L’ex-président brésilien, incarcéré depuis avril pour corruption, est sorti de sa prison de Curitiba (sud) pour la première fois mercredi, le temps d’un interrogatoire pour une autre affaire le concernant.

«Je me considère comme un trophée. J’étais un trophée que «Lavage Express» (ndlr: le nom de l’enquête anticorruption) devait livrer. Je ne sais pas pourquoi ils ne m’aiment pas, mais j’étais un trophée qu’il fallait livrer», a dit Lula durant l’audience qui a duré près de trois heures. L’ex-président a également affirmé être «fatigué des mensonges» contre lui.

Lula, 73 ans, est arrivé au palais de justice en voiture peu avant 14h pour cet interrogatoire à huis clos, dont les images vidéo ont par la suite été diffusées par la justice. Environ 200 militants de gauche étaient rassemblés à l’extérieur du bâtiment, où les mesures de sécurité ont été renforcées.

L’ex-président de gauche (2003-2010) a été interrogé par la juge Gabriela Hardt, désormais chargée de l’enquête anticorruption «Lavage express», en remplacement du juge Sergio Moro qui a accepté le poste de ministre de la Justice du président élu Jair Bolsonaro, qui entrera en fonctions en janvier. Lula est accusé d’avoir bénéficié de travaux financés par des groupes du BTP entre 2010 et 2014 dans une propriété d’Atibaia, dans l’Etat de Sao Paulo. Ces travaux auraient été effectués en échange de contrats avec le groupe étatique pétrolier Petrobras.

Mercredi, durant son interrogatoire, Lula a affirmé ne pas détenir la propriété en question et tout ignorer des travaux incriminés. Cette propriété «n’était pas la mienne», a-t-il répété à plusieurs reprises. D’une manière générale, la défense de Lula assure qu’il est innocent, que la propriété ne lui appartient pas et qu’il est victime d’une cabale politico-judiciaire. Il avait été condamné par le juge Moro en juillet 2017 pour une autre affaire, portant sur un appartement en bord de mer qu’il aurait reçu pour favoriser l’entreprise de bâtiment OAS.

 D’emblée, la juge Gabriela Hardt a imposé son autorité face à l’ancien homme fort du Brésil: «Si vous commencez sur ce ton avec moi, nous aurons un problème», lui a-t-elle lancé, selon Globo. A cet instant, Lula venait de contester son interrogatoire, estimant que c’est la personne qui l’accuse qui devrait être interrogée. «Reprenons depuis le début, a mis au point Gabriela Hardt. Je suis juge chargée de l’affaire, je poserai les questions dont j’ai besoin afin qu’elle soit clarifiée.»

Plus tard durant l’interrogatoire, l’ancien président s’est emporté: «Si j’étais le président du PT (ndlr: Parti des travailleurs), je demanderais à tous les affiliés du PT au Brésil, maires, députés, d’ouvrir une procédure contre le Parquet.» «Vous intimidez l’accusation de cette façon, Monsieur le Président, changez de ton, s’il vous plaît», l’a interrompu la présidente, citée par un autre média brésilien.

En dehors de ces deux affaires, Lula est mis en cause par la justice brésilienne dans quatre autres dossiers. Il nie toute culpabilité dans l’ensemble de ces affaires. L’ex-président a reçu mercredi matin la visite de Fernando Haddad, candidat malheureux de son Parti des travailleurs (PT) au second tour de la présidentielle, remportée par Jair Bolsonaro (extrême droite) le 28 octobre.

Une semaine avant son élection, M. Bolsonaro avait scandé dans un discours enflammé qu’il espérait voir Lula «pourrir en prison». La défense de Lula a demandé sa libération et l’annulation de sa condamnation, invoquant une présumée partialité du juge Sergio Moro qui a accepté d’entrer dans le prochain gouvernement d’extrême droite.

cga/afp/20 minutes