Quasi unanimité contre l’embargo

Quasi unanimité contre l’embargo

A l’ONU, les Etats-Unis se sont retrouvés bien isolés à l’heure de défendre leur régime de sanctions à l’égard de Cuba. Un embargo aux coûts sociaux et économiques croissants pour l’île socialiste.

Entraves au commerce et exclusion des circuits financiers auraient coûté, d’avril 2019 à fin 2020, plus de 9 milliards de dollars à l’économie cubaine pour un PIB annuel d’environ 100 milliards. Au total, La Havane calcule que les 59 années d’embargo ont privé les Cubains de près de 148 milliards de dollars (à prix constant).

Les sanctions économiques imposées à Cuba par son voisin étasunien ont pour dernier défenseur l’Etat d’Israël. Pour la vingt-neuvième fois, l’Assemblée générale des Nations Unies a voté mercredi une résolution demandant la levée de l’embargo par 184 voix contre deux «non» et trois abstentions (Brésil, Colombie et Ukraine).

La condamnation de la politique de Washington à l’ONU se répète chaque année depuis 1992, à l’exception de 2020, lorsque la session a été annulée pour cause de pandémie de Covid-19. Les Etats-Unis ne se sont abstenus qu’une fois, en 2016, après un rapprochement opéré par l’administration du démocrate Barack Obama à l’égard de Cuba.

Les deux pays ont rétabli leurs relations en 2015. Mais l’ex-président républicain Donald Trump a inversé ce rapprochement historique: il a de nouveau qualifié Cuba d’Etat lié au terrorisme et imposé près de 250 nouvelles sanctions. L’île n’a quasiment plus accès au système financier international.

Devant l’Assemblée, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, a fustigé des «mesures dignes d’un temps de guerre». Entraves au commerce et exclusion des circuits financiers auraient coûté, d’avril 2019 à fin 2020, plus de 9 milliards de dollars à l’économie cubaine pour un PIB annuel d’environ 100 milliards. Au total, La Havane calcule que les 59 années d’embargo ont privé les Cubains de près de 148 milliards de dollars (à prix constant). Une moyenne de 2,5 milliards par an qui souligne l’impact croissant de la politique hostile des Etats-Unis à l’égard de leur voisin.

Impact croissant

La thèse est confirmée par la Commission économique de l’ONU pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), pour qui l’actuel régime de sanctions, composé de 243 lois et de 230 interdictions de commercer, est le plus dur depuis le début de l’embargo édicté par John Kennedy. Il est, de plus, aggravé par les rétorsions également mises en place contre certains importants alliés de l’île, tels que le Venezuela ou l’Iran.

En 2020, ces mesures ont provoqué une grave crise de l’énergie et du carburant et fortement limité les envois de fonds des Etasuniens d’origine cubaine à leurs proches vivant sur l’île. La compagnie aérienne Cubana de Aviación et la société touristique Havanatur ont, elles, perdu d’importants partenaires d’affaires, tels qu’Air France-KLM, IATA ou Trivago, effrayés par les menaces de rétorsions étasuniennes.

Conséquences sanitaires

Outre le coût économique, le chef de la diplomatie cubaine a insisté sur l’impact social de l’embargo. A la tribune, M. Rodríguez Parrilla a souligné qu’en pleine pandémie, des malades se sont retrouvés privés de médicaments et d’accès à certains équipements médicaux.

L’an dernier, des experts et expertes onusien·nes – Alena Douhan, Obiora Okafor, Tlaleng Mofokeng, Michael Fakhri, et Agnès Callamard – avaient également dénoncé des «sanctions imposées au nom de la défense des droits humains» qui, «de fait, privent des personnes de leurs droits fondamentaux comme le droit à la santé, à l’alimentation voire à la vie».

Biden dans les pas de Trump

Lors de sa réplique, le représentant étasunien Rodney Hunter a assuré que l’embargo ne concerne pas les produits de première nécessité. Surtout, il a réitéré la finalité de celui-ci: l’instauration de la démocratie et du respect des droits humains à Cuba.

A la tête des Etats-Unis depuis cinq mois, le président démocrate Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, n’a pris aucune initiative pour défaire les lois anti-cubaines votées sous Donald Trump.

Benito Perez

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