Nous ne pouvons pas comprendre notre temps si nous n’avons pas une idée claire de ce qui constitue l’argument de sa vie collective. Chaque époque a ses croyances importantes, ses prétentions profondes, pas toujours manifestes, ses grands thèmes, ses mots préférés et ses concepts les plus éloquents.

Toutes ces caractéristiques constituent ce que l’on pourrait appeler l’identité d’une époque, ce qui la caractérise et en même temps l’exprime aussi. Notre 21ème siècle serait inconcevable si nous ne tenions pas compte ce que ces deux concepts, l’écologie et le développement durable et ce qu’ils signifient. C’est quelque chose d’indiscutable, tout le monde le demande, personne ne le nie et les moins osés s’y opposent. Il suffirait qu’un parti politique, un groupe ou un dirigeant déclare qu’il est opposant à ces postulats pour être disqualifié, personne ne le laisserait hors de son programme. Maintenant que nous sommes tous d’accord sur l’écologie et le développement durable, car ils sont nécessaires et pratiques, une condition inexcusable pour être un homme du 21ème siècle, il serait préférable d’aller un peu plus loin et voir la réalité, telle qu’elle est décrite par les principales organisations du système.

Selon de nouvelles données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), neuf personnes sur dix respirent de l’air avec des niveaux de polluants élevés. Les estimations mises à jour montrent que sept millions de personnes meurent chaque année dues à la pollution de l’air ambiant (intérieur) et domestique, ce qui est un chiffre alarmant ! «La pollution de l’air est une menace pour tous et c’est les personnes les plus pauvres et les plus marginalisées qui en font les frais», déclare le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. «C’est inacceptable que plus de 3 milliards de personnes, principalement des femmes et des enfants, continuent journalièrement à respirer la fumée létale émise par les cuisines et les combustibles polluants dans leurs maisons. Si nous ne prenons pas de mesures urgentes à l’encontre de la pollution de l’air, le développement durable sera une simple chimère.»

Sept millions de morts chaque année

Dans son rapport, l’OMS estime que la mort d’environ sept millions de personnes chaque année est due à l’exposition de ces individus aux particules fines contenues dans l’air pollué, qui pénètrent profondément dans les poumons et le système cardiovasculaire, provoquant des maladies telles que les accidents vasculaires cérébraux, les maladies cardiaques, le cancer des poumons, des maladies pulmonaires obstructives chroniques et des infections respiratoires comme, par exemple, la pneumonie.

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La pollution de l’air ambiant, à elle seule, a causé environ 4,2 millions de décès en 2016, tandis que la pollution de l’air domestique provoquée par la cuisson des carburants et les technologies polluantes a causé environ 3,8 millions de décès au cours de cette même période.

Plus de 90% des décès liés à la pollution atmosphérique ont lieu dans les pays à revenu faible et intermédiaire, comme c’est le cas principalement en Asie et en Afrique, suivis par ceux de la Région de la Méditerranée orientale, d’Europe et des Amériques.

Environ 3 milliards de personnes (soit plus de 40% de la population mondiale), n’ont toujours pas accès à des technologies de cuisson propres et à des carburants à dans leurs domicile, faisant ainsi la principale cause de la pollution de l’air domestique.

L’OMS reconnaît que la pollution de l’air est un facteur de risque critique pour les maladies non transmissibles (MNT), car on estime qu’elle cause un quart (24%) de tous les décès des adultes dus aux maladies cardiaques, 25% des décès sont dus à des accidents vasculaires cérébraux, 43% des décès, à une maladie pulmonaire obstructive chronique et 29% des décès, au cancer du poumon.

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La base de données de l’OMS relative à la qualité de l’air ambiant comprend actuellement plus de 4’300 villes dans 108 pays, ce qui fait d’elle, la base de données la plus complète au monde à ce sujet. Depuis 2016, plus de 1’000 villes supplémentaires ont été ajoutées à cette base de données, ce qui met en évidence, qu’un nombre de pays, sans précédent, sont en train de mesurer la pollution atmosphérique et adoptent des mesures pour la réduire. Cette année, l’OMS organisera, du 30 octobre au 1er novembre 2018, la première Conférence mondiale sur la Pollution de l’Air et la Santé afin de réunir les gouvernements et les partenaires dans le cadre d’une mobilisation mondiale afin d’améliorer la qualité de l’air et lutter contre le changement climatique

Sommets sur le climat … Sommets orageux

Tant le Protocole de Rio que celui de Kyoto ou encore, celui de Paris, ont proposé des mesures pour freiner le changement climatique, mettant en priorité non pas la défense de l’environnement mais plutôt d’éviter, en tout temps, toute mesure qui pourrai affecter le commerce mondial, c’est-à-dire le marché libre. Et, quel est le résultat après plus de quatre décennies? Une aggravation accélérée de l’état de la planète, alors qu’il s’est créé une source d’activité et de spéculation qui, en aucun cas, ralentit la dégradation de l’environnement.

De nombreux gouvernements signataires ont mis en place des incitations fiscales, des subventions et des aides, ainsi que d’autres mesures similaires au profit des multinationales, notamment les compagnies pétrolières, les compagnies gazières ou les constructeurs automobiles, faisant du changement climatique une nouvelle entreprise.

Par exemple, le Protocole de Kyoto a créé un marché d’émissions. Les entrepreneurs peuvent commercialiser des pourcentages lors de l’achat et la vente en pourcentages des émissions, générant ainsi un marché spéculatif. Si un pays pollue moins, au lieu de le laisser tel quel, contribuant ainsi à réduire les émissions, il peut vendre ses émissions restantes et continuer à contribuer à la pollution et à l’élévation de la température de la planète. Une véritable absurdité et ce, sans compter la corruption inhérente au système, tel que cela a été constaté avec le scandale de Volkswagen et de ses moteurs «modifiés».

niveles de contaminacion del aire siguen siendo altos imagen 1 20180516055740 682x512Un autre effet est celui de la privatisation massive des forêts afin de recevoir, ce qu’on appelle, les «crédits de carbone», un moyen pour que les multinationales de combustibles fossiles ( responsables de la plupart des émissions de CO2), maquillent leurs soldes en ce qui concerne ces questions et se donnent de la publicité comme des entreprises «vertes» tout en alimentant la spéculation et la corruption existantes sur ce lucratif marché surgit autour des émissions et du changement climatique.

Le changement climatique est devenu une réalité et un grave danger pour l’avenir de la planète tout comme pour celle de l’humanité. Mais, appelons les choses par leurs noms, ceci est en grande partie une conséquence directe de l’action de l’homme, ou plutôt de la logique et du fonctionnement du système de production capitaliste. En 2016, le Congrès International de Géologie a déterminé que nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, appelée l’Anthropocène et qui est marquée par l’empreinte laissée par l’homme à la suite du développement de la société industrielle pendant un peu plus de deux siècles. Paradoxalement, les avancées scientifiques actuelles nous permettraient de commencer à freiner le changement climatique et de garantir un monde écologiquement durable mais sous le régime capitalisme, sans planification démocratique de l’économie et en privilégiant l’obtention à court terme, d’un maximum de bénéfices des multinationales, cette tâche devient impossible.

 

 Ecrit par Eduardo Camin

Directeur de la rédaction internationale pour Hebdolatino – Genève
Chroniqueur nodal
Centre latino-américain d’analyse stratégique (CLAE, www.estrategia.la)

Traduit de l’ESP au FR par Lourdes Barros Beltran