Le film équatorien qui a rompu le silence au Festival «FILMAR en América Latina» à Genève.

Le réalisateur équatorien Javier Andrade semble avoir parié de “rompre avec la tradition” et le résultat est efficace dans son film «Mejor no hablar (de ciertas cosas)» [Mieux vaut ne pas parler (de certaines choses)].
Grâce à sa présence au Festival Filmar, le film ne laissera aucun spectateur indifférent. Habitués aux projections andines, où le calme et la résignation semble imposées par les conditions froides et rudes des montagnes dans les pays d’Amérique du Sud, «Mejor no hablar» semble plutôt une invitation à parler (hablar).
Dans les feuilletons (telenovelas) Latino, la plus haute aspiration de la fille pauvre (et protagoniste) est de se marier en voile et couronne, dans une somptueuse église, malgré sa pauvreté, son manque d’éducation et ses défauts physiques; avec le plus beau, riche et grand homme d’affaires d’une famille importante. En revanche, les personnages du film de Javier Andrade, ne semblent pas communiquer en demi-teintes. Mais à travers d’un langage cru, ruptures de relations, des regards indiscrets, des vérités transmises à bout portant, des regards indiscrets, le sexe, les drogues, semblent nécessaires, une volonté omniprésente comme une envie angoissante de crier «Je suis humain,» résonnent dans les oreilles du spectateur du début à la fin.

La vie de deux frères? D’une famille? De deux familles? Lucia Paco y Pedrito en el concierto-400 D’un groupe de musique punk? D’un village? Porcelain horse (cheval de porcelaine, le titre anglais du film) communique aussi le matérialisme, parfois au détriment de l’importance que nous devons nous attribuer comme êtres humains.

Cela semble être le cas du père des frères Lucho et Paco, les protagonistes du film, qui avait interdit à ses fils de toucher ‘nement mentionné, comme s’il s’agissait d’un fruit interdit, donnant beaucoup plus de valeur à l’objet qu’à ses propres enfants, jusqu’au bord de l’abandon.

Actor Victor Arauz - Alias Lucho en Mejor no hablar-400Javier Andrade proclame que l’indifférence ou le rejet n’ont jamais été la meilleure solution aux problèmes que nous rencontrons dans la vie. C’est en partie ce que représente Lucho, qui dans son esprit de survie, a cherché la compagnie de l’alcool, du son sauvage de sa guitare et d’une certaine “tendresse artificielle” dans les bras fumants du crack, qu’il a consommé sans modération.

Paco, protégé par le masque du fils préféré, erreur commune entre plusieurs parents et qui peut être considéré comme la première forme de discrimination existante, semble conclure qu’«il vaut mieux ne pas parler de certaines choses» (le titre traduit du film). En fait … il est préférable de voir le film.

L’Équateur sort du placard

 

Andrés Crespo - Acteur- réalisateur producteur equatorienHebdolatino a eu l’occasion de rencontrer l’acteur équatorien Andres Crespo, qui joue un trafiquant de drogues froid, calculateur et impitoyable en «Mejor no hablar de ciertas cosas» il nous parle sur le premier baiser entre hommes dans un film équatorien et d’autres détails.
Hebdolatino: Le film a déjà été projeté en Équateur pouvez-vous nous dire de quel genre de production s’agit-il et l’acceptation que le film a eu dans ce pays?
Andrés Crespo: il y a eu une bonne recette pour un film équatorien, qui représente environ 70.000 spectateurs. Le film débute avec environ 25 copies distribuées dans tout le pays. Je dois dire que le film est basé sur une histoire vraie des années 80, celle d’une famille qui a contracté des dettes avec des narcotrafiquants. Ces faits sont connus du directeur qui a voulu les porter à l’écran.

Le film a été tourné dans la ville de Puerto Viejo, capitale de la province deManta mapa Manabí, ville emblématique, pour son étrange sens de l’honneur et de machisme et dans la ville de Manta, qui compte tenu de son taux élevé de narcotrafic, a compté jusqu’en 2007 avec une base américaine antistupéfiants.
La collecte de fonds pour la production a pris environ cinq ans. Nous avons atteint notre but grâce à l’appui de certains banquiers, membres de la famille du directeur. En plus, certains acteurs vivent leur première expérience dans ce domaine.

HL: Le film semble dénoncer une dure réalité sociale, quel genre de réaction il y a eu de la part du gouvernement?

Crespo: Il n’a pas vraiment eu de censure ou de réaction officielle, l’institut cinématographique de l’Equateur a soutenu le projet avec 60.000 dollars. Cependant, il y a eu une certaine adversité envers le langage, car même si il s’agit d’un vocabulaire utilisé par les Equatoriens, l’effet sur l’écran semble être d’une toute autre dimension, dû en particulier à l’intensité avec laquelle les choses sont dites dans le film.
Quelque chose qui peut paraître ridicule ici en Europe, mais je dois vous dire que c’est le premier film équatorien où deux hommes s’embrassent, parce que nous sommes «très catholique» en Equateur.

HL: Quelle était la réaction des gens pendant la scène du baiser, quand il existe en parallèle, une initiative qui permettrais le mariage entre personnes du même sexe?

Crespo: Il n’y a pas eu de réactions directes à la scène, mais je dois souligner qu’il y a un mouvement en faveur du mariage égalitaire. Certains acteurs l’ont soutenu en participant à des spots pour une campagne télévisée, qui vise à faciliter la compréhension, pour les raisons que j’ai mentionné précédemment.

HL: « Mejor no hablar » est nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger?

Actor Andrés Crespo  Sara Cereghetti- directrice FILMARCrespo: Le film a été nominé par le gouvernement de l’Équateur pour représenter le pays au festival, mais il n’a pas encore été nominé aux États-Unis. Il existe à ce niveau, une confusion en Équateur, ce qui a créé de fausses attentes. Il représente le pays et participe à une sélection d’environ 70 films. Le réalisateur a obtenu un financement pour faire un hall d’accueil à Hollywood afin d’obtenir plus de soutien.

Cette interview a été possible grâce au soutien de l’équipe de «FILMAR en América Latina». Nous remercions Sara Cereghetti, directeur du Festival et Florie Pingoud responsable de la communication.

Interview de Martin Montiel.