obéissance, d’où le pourquoi les exigences populaires de la démocratie et de la liberté lui sont insupportables.

Le dictateur fera tout son possible pour dissimuler sa dictature dans une «pseudo démocratie», comme ce fut le cas au Brésil dans les années 70 et 80 ou encore, dans la Turquie d’Erdoğan ou même encore, dans la Russie de Poutine.

L’Amérique latine n’a pas réussi à découvrir un vaccin contre ce mal. Qu’ils soient de droite ou de gauche, les caudillos inventent toutes sortes d’arguments pour essayer de changer la constitution pour qu’elle se perpétue au pouvoir, pour continuer leur groupe d’intérêts dans le commandement de l’État, en servant leurs propres intérêts et en soumettant toute la nation à leurs caprices.

La démocratie telle que nous la connaissons, principalement en Amérique latine, est utilisée et manipulée par différents groupes d’intérêts, qui tirent profit de l’analphabétisme politique de la grande majorité de la population, de la propagande, qui sème la peur et la terreur, d’exemples comparatifs insensés qui provoquent l’insécurité, et incite à l’individualisme exacerbé, à l’égoïsme social, à la protection de la « propriété privée» et principalement à la leur, à la défense des « valeurs morales de la civilisation ».

La démocratie libérale et bourgeoise c’est transformée en la Grande Prostituée qui s’incline devant ceux qui payent le plus. Elle ouvre les jambes à la corruption généralisée, elle embrasse le cynisme et l’hypocrisie, elle se tait face à la destruction de la nation ou à la confiscation des richesses par une minorité criminelle qui ne pense qu’à ses intérêts personnels, éloignés de la misère et de la violence, comme si ce n’était pas leur problème, comme s’ils n’étaient pas la cause mais, plutôt les victimes de l’effondrement social.

La corruption, l’incompétence et le dogmatisme n’ont pas de couleur politique. Nous trouvons dans les mort au Nicaragua, dans la super inflation du Venezuela, dans le retour de l’Argentine au FMI, dans le cynisme criminel de Santiago du Chili en appliquant la loi antiterroriste à l’encontre de peuple Mapuche afin de satisfaire les intérêts des grands propriétaires terriens et des multinationales.

Autonomie populaire

La seule solution pour lutter contre ce virus mortel de la société est celle de l’autonomie populaire et la démocratie directe. L’organisation autonome et indépendante de la société afin de se protéger contre les prédateurs déguisés comme les sauveurs de la Patrie. Le seul sauveur de la Patrie est le peuple souverain qui est organisé depuis la base. L’Amérique latine doit penser à se développer et à le faire dans toute sa diversité sans perdre plus de temps à se défendre contre les multinationales, les hommes d’affaires et les politiciens immoraux et corrompus.

L’éducation politique démarre dans les associations de quartier, dans les clubs, dans les syndicats, dans les organisations populaires qui défendent les intérêts de la population. Les partis politiques sont devenus des capteurs d’argent et de véritables mafias qui contrôlent le pays par le biais d’alliances qui, souvent, sont contre nature.

La démocratie libérale que nous connaissons doit être soigneusement analysée et transformée afin de continuer à ne pas encourager les symptômes de Stockholm qui fait que les citoyens continuent de voter pour ceux qui les exploitent, pour que les pauvres ne continuent à voter pour ces millionnaires qui leur mentent et les dépouillent en leur vendant la Chimère d’une société libre, où le citoyen cesse d’exister et devient un consommateur, où les droits disparaissent et se transforment en produits, où la constitution cesse d’exister et est remplacée par les lois du marché, où le vote est manipulé et acheté pour perpétuer un système d’exploitation. Et ne pensez pas que ce type de problème ne se produit que dans les pays censés être de droite. Nous ne devons pas oublier que la réforme que Daniel Ortega avait retirée, en raison de la pression populaire, avait été indiquée par le FMI. Cela dit, il reste une question : « Dans quelle mesure et jusqu’à quel point, le mouvement sandiniste a échoué dans sa réforme socialiste et populaire qu’il a dû faire recours au plus grand représentant du capitalisme international ? »

Lorsque les peuples latino-américains élimineront les caudillos et les sauveurs de la Patrie, qu’ils commenceront à s’organiser en formant des structures autonomes de défense populaire et contrôleront l’Etat «démocratiquement» élu par une instance indépendante de la société civile, ils pourront alors créer une société libre, plurinationale, solidaire et fraternelle, en sauvant des milliers d’années d’histoire qui constituent notre continent ; où les peuples autochtones auront leur place légitime et les politiciens prendront conscience qu’ils sont au service de la Patrie et que ce n’est pas cette dernière qui est à leur service.

Parce que le vieil adage des années 70 « Le peuple uni ne sera jamais vaincu » est toujours en vigueur et continue aussi de secouer les vieux dirigeants et les sauveurs du pays, qui se retrouvent généralement dans les poubelles de l’Histoire

Alfonso Vásquez Untenahrer

 Traduit de l’ESP au FR par Lourdes BARROS-BELTRAN