Objectifs climatiques mieux précisés

Objectifs climatiques mieux précisés

Les grandes entreprises affichent mieux leurs plans visant la neutralité carbone. Non sans critiques.

Ce qui motive principalement les dirigeants des multinationales à réduire leur empreinte climatique, c’est la pression des investisseurs, particulièrement s’ils sont importants.

Réchauffement

Les grandes entreprises affichent plus clairement leurs plans pour réduire leur empreinte climatique et se conformer aux objectifs de l’accord de Paris de 2015, qui prévoit de limiter le réchauffement de la planète à moins de deux degrés centigrades. Néanmoins, ces plans sont fréquemment jugés insuffisants par plusieurs organisations de défense des actionnaires.

UBS sur le banc

Aujourd’hui, UBS, qui s’affirme comme l’un des principaux gérants d’actifs durables au monde, tient son assemblée générale ordinaire. Actares, une association de défense de ces derniers, a affiché voici quelques jours son intention de saisir cette occasion pour l’interroger sur la compatibilité de sa stratégie d’entreprise avec l’ambition de limiter le réchauffement à 1,5 degré et entend exiger de sa part qu’elle établisse un plan doté d’un calendrier de mise en œuvre.

Deux autres banques ont déjà franchi le pas: Credit Suisse et Safra Sarasin (spécialisée dans la gestion de fortune) se sont engagées à établir des objectifs climatiques et à les respecter en adhérant au Science based Target (SBTi), un programme commun aux organisations internationales et au secteur privé visant à réduire l’empreinte carbone des entreprises. Pour Safra Sarasin, cette affaire est de l’histoire ancienne (2015), étant donné l’engagement de la banque dans la finance durable. Pour Credit Suisse, l’engagement est nettement plus récent car il remonte à février dernier.

Objectifs publiés

La publication des objectifs climatiques des entreprises figure parmi les exigences des organisations de défense des actionnaires. Ethos, la plus importante d’entre elles en Suisse, exige que ces derniers puissent se prononcer lors de l’assemblée annuelle de la même manière qu’ils le font sur les comptes, la décharge aux administrateurs et à l’emploi du bénéfice.

Cette exigence est comprise par un nombre croissant d’entreprises. Elles sont aujourd’hui 35 en Suisse à s’être engagées à réduire leur empreinte carbone. Parmi elles, 17 ont publié leurs objectifs. L’on y retrouve notamment Swisscom, Novartis, Syngenta, LafargeHolcim, Clariant et Emmi. La plupart d’entre elles se sont inscrites ces douze derniers mois. Le fait, par exemple, de se voir dénoncer par plusieurs ONG pour produire des pesticides considérés comme toxiques pour l’environnement (dans le cas de Syngenta) ou de voir l’un de ses sites d’exploitation être occupé par des activistes (dans le cas de LafargeHolcim au Mormont) n’exclut en effet pas que ces entreprises se soient engagées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Vote des actionnaires

«Les entreprises qui fixent des objectifs et les communiquent s’engagent par la suite à les tenir», explique Roger Said, codirecteur d’Actares à Berne. Néanmoins, ce système a une faille: les entreprises ne sont pas obligées de divulguer les informations relatives aux franchissements d’étapes. Aussi les organisations de défense des actionnaires cherchent-elles à les contraindre à inscrire cette publication à l’ordre du jour de leurs assemblées générales des actionnaires afin que ces derniers puissent en prendre connaissance et se prononcer. Et encore, le vote n’est-il que consultatif puisqu’un éventuel refus de la part des actionnaires n’engage pas le conseil d’administration, qui reste, à ce stade, encore le maître du jeu.

«Les entreprises qui fixent des objectifs s’engagent par la suite à les tenir» Roger Said

Un autre instrument est employé par les partisans d’un verdissement des entreprises: le Carbon Disclosure Project (CDP), une fondation financée notamment par l’UE qui a pour but d’amener les entreprises à publier des rapports sur leurs émissions carbone, dans le but bien évidemment de les réduire. «La faiblesse de ce modèle est que les notations du CDP reposent sur l’autodéclaration des entreprises, sans vérification externe», regrette Roger Said. Néanmoins, ce dernier pense que «les entreprises qui y participent ne trichent pas».

Toutefois, ce qui motive principalement les dirigeants des multinationales à passer à l’action, c’est la pression des investisseurs, particulièrement s’ils sont importants. Un engagement en faveur du climat peut leur attirer de nouveaux acquéreurs pour leurs actions, et donc d’en faire monter le cours. A contrario, les sociétés pétrolières ont vu leur valeur chuter au printemps 2020 lors de l’instauration des mesures contre le Covid.

«De plus en plus, les entreprises s’interrogent quant à leur responsabilité dans le réchauffement climatique et cherchent à agir», se réjouit Roger Said. Avant de compléter: «La question à laquelle elles doivent répondre, c’est si elles en font vraiment assez, c’est-à-dire si elles font leur part pour limiter le réchauffement climatique au-dessous de 1,5 °C.» LA LIBERTE

Yves Genier

https://www.laliberte.ch/

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