J’étais en train d’écrire quelques fariboles sur Genève, entre la tartine et la confiture, un matin normal, plein de bruits et de fureur des pays lointains mais qui s’invitent dans votre salon, sans gêne ni honte, en stars de la télévision. Quand, les rafales se sont fait pressantes, si proches, de l’autre côté de ma rue.

Là, à un jet de TGV, toute la rédaction de Charlie Hebdo se faisait faucher comme des blés trop mûrs. A la Kalachnikov. C’est redoutable une Kalachnikov, ça fauche en rafales ou en sur mesure, point par point, une moche couture toute rouge. Et je me demande, quelle fut la dernière pensée de ces hommes, quand ils comprirent qu’ils allaient mourir ? Que peut se dire un dessinateur de presse, qui n’est pas un soldat prévenu, juste un homme en crayon, devant la sale gueule d’un canon de fusil qui va cracher sa balle de plomb ? A t-il le réflexe de prendre sa gomme pour effacer cette scène si minable? Et toi Cabu, Grand Duduche de notre jeunesse, au regard d’étoiles perçantes, on imagine…

Non, on imagine rien. On ne peut pas imaginer, juste subir l’absurde de votre assassinat, en hommes debouts. Et Wolinski, et Charb, et Tignous et les autres. Et les 2 policiers. De sang froid. Et des rafales pleines de puanteur, de lacheté, telle une merde qui s’étale, qui se ramasse et submerge définitivement l’intelligence et le bon sens. Pour quelques caricatures, quelques irrévérences, quelques bons mots. C’est cela qui justifie le meurtre de quelques clowns, de Pierrots lunaires, de potaches perspicaces, engagés et cultivés qui refusent à coup de crayons d’être des potiches sans conscience ni humour ?

Je ne veux pas comprendre le pourquoi de vos assassins, chercher à comprendre c’est commencer à trouver des excuses. Et il y en a aucunes.

Jean-Yves Le Garrec