Du 10 Janvier au 1er Février 2015, le Théâtre de la Parfumerie à Genève présente l’œuvre d’Abilio Estévez, «Joséphine, cérémonie pour actrices  désespéréees», mis en scène par Carlos Días et superbement interprétée par Coralia Rodriguez et  Amanda Cepero.

Dès les premiers instants, nous ressentons cette sensation quand on les voie là, assises, au milieu d’un décor minimaliste représenté par deux chaises, un cheval de métal et deux chariots de supermarché. Dès le premier tableau de la pièce, nous percevons cette magie que l’Amérique latine a dans le sang, dans la peau et dans la voix.

Cette magie qui appartient à tous les paysages, à tous les déserts, à toutes les vallées de chaînes de montagne, au sable des plages des Caraïbes, aux ombres de l’Amazonie comme aux sourires et aux larmes des hommes et des femmes qui peuplent ce continent.

Dans la manière de raconter, nous sentons quelque chose de García Márquez mais aussi de Jorge Amado dans les mouvements du corps et de la danse qui nous transportent aux “terreiros du candomblé” où les mères de saint (mãe de santo) incorporent les esprits de la nature des Orixase. Cette présence africaine, qui est une force tellurique qui envahie les esprits et nous transporte à travers du chant et de la danse vers un univers plein de sensibilité et de sentiments.

De ces deux femmes, qui en réalité ne sont qu’une, se dégage une grande force et à travers cette histoire unique, racontée à deux voix, nous pouvons sentir et respirer le parfum de la montagne cubaine.

A travers le récit, nous découvrons que Joséphine marche depuis plus de cent ans. C’est une voyageuse qui quitte sa maison paternelle, située dans les terres de ‘ient de Cuba, avec le désir d’atteindre un jour la Havane.

Cette femme, condamnée à errer sans fin, n’arrivera jamais à réaliser son rêve qui est celui de pouvoir un jour connaître la capitale mais, dans une schizophrénie apparente, elle nous fera percevoir, comme dans un miroir, des histoires de joies et de tristesses, d’échecs et les réalisations, de larmes et chansons qui, en permanence s’affrontent.

Avec une performance magistrale de Coralia Rodriguez et  sa fille, Amanda Cepero,  Joséphine nous fait naviguer dans une mer pleine d’émotions et lorsque la fin du spectacle arrive et que les actrices se dévoilent et se confessent face au public, la larme à l’œil ne surprend absolument pas.

Joséphine, pièce cubaine et latino-américaine par excellence où la musique et les effets sonores sont jouées en direct par Shama Milan démontre, une fois de plus, que le théâtre peut être, et il l’est, un merveilleux espace où la réalité, la fiction, la magie et tous les sentiments humains se rencontrent pour former des réalités qui peuvent changer et réinventer la condition humaine.

 

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