De plus en plus de jeunes sont encore en formation lorsque leurs parents arrivent à l’âge de la retraite.

Quand leur enfant est parti pour de longues études et que les parents retraités doivent compter sur une chute moyenne de leur revenu de 40%, l’équation devient très compliquée.

Retraites 

On surnomme ce phénomène le papy-boom: depuis quelques années, les baby-boomers atteignent en masse l’âge de la retraite en Suisse. Outre les obligations financières traditionnelles auxquelles bon nombre de ces retraités doivent déjà faire face, un nouveau défi se profile: le financement des études supérieures de leurs enfants. En effet, en raison de l’âge croissant qu’ont leurs parents lorsqu’ils procréent, de plus en plus de jeunes entrent à l’université ou dans une haute école spécialisée alors que leurs géniteurs ont déjà arrêté (ou sont sur le point d’arrêter) de travailler.

En 2017, quelque 6000 pères étaient âgés de 45 ans ou plus au moment de la naissance de leur bébé en Suisse, selon les statistiques de l’OFS. En admettant que le taux d’entrées dans les hautes écoles demeure stable (soit 40% des jeunes) dans le pays, plus de 2000 papas retraités seront donc potentiellement confrontés d’ici une vingtaine d’années à la question du financement partiel ou complet des études tertiaires de leurs enfants.

«Sans oublier le fait que la durée des études supérieures a tendance à s’allonger», ajoute Marc Mollard, conseiller financier chez VZ VermögensZentrum à Fribourg. Avec un impact non négligeable sur le porte-monnaie des parents, puisqu’il faut compter entre 15’000 et 25’000 francs de frais par année d’études (voir aussi encadré ¬ci-après).

Chute de revenu

«En soi, les stratégies de financement des études des enfants sont les mêmes, qu’on soit encore dans la vie active ou déjà à la retraite», souligne Marc Mollard. Dans la pratique, le spécialiste observe néanmoins une différence de taille. «Les parents qui travaillent et touchent un salaire utilisent majoritairement ce dernier» pour couvrir les frais de scolarité tertiaire de leurs enfants.

A la retraite par contre, les revenus issus des deux premiers piliers de la prévoyance obligatoire permettent rarement d’éponger de tels coûts, malgré les rentes d’enfants additionnelles. Le futur retraité doit s’attendre à une chute moyenne de son revenu de 40%, sans compter les baisses prévisibles des prestations des institutions de prévoyance. Aussi, de nombreuses personnes «renoncent à une retraite anticipée, qui est déjà devenue un luxe en soi vu la péjoration du taux de conversion». Voire continuent à travailler au-delà de l’âge normal du départ à la retraite tant que leurs enfants étudient.

Emprunts déconseillés

Selon le spécialiste de VZ, la règle d’or est de bien planifier sa retraite. «Sinon, on risque de se retrouver avec un gros trou.» «C’est à partir de là que tout se construit: quand puis-je prendre ma retraite? Puis-je me permettre de baisser mon temps de travail en fin de parcours professionnel?» Parmi les autres conseils de Marc Mollard figure sans surprise la création de 3es piliers. «On peut par exemple dédier l’un d’entre eux spécifiquement aux études.» Si l’épargne des parents s’avère insuffisante lorsque leur progéniture entre dans une haute école, il peut être intéressant pour eux d’augmenter leur dette hypothécaire.

A défaut, certains choisissent – généralement les étudiants eux-mêmes – de contracter des petits crédits. «Mais à plus de 4% d’intérêts annuels, cela revient vite très cher. Nous déconseillons ces emprunts, car ils impactent souvent le début de la vie professionnelle des jeunes.»

Baisser les charges

De l’avis de Marc Mollard, la solution idéale réside dans les bourses d’études et les prêts à bas intérêt accordés par les cantons aux étudiants issus de familles à faible revenu. A condition d’être éligible. «Dans certains cantons, les critères pour l’obtention d’un tel coup de pouce sont trop restrictifs», regrette Andrea Schmid-Fischer, la présidente de l’association Budget-conseil Suisse.

Ce phénomène l’inquiète, car il oblige parfois les jeunes étudiants et leurs parents à prendre des mesures peu judicieuses. «Notamment celle, pour un jeune, de travailler trop, ce qui peut nuire à ses études.» Le cas échéant, Andrea Schmid-Fischer préconise plutôt de tenter de faire baisser le coût des études. «Les possibilités sont nombreuses: Plutôt que de vivre dans un studio, l’étudiant ne pourrait-il pas être logé chez une personne âgée en échange de menus services? Et pourquoi ne pas emporter un repas préparé à la maison sur le campus plutôt que de manger à la cafétéria?»

Pour l’étudiant, c’est soit s’endetter, soit abandonner

Si le financement des études supérieures de leur enfant est un casse-tête pour de nombreux retraités au budget serré, la situation «devient réellement problématique» lorsque cet enfant a atteint l’âge de 25 ans, constate Anne-Pascale Collaud, responsable du service de consultation et d’accompagnement social chez Caritas Fribourg.

A ce moment-là, les prestations complémentaires que touche un retraité pour financer la formation de son enfant tombent. Une perte financière à laquelle vient s’ajouter la fin des déductions fiscales pour enfant à charge suivant des études.

«Etant donné que les Suisses font des enfants plus tard et que les jeunes étudient de plus en plus longtemps, ce cas de figure n’est plus rare de nos jours», confirme Talissa Rodriguez, travailleuse sociale au Centre social protestant Vaud. De nombreux étudiants qui consultent cette organisation ne bénéficient pas du minimum vital, même s’ils ont activé toutes les aides sociales possibles.

«A partir de là, il ne leur reste que deux options: s’endetter pour vivre ou interrompre leurs études.» Talissa Rodriguez conclut qu’au vu de la législation actuelle, «l’accès à la formation n’est pas garanti pour l’ensemble de la population».

Patricia Michaud

https://lecourrier.ch/